Tous les articles par Jean-Philippe

Coupables à la Croisée des Chemins : terrible et viscéral

L’érosion du temps sur une relation peut imposer des silences et des absences sans pour autant dissiper des sentiments forts. Coupables, ce sont les retrouvailles de deux hommes à la dérive de leur vie. Dans l’ivresse, les langues se lient, puis se délient. Chacun réalise l’impact qu’il a pu avoir sur la vie de l’autre. Le lien invisible les unissant apparaît peu à peu, sombre, lourd et culpabilisant. À travers l’amour, l’aversion, la violence et la trahison, découvrez au Théâtre la Croisée des Chemins un thriller psychologique intense, talentueux et saisissant.

Dans un lit, deux hommes s’étreignent, rient, se chahutent.

Coupables

Quentin est venu rendre visite à l’improviste à Alexandre. De passage, il a loupé son train et trouve l’occasion parfaite pour retrouver son ancien ami de faculté à l’attachement indéfini. C’est probablement un signe du destin, qui sait ?

Dans l’euphorie des retrouvailles, ils se racontent leur vie, en surface. Ils parlent de Théo, un ami commun aux rapports tout aussi confus pour chacun et de Xavier, un plan cul d’Alexandre.

Puis, Quentin va trouver une seringue dans les affaires d’Alexandre. Celui-ci tente d’éluder puis s’enfonce dans un mensonge que son ami ne croit pas. De fil en aiguille, chacun va révéler à l’autre la terrible descente aux enfers qu’il vit… S’ensuit alors une montagne russe émotionnelle juste et prenante dans laquelle nous sommes transportés…

Coupables

Bien que nous puissions deviner les liens entre les protagonistes au cours de la pièce, Alexis Bloch arrive à nous perdre, nous captiver, nous enivrer pour nous maintenir en expectative et ça marche… Son style à fleur de peau, mêlant subtilement sensibilité et impétuosité nous a une fois de plus conquis. Bien que furtive, l’apparition de Mahmoud Ktari est touchante, renforçant l’acuité du texte. Et l’interprétation de Benjamin Gourvez est si prenante et émouvante que, submergés, des larmes perlaient par moments sur nos joues…

Nous étions tellement emportés et sonnés par cette intimité partagée que lorsque le rideau est tombé, quelques instants nous furent nécessaires afin de nous reconnecter et applaudir comme il se doit…

by Jean-Philippe

Coupables

Coupables

De et mis en scène par : Alexis Bloch
Avec : Alexis Bloch, Benjamin Gourvez, Mahmoud Ktari

les vendredis et samedis à 21h30

jusqu’au 3 mars 2018

Au Théâtre La Croisée des Chemins
43, Rue Mathurin Régnier
75015 Paris

Réservations : 01 42 19 93 63

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Faire semblant d’être normaux à la Croisée des chemins : mordant & spirituel

Que ce soit par protection, timidité ou vanité, chacun de nous est capable de donner le change face aux autres.
Au Théâtre la Croisée des chemins, un duo insolite composé d’un comédien et d’un pianiste fa craqueler le vernis de nos apparences afin de nous montrer ce qu’il peut y avoir de merveilleux en dessous. Et autant vous prévenir tout de suite : Faire semblant d’être normaux est un pur délice de l’esprit. 😉

Faire semblant d etre normaux

Deux jeunes hommes en combinaison d’ouvrier entrouvrent le rideau rouge et entament un dialogue. L’un est un peu prétentieux, presque outrecuidant tandis que l’autre est plutôt maladroit et timide. Les échanges sont fins, drôles et décalés. Immédiatement, un sourire apparaît sur nos visages. Le ton est donné pour la suite du spectacle !

S’enchaînent alors onze des plus grands textes de Giorgio Gaber et Sandro Luporini. Quel plaisir de découvrir pour la première fois en français les créations de ces précurseurs du genre « teatro-canzone » (théâtre-chanson).

Faire semblant d etre normaux

En effet, la particularité de ce spectacle est une subtile combinaison entre théâtre, musique et chant. Lorsque Benoît Valliccioni s’emporte avec exaltation dans une tentative de séduction, Mattia Pastore le suit par concomitance au piano. Tant et si bien que nous ne distinguons plus si c’est le piano qui accompagne le récit ou l’inverse !

