Archives de catégorie : Cinéma

Pupille de Jeanne Herry : sensible et prenante aventure humaine

Hormis pour les personnes directement impliquées, tout ce qui entoure l’adoption reste une obscure nébuleuse. Avec Pupille, Jeanne Herry nous offre un regard précis, intense et juste sur la période allant de l’accouchement sous X jusqu’à l’adoption. Les maillons d’une chaîne humaine et bienveillante se mettent alors en place pour conserver ce qui importe le plus à la venue au monde d’un enfant : le lien d’attachement.

Pupille

Un sujet délicat

Le thème n’a pas réellement été choisi par Jeanne Herry, il s’est plutôt naturellement imposé. En effet, l’appel d’une proche a tout déclenché. Après des années d’attente, cette amie allait enfin devenir mère grâce à l’adoption. Dans l’euphorie, les langues se délient. En marchant dans la rue, la réalisatrice se rend compte qu’elle ignore beaucoup de choses sur le processus par lequel son amie est passée.

Sa curiosité prend le dessus. Des échanges avec une assistante sociale retraitée lui font découvrir les dessous d’un univers méconnu. À partir de là, les rencontres se multiplient et la trame de son futur film se dessine !

« J’ai l’impression d’avoir été dans une place centrale, en regardant tous les points de vue, tous les personnages et tous les enjeux. »

Elle a été frappée par les mots et les rapports aux mots employés par les différents travailleurs sociaux. Mais également par l’investissement, l’accompagnement ou les difficultés d’entretenir la juste distance avec l’autre.

« Je voulais interroger le moment où le bébé passe des bras d’une mère biologique à une mère adoptive, en passant par beaucoup d’autres bras. »

C’est donc autour de Théo que vont s’articuler tous les personnages, et ils sont nombreux ! Une attention particulière est donnée au regard qui se retrouve être le fil conducteur du film. Nous ressentons les émotions, les craintes mais aussi la joie de tout le monde, même du plus petit rôle n’intervenant que quelques secondes… Car le regard exprime bien plus que les mots et surtout, il ne trompe pas.

PupillePupille

Casting d’exception !

Sandrine Kiberlain combine assurance et fragilité dans la peau de cette éducatrice spécialisée qu’elle incarne à merveille. Elle apporte de la fraîcheur, de la légèreté et nous fait sourire par ses obsessions autant qu’elle nous touche par ses sentiments. Elle est fidèle à elle-même, bref, une fois de plus, on l’adore !

Ensuite, Gilles Lellouche campe l’assistant familial. Il va accueillir Théo de sa naissance jusqu’à son adoption. Au début, ce choix déroute, surprend puis convainc. Sa carapace de virilité d’ours révèle donc une sensibilité cachée. Sa délicatesse, sa retenue et sa pudeur nous touchent et nous font découvrir une nouvelle facette du comédien. Mais on vous rassure, il conserve quand même quelques blagues lourdes nous faisant rire ! Il faut bien donner le change. 😉

Enfin, Elodie Bouchez submerge… Au début, son côté effacé et candide ne marque pas les esprits voire agace. Tandis que le film avance (ainsi que les années), elle prend de l’assurance, s’émancipe et surprend. On ne la voit pas du tout venir et, d’un coup, elle se révèle. En mère en devenir, elle finit par pleinement rayonner et c’est beau, très beau… Lorsqu’elle rencontre Théo pour la première fois, je dois vous avouer que des larmes ont perlé le long de mes joues alors que je suis plutôt du genre insensible et cynique. Mais chut, ça reste entre nous…

Tourné avec authenticité et passion, Pupille retrace fidèlement un de ces moments où la vie n’en finit pas de nouer ses complications. Pour autant, il est générateur d’espoir et malgré un sujet difficile, il nous rappelle la bonté dont peut être capable l’être humain. Et ça fait du bien… 🙂

Merci à Ciné + pour cette belle découverte. 
Les vidéos de la rencontre sont en ligne

by Jean-Philippe 

Pupille

Pupille

Un film de Jeanne Herry

Avec Sandrine Kiberlain, Elodie Bouchez, Gilles Lellouche, Miou-Miou, Clotilde Mollet et Olivia Côte

Sortie le 5 décembre 2018

Image de prévisualisation YouTube
Share

En Liberté ! de Salvadori : Pio Marmaï est une bombe

Pierre Salvadori s’offre un film cure de jouvence avec En Liberté ! Le réalisateur semble avoir l’âge de ses personnages, une petite trentaine. Il mélange les genres avec une malice déconcertante, de quoi filer des sueurs à de jeunes réal un peu trop précieux et autocentrés.
En liberté ! est un vrai film d’auteurs avec un s. C’est inventif, déconnant et sensible à la fois.

