Humour : Sébastien Castro vous présente ses condoléances ! Interview

Sébastien Castro à l’affiche de Toutes mes condoléances vous a embarqués tout l’été 2013 au Petit Palais des Glaces dans sa galerie de portraits cousus main. Homme trompé, voisin distrait, professeur malmené, acheteur impuissant, ces personnages sont aussi attachants que désarmants de drôlerie. Ces petites histoires reprenant des figures incontournables des spectacles d’humour – on pense aux professeurs campés par Julie Ferrier ou Elie Kakou – ont une saveur à nulle autre pareille grâce à l’ingénieuse écriture du comédien et de sa complice Emmanuelle Tachoires. Ces deux-là ont su balayer d’un seul revers tous les clichés, pour ne garder que les idées les plus surprenantes et jubilatoires.
Suite au succès public et critique, le spectacle est repris à la Comédie de Paris à partir du 15 juillet. Elle est pas belle la vie ?

Affiche du spectacle Sébastien Castro vous présente ses condoléances à la Comédie de paris théâtre humour

Pour l’anecdote, le directeur du Palais des Glaces, Jean-Pierre Bigard – doté d’un incomparable nez quand il s’agit de repérer les perles sur scène – a misé sur le comédien sans voir son spectacle. Ils s’étaient rencontrés à l’occasion de Tout le plaisir est pour nous joué au Palais des Glaces, il y a 3 ans. Une première dans la longue carrière de ce directeur de théâtre, causant une source d’angoisse supplémentaire pour le comédien, perfectionniste en diable. Au final, le défi est relevé haut la main.

Bilan des premières semaines de spectacle : un directeur comblé, un acteur sur un nuage, des guests hilares, des critiques à l’unisson et surtout un public qui en redemande et vient en nombre au point d’afficher complet depuis plusieurs soirées.

Généreux, Sébastien Castro s’est prêté au jeu de l’interview-photomaton, un samedi après-midi, quelques heures avant d’entrer sur scène.

INTERVIEW-PHOTOMATON

"J'avais envie de me la péter sur cette photo. Et j'assume !" Sébastien Castro
« J’avais envie de me la péter sur cette photo. Et j’assume ! » Sébastien Castro

United States of Paris : Un petit retour à tes débuts s’impose pour connaître les origines de ton spectacle Toutes mes condoléances.
Sébastien Castro : Il faut revenir au tout début ! (rires) J’ai monté un one-man-show quand j’avais 22 ans, juste avant de rentrer au cours de théâtre. Je l’ai fait avec toute l’inconscience que l’on peut avoir à cet âge. Et avec le recul, je me dis que c’était de la folie furieuse! (rires)
Mais c’était visiblement pas si mal car j’ai été pris par des petits cafés théâtre à Paris. Je l’ai joué au final plus de 150 fois à la Comédie des 3 Bornes et au Mélo d’Amélie.
J’ai enchainé avec les cours et après, j’ai fait la rencontre de Pierre Palmade. Je ne sais pas s’il m’a appris à écrire mais il m’a décomplexé par rapport à l’écriture. A cette époque, je n’écrivais pas parce que je me disais que d’autres faisaient mieux que moi, une fois devenu comédien. Pierre m’a incité à m’y mettre : « je suis sûr qu’avec ton univers de comédien, tu as des choses à dire. » Je lui ai fait lire ensuite mes textes et j’ai écrit par exemple le sketch, avec Benoît Moret : 100 % hétéro.

UsofParis : Quel a été le déclic pour l’écriture de ton spectacle ?
Sébastien Castro 
: J’avais envie de remonter un one-man avec un peu plus de bagages, 15 ans après. J’ai entendu Jean-Pierre Bigard dire : « je ne crois qu’aux one-man dont les artistes ont écrit leurs textes. » Ça m’a travaillé. Je me suis dit : « faut que je me lance ! »
Je ne me suis pas mis de pression. J’ai pris le temps qu’il fallait. J’ai commencé à écrire il y a 4 ans. Alors que je jouais au théâtre en parallèle, Toutes mes condoléances s’est construit sur 2 années d’écriture, 1 année de répète et 1 an de « rodage » en province, notamment à Nantes. Entre deux spectacles, on réécrivait avec Emmanuelle. C’est un vrai luxe de pouvoir concevoir un spectacle sur la durée et de le présenter à Paris dans la version que nous assumons pleinement.Sébastien Castro comédien spectacle Toutes mes condoléances humour Palais des Glaces Paris

 

UsofParis : Est-ce que parmi cette galerie de personnages, l’un d’entre eux existe ?
Sébastien : Au cours de l’écriture, j’étais dans une période où la moindre situation était stimulante. Un jour, j’ai accompagné une copine comédienne, Lydie Muller, pour lui trouver une tenue pour un baptême. Et on entre dans une boutique du Marais. Là, le vendeur était prêt à tout pour lui fourguer ce qu’il voulait, vraiment. A un moment, il lui apporte un haut immonde jaune avec des fleurs et des oiseaux, qui n’allait pas du tout à Lydie. Et elle lui répond: « je ne suis pas sûre sûre« . Et le vendeur: « mais c’est pour un baptême, faut que ça soit joyeux ! C’est pas un enterrement. ! » Je ne sais plus à quoi il ressemble… (rires)