Ainsi, nous suivons avec ferveur Monsieur tout le monde dans sa mise en scène du quotidien à travers la politique, la religion, l’amour, l’argent… Avec brio, énergie et dynamisme, nos deux comparses utilisent l’humour et toutes ses subtilités. Entre poésie et satire, chaque situation nous prête à rire mais également à réfléchir. C’est une excellente stimulation m’ayant rappelé cette citation d’Alexandre Herzen : «Le rire de Voltaire a détruit davantage que les pleurs de Rousseau».

En ce dimanche après-midi, la douce chaleur irradiante du feu de cheminée crépitant que je venais de quitter s’est insufflée en moi d’une autre manière, plus surprenante, mais tout aussi agréable…

by Jean-Philippe 

Faire semblant d etre normaux
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Faire semblant d’être normaux

de : Giorgio Gaber, Sandro Luporini
avec : Mattia Pastore, Benoît Valliccioni
mise en scène : Stéphane Miglierina

Tous les dimanches à 17h30

Jusqu’au 4 mars 2018

Au Théâtre La Croisée des Chemins
43, Rue Mathurin Régnier
75015 Paris

Réservations : 01 42 19 93 63

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Murmures des murs au 13ème art : fantasque et imprévisible

Les lieux où nous vivons ont une caractéristique bien trop souvent négligée : ils portent en eux la mémoire du temps qui passe. Au théâtre Le 13ème Art, Victoria Thierrée-Chaplin nous révèle une femme fuyant à travers la ville. D’immeubles désaffectés en appartements délaissés, elle revit l’espace d’un instant le souvenir de ses occupants détenu par les Murmures des murs… Cette aventure est une plongée délicate dans un monde fantaisiste, oscillant sans cesse entre le rêve, l’illusion et la métamorphose…

murmures des murs

«Il faut partir !» dit un homme. Au milieu de boîtes, une jeune femme déambule, l’air faussement hagard… Avec une certaine mélancolie, elle se met à ranger les objets de son quotidien. Cependant, ils ne se laissent pas faire et entament avec douceur une rébellion. Ainsi, une ampoule reste éclairée malgré le fait qu’elle soit dévissée, des chaussures refusent d’être entreposées dans un carton… Par de subtiles illusions, les prémices du spectacle à venir se font sentir et nous sommes déjà intrigués…

Lorsque Aurélia Thierrée se retrouve happée dans un carton, le voyage commence véritablement… Avec une grâce infinie et un air plein de malice, elle remonte le temps en franchissant des façades ou en escaladant des escaliers à la rencontre d’un endroit, d’histoires entremêlées ou bien d’une âme… Les tableaux défilent et de nombreux personnages croisent son chemin. Nous y trouvons quelques humains et d’autres, l’étant un peu moins !

murmures des murs

Notre jeune femme se fond et se confond avec délectation dans ces décors. De ce fait, notre esprit se trouve stimulé. Des effets illusoires surprenants, un délicieux jeu acrobatique, une exultation charnelle tout en pudeur et un brin de magie. Voici le savoureux mélange contribuant à la création de l’univers singulier, parfois déroutant, mais toujours touchant de Victoria Thiérée-Chaplin, la fille de Charlot.

Le temps d’une soirée, laissez-vous porter par cet étonnant monde imaginaire 🙂

by Jean-Philippe

murmures des murs

Murmures des murs

De et mise en scène : Victoria Thierrée-Chaplin
Avec : Aurélia Thierrée, Jaime Martinez et Antonin Maurel

Du 1er au 3 février à 20h30,  matinée le 3 à 15h

Théâtre Le 13ème Art
Centre commercial Italie 2
Place d’Italie
75013 Paris

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Sang Négrier à La Croisée des Chemins : fervent trait de génie

Laisser sombrer dans l’oubli la mémoire d’un passé historique peu glorieux, c’est prendre le risque de nier son existence. Sang Négrier raconte l’histoire d’un esclave ayant repris sa liberté. Il soumet alors au commandant d’un navire négrier une vengeance l’entraînant aux lisières de la folie… Au théâtre La Croisée des Chemins, découvrez la profonde et frénétique rencontre entre les mots de Laurent Gaudé, le talent de Bruno Bernardin et la rage de Khadija El Mahdi…

Sang Négrier

Une voix brisée, un corps marqué, une âme terrifiée : voici l’aperçu de l’homme déchu se présentant à nous. Tel un testament, ou plutôt une tentative de rédemption, il va nous conter sa sombre histoire…

Tout débute sur un navire négrier. En route vers les Amériques avec les cales pleines d’une cargaison fraîchement acquise, notre commandant décide de faire une escale à Saint-Malo. Cette décision va faire basculer sa vie…

En effet, à peine arrivés, cinq esclaves en profitent pour s’affranchir. La cité Malouine se trouve alors en émoi. Une effroyable chasse à l’homme s’engage, révélant les bas instincts d’une nature humaine terrifiante. Ainsi, les fugitifs sont traqués, isolés, abattus, exposés.
Sauf un.