En liberté

Pio Marmaï une vraie bombe !

Sorti de prison après avoir été jugé coupable d’un braquage de bijouterie qu’il n’a pas commis, Paul a un rapport au monde quelque peu décalé.

Il parle tout seul, sans être plus fou qu’un autre. Sa douceur d’avant prison a pris un coup. Maintenant, il sait se défendre avec un certain éclat et ne manque pas de créativité quand il s’agit de faire quelques menues larcins.

En Liberté

Pio Marmaï est une bombe qui peut exploser à tout moment, dégageant des déflagrations hilarantes.

Physiquement il en impose aussi !
Pendant la rencontre d’après projection, le comédien a confirmé qu’il avait pris du muscle pour le rôle et notamment pour la scène culte où il arbore une combinaison en latex.
Nul doute qu’il va encore être la source de fantasmes à la fois pour les femmes et les hommes.
Pierre Salvadori, lors de la rencontre sur la question du charisme érotique de son comédien : « Pio ne m’a pas attendu pour être une icône gay ! 🙂 ».
En liberté

Angèle Haenel la nouvelle reine du comique

Ses « Oh Putain ! » qui ponctuent quelques séquences mémorables sont poilants. Angèle Haenel dégage une vraie empathie malgré la vie bancale de son personnage. L’obsession de vérité la mène dans des situations hilarantes.
Le duo de cinéma Angèle et Pio fonctionne à merveille. Deux personnalités borderlines.

En Liberté

Le réalisateur confie qu’Adèle Haenel a eu du mal à être juste. « Au début, elle en faisait des caisses. Il lui a fallu 4-5 jours. Passé le week-end, revenue le lundi, elle est devenue une vraie actrice de comédie ! »

En liberté ! envoie un souffle incroyable qui donne envie de se décharger de toutes nos contraintes pour révéler enfin ce que nous sommes.

Les vidéos de la rencontre #ProjoPrivée sont en ligne :
cineplus/projo-privee

En Liberté

En Liberté !

un film de Pierre Salvadori
scénario de : Pierre Salvadori, Benoit Graffin, Benjamin Charbit

Avec Adèle Haenel, Pio Marmaï, Damien Bonnard, Vincent Elbaz, Audrey Tautou

Sortie le 31 octobre 2018

Share

Nos batailles : Romain Duris vibrant pour une ode à l’amour familial

Nos Batailles, deuxième long-métrage de Guillaume Senez, dresse le portrait d’un père de famille se retrouvant seul avec ses deux enfants. Sa femme, leur mère, s’en est allée sans raison apparente.
Romain Duris est touchant en prise directe avec cette sidération qui bouleverse sa vie. A ses côtés, trois femmes belles, déroutantes. Et deux très jeunes comédiens vraies révélations du film.

Nos Batailles
Rencontre lors de la projection privée Ciné +

Nos Batailles, improvisation

La méthode de Guillaume Senez pourrait désarmer plus d’un comédien. Romain Duris a confirmé qu’elle lui avait plu lors de la projo privée Ciné + à laquelle nous avons assistée.
En effet, le réalisateur ne transmet pas les dialogues qu’il a pourtant écrits à ses comédiens. Ces derniers ont une trame et c’est à eux seuls de trouver le moyen de la faire vivre.
Le résultat est d’une troublante justesse. Bien sûr, certains échanges se chevauchent mais cela donne encore plus de réalisme. C’est parfois confus, drôle, inattendu.

Ce cadre de jeu a permis aussi aux jeunes comédiens interprétant les enfants de pouvoir bénéficier d’une totale liberté. Ils n’avaient pas à apprendre de longues pages de texte, tout comme leurs partenaires.
Le réalisateur n’aura, par exemple, pas discuter avec la comédienne interprétant la mère de la raison du départ de son personnage. Ceci pour ne pas influencer le jeu de son interprète. Ainsi, les spectateurs ne savent pas non plus et ne peuvent être dans le jugement pur.
Il y a une part d’irrationnel avec laquelle il faut vivre le récit.