UsofParis : Pour ce spectacle, tu as fait appel à une guest de choix à la voix inimitable.
Sébastien 
: Ah Laurence Badie ! Je la connais depuis la pièce Tout le plaisir est pour nous, une pièce de Ray Cooney que j’avais adaptée.
On a eu un petit coup de foudre réciproque. Elle me fait mourir de rire dans la vie et sur scène.
Très vite j’écris la parodie de pièce de boulevard et me dis qu’il faut la voix de Laurence. C’est un monument qui a joué avec Louis de Funès et a été dirigée par Sacha Guitry et qui est en pleine forme. Quand elle ne joue plus pendant 2 mois, elle demande : « mais qu’est-ce qu’ils ont tous ? Ils m’appellent pas. »
La séance d’enregistrement a été parfaite. Je n’ai pas eu le temps de la rappeler après. Et un jour, elle me demande : « tu m’as coupée? J’étais à chier et t’as pas osé me le dire ! » Je lui ai répondu que c’était tout l’inverse, que le public adorait. C’est touchant, elle a des angoisses, comme une jeune comédienne.
Et bien sûr, elle était présente à la première à Paris, je l’ai faite monter sur scène. Le public était euphorique.

UsofParis : Après le spectacle c’est debriefing tous les soirs avec ta metteuse en scène, Emmanuelle ?
Sébastien : J’ai la chance d’avoir une metteur en scène très présente. Maintenant elle ne vient plus que 2 fois par semaine, et je ne sais pas quel soir. En plus, avec Emmanuelle, je n’ai jamais été autant sur la même longueur d’ondes avec quelqu’un. On n’a jamais eu de conflit. On peut ne pas être d’accord, mais on n’arrive à se convaincre en moins d’une minute. Personne ne renonce. Il y en a toujours un pour dire : « mais oui, tu as raison ! »Sébastien Castro comédien humoriste spectacles Toutes mes condoléances Théâtre Palais des Glaces Paris

 

UsofParis : C’est l’heure du bilan. 2 mois au Petit Palais des Glaces, reprise à la Comédie de Paris. Dans quel état d’esprit es-tu ?
Sébastien 
: Déjà ? (rires) Bon, je peux dire qu’aujourd’hui, je suis très heureux. Avec ce spectacle, le fait d’être seul en scène et d’être auteur, les émotions sont décuplées : ainsi le bonheur devient extase et les petites déceptions sont des drames. Maintenant, j’essaie de tout dépassionner. Mais au début ça pouvait passer d’extraordinaire à catastrophe quand les gens riaient moins. Du coup, on range la parano, d’autant qu’on ne pensait pas afficher complet au bout de 3 semaines.
Et puis, pour avoir joué des spectacles très longtemps, au bout d’un moment, tu es sûr de tout ce que tu fais. Je suis perfectionniste, et je me suis aperçu que je m’amuse vraiment beaucoup au bout de 50 représentations. Là j’en suis à 40, mais je commence à m’amuser vraiment de plus en plus.

UsofParis : Quel message récent t’a particulièrement touché ?
Sébastien:
Hier, Pierre Palmade était dans la salle. J’étais un peu stressé. et heureusement je n’ai su qu’une heure avant le spectacle qu’il venait. A la sortie, il m’a dit que j’avais progressé comme comédien. Dans notre métier, on a peur de stagner et de régresser. Et le fait qu’il me le dise ça ne pouvait pas être le plus beau compliment.

UsofParis : Que retiens-tu de ton partenaire de jeu Pierre Palmade ?
Sébastien : On a joué Le Comique 250 fois avec Pierre. Et tous les rôles qu’il avait écrit étaient sur mesure pour chaque comédien. Pour moi, c’est un des plus grands auteurs de comédie actuellement. Le génie de Palmade c’est de révéler les comédiens grâce à son écriture, comme il l’a fait avec Muriel Robin, Jacqueline Maillan…
Sur scène, il était à 100% dans son personnage. Et quand il sortait, il nous réajustait en permanence, c’était dément. Car une comédie peut se décaler après plusieurs représentations, quelques secondes en moins pour une réplique ou quelques unes en plus ailleurs. Il est incroyable de précision.

Sébastien Castro photo spectacle Toutes mes condoléances Théâtre Humour Palais des Glaces Paris

UsofParis: Une leçon de Roger Dumas avec qui tu étais en tournée cette saison pour L’étudiante et Monsieur Henri ?
Sébastien :
J’ai appris la simplicité avec lui. C’est une bête de scène ! Il est fascinant car il apprend des autres et se remet en question constamment. Il m’a conseillé de faire mes gammes tout le temps et de faire confiance aux bons metteurs en scène. Il donne tellement sur scène que l’on ne peut pas être mauvais face à lui. Il te tire vers le haut.

UsofParis: Est-ce que jouer à Paris en plein été ne gâche pas un peu tes vacances ?
Sébastien : Ça fait 15 étés que je passe sur scène à Paris. J’adore ça ! Je préfère être sur scène dans un théâtre que j’affectionne particulièrement, avec un spectacle qui me motive tous les soirs plutôt que partir à l’autre bout du monde.
Profiter de cette ville à cette époque est un bonheur. Et surtout le public est différent. Les parisiens sont plus détendus, ils sont moins stressés. Chaque soir, tu as un public qui est d’emblée plus heureux d’être là. Alors que parfois, Paris en plein hiver, le public peut mettre plus de temps pour se détendre et ça se ressent sur scène.

 

Sébastien Castro vous présente ses CONDOLÉANCES

de Sébastien Castro
Mise en scène : Emmanuelle Tachoires

du mardi au samedi à 20h

 à la Comédie de Paris
42, rue Pierre Fontaine
75009 Paris

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