Sang Négrier

Si son corps demeure introuvable, sa présence rôde cependant dans la ville… Bientôt, ses doigts sont retrouvés cloués sur des portes, les uns après les autres. Chacun est le présage d’un malheur à venir… Les habitants de Saint-Malo, et plus particulièrement notre homme, vivent alors au rythme de cette vengeance et sombrent dans une folie dont ils sont les cruels initiateurs…

À la fin de la représentation, nous sommes bouleversés par l’intensité de ce que nous venons de partager… Khadija El Mahdi sert avec passion ce texte incisif et puissant. Par la bande-son, les jeux de lumière et le décor modulable, elle fait tomber le masque. Quant à Bruno Bernardin, il est saisissant de justesse, notamment dans sa capacité à vivre les émotions.

Une claque ! Voici le mot résumant le mieux ce moment fort et nécessaire de mémoire, de partage et de transmission…

by Jean-Philippe

Sang Négrier

Sang Négrier

De : Laurent Gaudé
Mise en scène : Khadija El Mahdi
Avec : Bruno Bernardin

Jusqu’au 1er mars 2018

tous les jeudis à 19h30

Au Théâtre La Croisée des Chemins
43, Rue Mathurin Régnier
75015 Paris

Réservations : 01 42 19 93 63

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Les petites femmes de chambre : agréable bouffée d’air à la Croisée des Chemins

Vous déambulez dans la rue sous une bruine déplaisante en maugréant sur la grisaille de votre quotidien. En passant à côté du Théâtre La Croisée des Chemins, votre regard est soudainement attiré. Sans crier gare, un arc-en-ciel se déploie. Aussi fugace que merveilleux, il vient illuminer l’espace d’un instant votre journée… Avec poésie et malice, prolongez ce moment avec Les petites femmes de chambre pour une parenthèse déconnectée, un petit rien de la vie lui redonnant toute sa saveur…

Dans les années 60, Louise et Marguerite découvrent ensemble leur nouvelle chambre de fonction. Froide et sans âme.

Les petites femmes de chambre

En ouvrant leurs valises, elles investissent doucement ce lieu grâce à une imagination débordante, emprunte d’une douce folie. Autour d’un portrait de Jacques Dutronc (dont elles sont des groupies fanatiques), chacune pose ses affaires.

D’abord Louise, exposant fièrement et méticuleusement sa collection de brosses à reluire. Rigoureuse, organisée et un brin autoritaire, elle aimerait se lancer en politique. En effet, il serait peut-être temps que quelqu’un agisse pour réconcilier les œufs brouillés, non ?

Puis Marguerite et sa valise à chapeaux pleine d’oiseaux. C’est une passionnée, rêveuse et ingénue, amoureuse des végétaux. Elle ne supporte pas de voir des plantes enfermées dans des pots et fait tout ce qu’elle peut pour leur rendre la liberté nécessaire à leur épanouissement.

Les petites femmes de chambre

Autour d’un fil à linge, leur incroyable énergie va mélanger tous les styles : le mime, la poésie, le chant mais également l’expression corporelle avec la danse et des mimiques irrésistibles. Ces différents éléments forment un ensemble harmonieux, subtil, légèrement décalé et drôlement juste.

Malgré la contradiction évidente des deux personnages, elles partagent une affection réciproque et pudique. Ainsi, c’est un regard tendre qui est posé sur l’être humain à travers la rencontre de deux solitudes qui, ensemble, vont s’animer, s’éclairer et partager.