Nos Batailles

Un homme, des femmes

Romain Duris brille par son interprétation. Il travaille à l’usine, ça pourrait être Amazon, Cdiscount, Vente Privée ou tout autre entreprise de livraison de produits. C’est un travail à la chaîne, ingrat qui déshumanise. Il est à la fois salarié, syndicaliste et père de famille.
A ses côtés, Laure Calamy est excellente en collègue, souriante et complice.
Laetitia Dosch offre aussi des parenthèses enchantées pour la famille mais aussi pour les spectateurs.
Lucie Debay, la mère absente, impose en quelques minutes la douceur et le désarroi face à un quotidien loin d’être enchanteur.

Nos batailles questionne la famille, la vie quotidienne malmenée par le travail, la société, les desseins personnels. Le film est à la fois dur, brut et doté d’instants plus légers. On se prend aussi à rire malgré le combat difficile d’un père.

Nos Batailles

Nos batailles

de Guillaume Senez
avec Romain Duris, Laetitia Dosch, Laure CalamyLucie Debay, Basile Grunberger, Lena Girard Voss, Dominique Valadié… 

Sortie le 3 octobre 2018

Share

Une pluie sans fin : le non-film de l’été à voir !

L’affiche du film Une pluie sans fin pourrait en rebuter plus d’un. Un premier film, un titre qui n’engage pas forcément un récit léger. Le tout avec une sortie en plein été : il fallait oser. Wild Bunch, le distributeur, l’a fait.
Voici nos 3 arguments imparables si on nous sort une excuse bidon pour ne pas aller voir le film dès sa sortie.

Une pluie sans fin

Un film chinois sans combat, non merci !

Effectivement, il n’y a pas de flingue, ni de règlement de compte ou de sabre d’un autre temps.
Pourtant le récit noir qui se déploie intrigue suffisamment pour capter toute notre attention.

Une série de meurtres de femmes ayant pour décor une fonderie. Un agent de sécurité, Yu Guowei, qui se prend pour un détective.
Une séquence de bal poétique et une relation énigmatique sont d’autres atouts de ce récit.

Il pleut tout le temps, quel enfer !

Nous sommes bien à l’abri dans nos fauteuils de cinéma. Imaginez les comédiens et surtout l’acteur principal Duo Yihong qui a dû endurer son sacerdoce pratiquement chaque jour de tournage. C’est lui qui a vécu l’enfer.

Sur l’écran, la pluie est cinégénique, elle donne une atmosphère unique, qui nous rappellerait quelques films noirs américains. L’ensemble est moite, boueux, sale, exténué aussi.

Comme cette quête du meurtrier à travers cette campagne et cette usine en pleine Chine de la fin des années 90.

Une pluie sans fin

Un 1er film ? J’attendrai qu’il en fasse un 2e !

On peut toujours avoir un doute sur un premier film de cinéaste. Les écueils sont légions : récit ou rythme pas assez maîtrisé, de l’autobiographie en majorité.

Rares sont les coups de maître. Le réalisateur Dong Yu, lui, a frappé fort dès le premier coup.

Il rend son héros désabusé attachant, on se plaît à ne pas comprendre sa relation avec sa hiérarchie ni avec cette jeune femme qu’il fréquente.

Une pluie sans fin est le non film de l’été parfait. Il vous fera encore plus apprécier la chaleur et le grand soleil à votre sortie de la salle.

Une pluie sans fin fait ralentir le rythme, prenant le temps d’une histoire qui se dévoile progressivement. Et qui ne laisse pas deviner son épilogue.

Une pluie sans fin

Une pluie sans fin

un film de Dong Yue
avec Duo Yihong, Jiang Yiyan, Du Yuan, Zheng Wei, Zheng Chuyi, Zhang Lin

Sortie en salle le 25 juillet 2018

Grand Prix du Festival intertional du Film Policier de Beaune 2018

Share

Roulez jeunesse : Eric Judor inattendu et épatant !