En somme, c’est un feel good show sans prétention faisant beaucoup, beaucoup de bien 🙂

by Jean-Philippe

Les petites femmes de chambre

Les petites femmes de chambre

De : Marguerite Chaigne
Avec : Marguerite Chaigne et Louise Corcelette

Jusqu’au 1er mars 2018

Les mercredis et jeudis à 21h30

Au Théâtre La Croisée des Chemins
43, Rue Mathurin Régnier
75015 Paris
Réservations : 01 42 19 93 63

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Les bijoux de pacotille : tendre regard intérieur sur l’enfance

Quel enfant n’a jamais entendu de la part de ses parents : « Comment feras-tu lorsque nous ne serons plus là ? » Céline Milliat Baumgartner le découvre à l’âge de 9 ans. Dans Les bijoux de pacotille, au théâtre Paris-Villette, elle part à la (re)découverte d’une jeunesse trop tôt envolée. Ainsi, en ouvrant avec douceur et élégance la porte d’une enfance faite de souvenirs disparus, fantasmés ou inventés, cette œuvre universelle vient délicatement frapper à la nôtre…

Après avoir épuisé un adolescent novice, la jeune et espiègle Céline rejoint paisiblement le pays des songes. Il faut dire qu’elle a l’habitude des baby-sitters avec un père souvent absent pour le travail et une mère actrice. Sauf que le lendemain matin, à son réveil, ils ne sont toujours pas rentrés et elle s’interroge…

les bijoux de pacotilleArrive alors son grand-père, lui donnant des bijoux de pacotille appartenant à sa mère. Ce sont les seuls rescapés d’un tragique accident. Débute ainsi pour la jeune fille une nouvelle vie d’enfant sans parent…

En s’apprêtant à devenir maman à son tour, Céline Milliat Baumgartner ressent le besoin d’écrire afin d’affronter les manques, absences et incertitudes de son passé. Enfin, ce beau travail de réparation la mènera à s’interroger sur la façon dont chaque individu se sert de ses souvenirs, de sa mémoire et de ses fantômes afin d’en dégager le terreau rêvé de sa vie d’adulte.

les bijoux de pacotille

Sur scène se dévoilent des photographies anciennes, des films Super 8, un rapport de police, de subtils tours de magie, un surprenant miroir ou des pointes virevoltantes sur le Lac des Cygnes… Accompagnés de plus d’une mise en scène aérienne et intime de Pauline Bureau, nous sommes saisis par l’univers sensible de la narratrice et ce qu’elle génère au plus profond de nous-mêmes.

Au final, c’est là toute la profondeur de cette pièce : un doux et imprévisible partage…

P.S : la scène où Céline Milliat Baumgartner s’enivre et s’enlace grâce à l’intensité d’un souvenir olfactif est d’une rare beauté…

by Jean-Philippe

les bijoux de pacotille

Les bijoux de pacotille

De et avec : Céline Milliat-Baumgartner
Mise en scène : Pauline Bureau

vendredi 19 janvier à 19h
samedi 20 janvier à 20h

Au Théâtre Paris-Villette
211 avenue Jean Jaurès
75019 Paris

Reprises :

Bateau de feu, Dunkerque les 22 et 23 février
Théâtre du Rond-Point, Paris, du 6 au 31 mars
Théâtre de Chelles, le 6 avril

Le livre Les bijoux de pacotille
(Éditions Arléa)

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L’Affranchie : révélation ardente au théâtre Les Déchargeurs

Le travail de construction identitaire menant à notre épanouissement personnel est fastidieux, surtout si nous évoluons dans un milieu hostile…
L’Affranchie, c’est
une femme qui était sous le contrôle d’un entourage malveillant lui délivrant avec parcimonie des échantillons de sa vie. Mais un jour, elle trouve la force de briser son flacon d’existence. C’est ainsi que vous sentirez se répandre, au théâtre Les Déchargeurs, le souffle libérateur et enchanteur d’une personne s’éveillant de nouveau à la vie.

L'Affranchie

Alice nous accueille dans son nouvel appartement où tout est à construire. Elle espère y recevoir bientôt son fils qu’elle n’a pas revu depuis la plus tendre enfance. En attendant, elle commence à faire du tri dans ses cartons, mais également dans son esprit, en se remémorant son passé.

Après avoir perdu sa mère à 4 ans, Alice grandit au sein d’une famille recomposée. Avec son frère adoptif Vincent, elle partage un amour fusionnel, passionné, au point de tomber enceinte à l’âge de 13 ans. En conséquence de quoi sa mère de substitution demande la garde de l’enfant et la fait interner jusqu’à ses 18 ans, ne supportant pas cette grossesse précoce et quasi-incestueuse.

Aujourd’hui, libérée de sa camisole chimique annihilante, Alice découvre qu’elle possède un don. En effet, elle développe une hyper-sensorialité transformant son rapport au monde en un instant serein et éternel. Alors, sans amertume, elle part à la redécouverte du bonheur et tend à retrouver l’amour de son fils.