Croire que notre vie va se définir selon nos propres plans est un leurre, nous le savons bien. Alex ne peut que le confirmer… Une rencontre fortuite va l’amener à vivre des événements hauts en couleur bousculant totalement ses habitudes, son confort quotidien, voire ses certitudes pour son plus grand bien.
Roulez Jeunesse est un film authentique et touchant, ne se jouant d’aucun cliché.

Roulez jeunesse

Le scénario

Alex, 43 ans, est dépanneur automobile dans l’entreprise de sa mère. Solitaire et individualiste, son rapport aux autres se veut libre de toute contrainte. Au cours d’un dépannage comme un autre, il rencontre une jeune femme lui proposant de partager leurs solitudes l’instant d’une nuit…

 

Au petit matin, le réveil est brutal. La jeune femme est partie mais elle a laissé un cadeau ! Ou plutôt trois… Un bébé, un jeune garçon et une ado mal dans sa peau. 

Rapidement, Alex se retrouve embrigadé dans une histoire le dépassant…

Image de prévisualisation YouTube

Ses seuls soutiens seront des mécanos suspects, un plan cul hystérique, une assistante sociale blessée et une mère faussement despotique…

Tout sauf la facilité

Là où le film tire véritablement son épingle du jeu, c’est qu’Alex n’est ni un héros ni un sauveteur fantasmé et idéal. Il ne va pas adopter les enfants dans un happy end sourire ultra brite «Et ils vécurent heureux…». Non, non, c’est juste un mec normal faisant comme ce qu’un mec normal ferait dans la vie face à une situation inattendue et extrême : il improvise !

Roulez jeunesse

Ainsi, toutes les situations vécues vont amener notre protagoniste à se découvrir au plus profond de son intimité. Puis s’il veut rejeter ou nier sa sensibilité, il n’en a pas le temps en raison de la tournure des événements ! Entre attachement, sentiments et émotions, un lien sincère et véritable va se créer.

La fin est tendre et complice. Les personnages ont évolué, ils ont grandi. En effet, s’ils tournent ensemble une page un peu sombre de leurs vies, celle qui s’ouvre semble radieuse et prometteuse pour chacun d’entre eux. Et c’est tout ce que nous leur souhaitons. 🙂

Roulez jeunesse

 

Un film surprenant

Le début ressemble à une comédie sympathique et rigolote où s’enchaînent des situations loufoques à un rythme effréné. Puis doucement le ton devient plus grave, l’histoire gagne en profondeur et nous sommes pris avec elle.

Roulez jeunesse

Les notes d’humour sont distillées adroitement tout au long de l’aventure. Elles confèrent au film une certaine légèreté, appuyée par un aspect visuel vraiment très esthétique, simple et lumineux, empreint de liberté.

 

La distribution n’est pas en reste. Eric Judor étonne puis finalement se révèle. C’est un plaisir de le voir dans un genre nouveau où il excelle. Laure Calamy électrise de son émouvante beauté tandis que Ilan Debraquant et Louise Labeque incarnent deux enfants paumés terriblement attachants sous les apparences…

Roulez jeunesse

En sortant de la projection, il m’a fallu un certain temps pour me reconnecter à la vie autour de moi. En effet, je suis resté dans ma bulle un moment à observer le monde en repensant aux différents messages suggérés par Julien Guetta. J’étais encore porté par la sensibilité et l’espoir du film.

Finalement, il m’a apporté exactement ce dont j’avais besoin ce soir-là : une douce évasion.

by Jean-Philippe

Roulez jeunesse

Roulez Jeunesse

De : Julien Guetta
Scénario : Julien Guetta et Dominique Baumard

Avec : Eric Judor, Laure Calamy, Brigitte Roüan, Ilan Debrabant, Louise Labeque, Déborah Lukumuena et Marie Kremer.

Sortie le 25 juillet 2018

Share

Un couteau dans le cœur : 3 degrés de fascination

Le nouveau film de Yann Gonzalez, Un couteau dans le cœur, qui a reçu le beau Prix Jean Vigot est une œuvre particulière qui renoue avec le cinéma de genre.
Un film à part, osé, audacieux, décalé, original et qui assume sa folie d’un bout à l’autre.

Voici mes 3 sources de fascination, 3 raisons de voir le film en salle et pas en VOD à la maison.

Un couteau dans le coeur

Divine Vanessa Paradis

La star d’entre toutes les stars campe une productrice de films porno gay. Rien que ça donne l’eau à la bouche.
Et quand Vanessa Paradis apparaît pour la première fois à l’image dans une scène de cinéma comme on n’en fait plus : de nuit, dans un imper noir et avec des bottes rouges passion, le cœur virevolte.
Vanessa Paradis est ici une femme passionnée, amoureuse, intrépide.

Film d’époque à l’esthétique 70’s-80’s

L’action se passe en 1979, nous ne sommes plus tout à fait dans la décennie 70 mais pas encore de plein pied dans les 80’s.
Le tournage en pellicule Kodak donne de la matière visuelle à ce récit d’un autre temps.
Le réalisateur s’est autorisé des folies capilaires débordantes dans le blond platine de Vanessa Paradis et Nicolas Maury. On adore !

Un couteau dans le coeur

Nicolas Maury is the one!

C’est un caméléon. Il est capable de tout comme un Vincent Cassel, mais avec quelques muscles en moins.
Dernièrement, Nicolas Maury a joué un séducteur au théâtre dans Marivaux et cette fois il est assistant-acteur porno doué de travestissement.
Son blond décoloré – une couleur d’un autre temps – claque pendant tout le film.
Il est aussi bien à l’aise en débardeur qu’en slip, derrière une caméra ou sur une croix de …

Un couteau dans le cœur a droit à une bande-originale soignée avec notamment les compo originale du frère du réalisateur : Anthony Gonzalez alias M83.
Et quelques titres orgasmiques méconnus.

BONUS : ne pas quitter la salle dès le lancement du générique. La plus belle des scènes reste à découvrir.

Un couteau dans le cœur

un film de Yann Gonzalez
Scénario : Yann Gonzalez et Cristiano Mangione 

avec Vanessa Paradis, Nicolas Maury, Kate Moran, Jonathan Genet, Khaled Alouach, Bastien Waultier, Thiebault Servière… 

sortie : le 27 juin 2018

Share

Et mon coeur transparent : Caterina Murino, femme fatale !

Adaptation du roman de Véronique Valdé, Et mon cœur transparent est un film aussi étrange qu’inspirant, inhabituel qu’onirique.
Si l’on accepte qu’une folle histoire d’amour puisse débuter par une (simple) chaussure bleue à talon, alors on acceptera toutes les fantaisies de ce récit singulier.

Et mon coeur transparent

Caterina Murino is the new femme fatale

Les deux réalisateurs renouent avec le cinéma US des années 30, le film noir et cette aspiration à la femme fatale.
Un personnage tout à la fois inaccessible et proche, tendre et mystérieux.
Caterina Murino est l’interprète parfaite. On se prend à partager les doutes, l’admiration et la folie de Lancelot face à une telle beauté en partie tombée du ciel. Rien d’étonnant à ce que la comédienne remercie à plusieurs reprises le duo qui la révèle tout autre sur grand écran, lors de l’avant-première.

Et David et Raphaël Vital-Durand nous bercent littéralement avec des images d’une beauté rare, sans voyeurisme : une silhouette tout de noir vêtue dans l’encadrement d’une porte, des gros plans de rouge à lèvres sur bouche sensuelle ou encore cette chaîne qui met si bien en valeur la taille de la comédienne.
Caterina n’est pas qu’une image, elle est un électron libre, un papillon virevoltant, d’une aisance désarmante.

Et mon coeur transparent

Julien Boissellier is the one! 

Lancelot est ce type de personnage transparent, à la vie calme, sans aspérité. Mais quand une bombe comme Irina lui tombe dessus, la déflagration est telle que sa vie sera totalement bousculée.
Julien Boisselier apporte candeur, douceur, émerveillement à son personnage qui n’en croit pas ses yeux – et nous non plus.
Il est de tous les plans, nous connectant à lui quand l’histoire part en vrille ou quand on a un sérieux doute sur l’épilogue. Sans lui, le film aurait pu prendre un méchant virage.

Et mon cœur transparent est un petit bijou surréaliste, énigmatique et prenant.

Je n’ai pas du tout envie de m’étendre sur l’histoire. Elle regorge de subtilités, de décalages savoureux et d’étrangetés. Mieux vaut les découvrir sur grand écran que par écrit.