L affranchie

Pauline Moingeon Vallès incarne avec ferveur un personnage prenant, troublant et extrêmement attachant. Lorsque le visage d’Alice s’illumine enfin, vous sentez presque de la chaleur vous atteindre, c’est un enchantement…

Ce seule-en-scène dégage énormément d’espoir. Il nous rappelle qu’en dépit de situations difficiles, il faut toujours croire en notre propre force. C’est le sel de notre vie, accordant toute sa saveur aux moments vécus, en nous reliant les uns aux autres…

by Jean-Philippe
Pièce vue au Théâtre La Croisée des Chemins 

L'affranchie

L’Affranchie

Auteur et Interprète : Pauline Moingeon Vallès
Metteur en scène : Elise Touchon Ferreira

du 18 janvier au 2 mars 2018

 

au théâtre Les Déchargeurs
3 rue des Déchargeurs
75001 PARIS

les jeudis et vendredis à 21h

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Penser qu’on ne pense à rien c’est déjà penser à quelque chose : subtile espièglerie

Quel sens donnons-nous aux conversations que nous avons avec autrui ? À force d’avoir été utilisées, ne sont-elles pas déjà éculées ? Voici la réflexion de deux cousins tenant un drôle de commerce.
En se trompant de destination, une jeune femme entre. Débute alors un voyage inopiné en Absurdie où les certitudes de chacun se retrouvent ébranlées. Penser qu’on ne pense à rien c’est déjà penser à quelque chose au Théâtre de Belleville est une petite pépite, élégante et sagace sur notre monde.

Penser qu on ne pense a rien

Paulbert, bougon susceptible, et Gérard, débonnaire, sont en pleine répétition dans leur boutique quasiment désaffectée. Quatre chaises défraîchies se battent autour d’une verrière à l’aspect décrépit.

C’est en plein milieu de cet échange capital qu’arrive Barbara. Elle cherche du vin. Nos deux compères lui expliquent alors qu’ils ne vendent ici que des discussions originales. Ils pensent que tout a déjà été dit et ne comprennent pas la vacuité des conversations dont nous sommes les initiateurs. Barbara s’interroge, perplexe.

Alors, un échange spontané et paradoxal s’engage entre les trois protagonistes aux visions différentes. Une joute verbale des plus stimulantes s’amorce ainsi autour du temps qui passe, des notions de passé, présent et futur. Chacun campe sur ses positions avec une argumentation aussi farfelue que plausible.

Pour Barbara, l’ennui est quelque chose d’essentiel pour vivre plus intensément chaque moment. Gérard essaie alors cette méthode qui sera pour lui une révélation ! Il arrive même à résoudre des énigmes historiques comme le secret de la Joconde ou la vie de Jésus…

L’enchaînement est pudique, aérien et possède quelque chose de feutré. Nous rions souvent des situations malgré le côté grave de certains aspects. Les personnages nous surprennent. Un peu sauvages au début, ils se dévoilent, laissent entrevoir les fissures de leur intimité. Les comédiens sont tout bonnement délectables… Nous sommes touchés par leur candeur, le fait qu’ils soient désabusés, fragiles mais en même temps si beaux et forts, terriblement humains…

by Jean-Philippe

Penser qu on ne pense à rien

Penser qu’on ne pense à rien c’est déjà penser à quelque chose

De et mise en scène par : Pierre Bénézit
Avec : Vincent Debost, Anne Girouard, Olivier Broche (remplacé ponctuellement par Luc Tremblais)

Jusqu’au 4 mars 2018

Jusqu’au 21 janvier :
du mercredi au samedi à 19h15, le dimanche à 15h
relâche le 31 décembre

Puis du mardi au samedi à 19h15 et le dimanche à 15h

au Théâtre de Belleville
94, rue du Faubourg du Temple
75011 PARIS

Réservations : 01 48 06 72 34

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Iliade au Lucernaire : appropriation inventive & vivifiante d’un classique

Lorsque d’aventure deux frères se retrouvent dans le grenier de leur grand-père après son décès, le passé resurgit. À travers tous les bibelots à l’âme singulière, un livre d’Homère retient leur attention. Iliade, c’est l’histoire délicate et tendre de deux adultes décidant de vivre pour la dernière fois l’épopée de leurs héros d’enfance. À cette occasion, la scène du Lucernaire se transforme, le temps d’une soirée, en une espèce de joyeux bordel pour notre plus grand plaisir…