Et mon coeur transparent

Et mon cœur transparent

film écrit et réalisé par David et Raphaël Vital-Durand
D’après le roman de Véronique Ovaldé (paru aux éditions de l’Olivier)
Avec Julien Boisselier, Caterina Murino, Serge Riaboukine et la participation de Sara Giraudeau

Sortie le 16 mai 2018

Share

La mort de Staline : rire d’un monstre et maestria

Attention ! Perle de cinéma et d’humour avec casting de haute volée. La mort de Staline nous dévoile un pan méconnu de l’histoire de cette figure historique russe.
Si on m’avait dit, avant de voir le film, que je rirais avec Staline, je ne l’aurais pas cru.

la mort de staline

La mort de Staline : brillant, drôle et glaçant

Le réalisateur arrive à trouver l’équilibre parfait pour, à la fois, dénoncer la purge communiste absolument dramatique, les jeux de pouvoir au sommet de la nomenklatura et les aberrations de ce régime qui frisent carrément le burlesque.
Chose étonnante à la sortie du film : l’envie de se plonger dans un manuel d’histoire pour vérifier ce qui est vrai, ce qui relève de la caricature ou de l’invention scénaristique.

Le film ne fait pas l’économie de morts. Mais ils ne sont jamais montrés. Il est question de listes de personnes à abattre, d’exécutions et de tortures mais hors-champs.
La mort de Staline fait penser à La vie est belle de Roberto Benigni. Dans un contexte terrible, il est possible de rire, de rire de l’absurdité, de rire du non-sens des hommes de pouvoir.

Casting en or

Steve Buscemi interprète un Khrouchtchev malingre, improbable et manipulateur.
Jeffrey Tambor est un chef de parti adjoint aussi effacé qu’inexpérimenté. Alors que Simon Russell Beale (Beria) est un incroyable stratège capable d’être sur tous les fronts.

la mort de staline
Steve Buscemi, Olga-Kurylenko et Simon Russel Beale

Les addicts de la série Homeland seront tout excités de retrouver Rupert Friend dans le rôle de Vassili, le fils de Staline. Moustachu, classe et complément barré. Il porte bien aussi bien la veste d’officier que le débardeur.

Et une grâce, interprétant une pianiste rebelle et incendiaire : Olga Kurylenko !

la mort de staline

La mort de Staline

de Armando Iannucci

Scénario de David Schneider, Ian Martin et Peter Fellows
d’après le livre de Fabien Nury et Thierry Robin

avec Steve Buscemi, Jeffrey Tambor, Olga Kurylenko, Michael Palin, Simon Russel Beale, Rupert Friend… 

Sortie le 4 avril 2018 

Share

Blue de Disneynature : l’océan éblouissant ! #cinéma

Le documentaire animalier n’est pas réservé qu’aux enfants. Blue nous émerveille avec ses images à couper le souffle, ses espèces de poissons méconnues et son art de la narration. 3 ans de travail ont été nécessaires pour réaliser ce film.
La sortie de Blue marque les 10 ans de Disneynature qui renouvelle le genre, nous invitant à réagir pour préserver la Terre plus que jamais menacée.

Blue Blue

Un océan-palette de couleurs

Blue est un jeune dauphin qui découvre, tout comme nous, les merveilles de l’océan, ses secrets, l’incroyable créativité de ses occupants pour assurer leur survie.
Keith Scholey, l’un des réalisateurs confie avant la projection événement à Paris : « l’idée est que vous deveniez tous des dauphins pendant 1h20.  🙂  » Et le pari est réussi !

J’avoue que je suis tombé raide amoureux d’une squille multicolore. Elle pourrait être un sujet de film à elle seule tant elle est belle que captivante. Elle a de nombreux atouts dont l’incroyable capacité à distinguer dix fois plus de nuances colorées que nous pauvres humains (jusque dans l’ultra-violet).

La baleine à bosse n’est pas en reste. Massive et gracieuse, elle sera en lutte, dans une scène impressionnante, contre des orques pour sauver son petit.
Reste un poisson sinon irrésistible, tout du moins très intriguant, le poisson perroquet à bosse. Il semble avoir la grimace figé, nageant la bouche ouverte.