Iliade

Tout débute par une promesse. Comme dernière volonté, un homme demande à ses deux petits-enfants de ranger son grenier. Ça fait tout de même plus de trente ans qu’il le demande ! Ainsi, face à ce capharnaüm sans âge, la nostalgie produit son effet. Entre la puissance de la mémoire, les rouages du temps qui passe et un présent devenu maussade, il ne reste alors que les souvenirs, plus étincelants et intenses que jamais…

À l’aide de tous les objets leur tombant sous la main, les protagonistes entament une invraisemblable guerre de Troie. Une vieille passoire ou des brosses usées font office de casques, les casiers de bouteilles sont de solides remparts, les manteaux de fourrure habillent les divinités… En une heure, vous allez revivre, grâce à une imagination débordante et foisonnante, les combats entre Achéens et Troyens.

Iliade

C’est avec complémentarité et une passion évidente que les comédiens transposent ce récit d’Homère. Arriver à faire rire le public par des situations improbables et loufoques tout en restant totalement fidèles au texte, franchement : respect !

Aussi, lorsque Achille rencontre Hector afin de se venger de la mort de Patrocle, nous avons envie de monter sur scène et de brandir fièrement une frite de plage pour le soutenir !

En conclusion, si vous désirez passer une soirée originale, ludique et énergique, vous savez maintenant où aller.

by Jean-Philippe

Iliade

Iliade

D’après Homère
traduction de Jean-Louis Backès (Editions Gallimard)
Avec et mise en scène : Damien Roussineau, Alexis Perret

Jusqu’au 4 février 2018

Du mardi au samedi à 18h30
Matinée le dimanche à 15h

Lucernaire
53, Rue Notre Dame Des Champs
75006 Paris

Tél : 01 45 44 57 34

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Cantate pour Lou Von Salomé : ode ardente au Studio Hébertot

Au hasard d’un dîner, Bérengère Dautun est saisie par la ressemblance entre Sylvia Roux et Lou Von Salomé. Ainsi, l’illustre comédienne a trouvé la muse lui inspirant l’écriture de son premier texte. Au Studio HébertotCantate pour Lou Von Salomé offre une douce et passionnée déférence à la vie captivante d’une des premières femmes psychanalystes. En effet, elle a marqué son époque par son esprit libertaire et son statut d’égérie auprès d’hommes influents.

Cantate pour Lou von Salomé

D’entrée, la scène nous interroge : un cheval à bascule, une veste de général, un rideau blanc servant de toile de fond et une grande malle, intrigante. En apparaissant, sobres et élégantes, Bérengère Dautun et Sylvia Roux vont alors se mettre à explorer cette mystérieuse malle. C’est ainsi que nous partons à la découverte de la mémoire de Lou Von Salomé…

Devant nous, une quinzaine de personnages prennent vie par le biais d’accessoires. De son intelligence remarquée dès son plus jeune âge à la relation vibrante que Lou menait avec Friedrich Nietzsche et Paul Rée dans un ménage à trois, vous serez impressionnés par sa force d’attraction. Son unique mari, Friedrich Carl Andréas, peut en témoigner. Tout autant que le jeune Rainer Maria Rilke qui l’éveille aux multiples désirs… Enfin, sa rencontre avec Sigmund Freud sera décisive. Elle devient alors sa disciple en entrant en psychanalyse, faisant d’elle une pionnière.

De tous les hommes ayant croisé sa vie, Lou produit toujours le même effet : déchaîner la passion et inspirer aux êtres la force de se révéler…

Cantate pour Lou Von Salomé

La complicité évidente unissant les comédiennes transparaît dans leur interprétation. Grâce à une mise en scène délicate et tendre, elles se répondent, se complètent, telles de doux miroirs. Lorsqu’une apparaît ingénue aux prémices de la vie, l’autre lui insuffle l’énergie de l’espérance.

En définitive, dans un monde où la place de la femme reste toujours un combat, ce devoir de mémoire de Bérengère Dautun résonne comme un partage, une offrande pour ne surtout pas oublier…

by Jean-Philippe

Cantate pour Lou Von Salomé

De : Bérengère Dautun
Avec : Bérengère Dautun, Sylvia Roux
Mise en scène : Anne Bouvier

jusqu’au 28 janvier 2018

du jeudi au samedi à 21h
matinée le dimanche à 17h

au Studio Hébertot
78, bis Boulevard des Batignolles
75017 Paris

tél. 01.42.93.13.04

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