Blue
photocall avec Jean-François-Camilleri (Disneynature) et les réalisateurs Keith Scholey et Alastair Fothergill

« Quand on vit sur Terre, on ne voit pas forcément la beauté des océans » Alastair Fothergill

Les images sont saisissantes, une palette de peintres en mouvement constant.

Cette beauté ne doit pas faire oublier la menace qui pèse sur cet écosystème. Pour Jean-François Camilleri, créateur de Disneynature, lors de l’avant-première mondiale du film à Paris : « c’est la beauté qui sauvera le monde !  » Il en a profité pour lancer un appel aux réalisatrices « pas assez nombreuses » et aux jeunes réalisateurs pour participer à cette formidable aventure.

Blue est un film qui crée l’émerveillement tout en participant à la prise de conscience nécessaire pour assurer la pérennité de ces espèces et, par conséquent, de notre monde.

Image de prévisualisation YouTube

Blue
film de Keith Scholey et Alastair Fothergill
histoire racontée par Cécile de France
Par Disney Nature

Sortie le 28 mars 2018

Share

Ready Player One de Spielberg : tout simplement époustouflant

La bande-annonce de Ready Player One pourrait laisser perplexe.
Mais difficile de résister à l’appel du film d’aventure en mode réalité virtuelle de Steven Spielberg. D’autant plus quand il y une inspiration 80’s mixée à un univers de science-fiction.
Enfile ton casque VR pour suivre Parzival, Art3mis, Aeach et en prendre pleins les yeux ! #kiff

Ready Player One est une véritable expérience de cinéma d’une puissance vertigineuse à vivre exclusivement sur grand écran.

En 2045, les humains se réfugient dans l’OASIS, univers virtuel mis au point par le brillant et excentrique James Halliday.  Juste avant de mourir, il a décidé de léguer son immense fortune (et la gestion de l’OASIS) à quiconque découvrira l’Easter Egg numérique (qu’il a pris soin de dissimuler dans cet univers virtuel). Mais lorsque Wade Watts, qui n’a pas le profil d’un héros, décide de participer à cette chasse au trésor, c’est l’avenir de ce monde numérique qui bascule…

Les Goonies en mode 2.0 

En voyant l’affiche, on a pensé aux Goonies, un film d’aventure avec des ados sorti en 1985. Une association de personnalités distinctes et attachantes mues par le seul dessein d’atteindre un Graal. Ready One Player est son prolongement avec force d’effets spéciaux, de rembondissements et de rythmes effrainés. Le lien étant encore fort, entre les deux films, avec ces références multiples aux 80’s tant en musiques (A-ha…), qu’en flash-back et autres jeux d’époque.
Grâce à Parzival/Wade Watts, on (re)plonge dans la pop culture colorée, audacieuse.

Le film de Spielberg est une odyssée numérique, un vrai conte 2.0 où le réel disparait dans un peu plus de 40 ans d’histoire du jeu vidéo grand public. C’est finalement un monde de tous les possibles grâce à son avatar.

Retour vers le futur, Doom, King Kong, TronCosmocats, Van Halen…  Impossible de citer toutes les références.  Adapté du livre d’Ernest Cline, le scénario tient la route, y compris dans ses excès incroyables.
A travers une réalisation virevoltante et un brio qui lui est propre, Spielberg s’offre une véritable cure de jeunesse – c’est un film de jeune réalisé par un sexagénaire. Au passage, il nous gratifie d’une madeleine de Proust pour trentenaires, quadras et autres.
Les parents peuvent partager leur univers avec leurs bambins.

Image de prévisualisation YouTube

Ready Player One est un film pop-corn à voir sans complexe et sans retenue.
On prend un pied d’enfer à lutter aux côtés des héros et de leur avatar numérique avec, malgré tout, deux bémols.
Bémol 1 : une petite longueur dans ce film de 2h20.
Bémol 2 : un manque de musique des 80’s, époque fil rouge du film. De ce point de vue, Les Gardiens de la Galaxie réussit mieux cette fusion de SF et de rétro.

Il est absolument inutile d’attendre pour plonger, toi aussi, dans l’OASIS !

Ready Player One

Un film de Steven Spielberg
Adapté du livre d’Ernest Cline

Avec : Tye Sheridan, Olivia CookeBen Mendelsohn, T. J. Miller, Mark Rylance, Lena WaitheWin Morisaki

Sortie en salle le 28 mars 2018

Share