Critique cinéma : Le dernier Catherine Breillat ABUS DE FAIBLESSE avec Isabelle Huppert & Kool Shen ou comment la réalisatrice succombe au charme d’un escroc

Ce lundi, l’équipe d’US of Paris a découvert en avant-première le dernier film de Catherine Breillat, ABUS DE FAIBLESSE, au Centre Pompidou, avec Les Inrocks et vous livre ses impressions.

Isabelle Huppert est restée amie avec Catherine Breillat même à la fin du film, « une prouesse » raconte l’actrice car fidèle à sa réputation la réalisatrice a visiblement malmené – ou en tout cas pas épargné- ses acteurs sur ce film. Mais Mme Huppert que Kool Shen a qualifié de meilleure actrice française a dit continuer à aimer Catherine Breillat « comme ma sœur, ce qui n’est pas peu dire ».

C’est une histoire simple que Catherine Breillat raconte dans Abus de Faiblesse. La sienne. Mais elle tient à préciser que le film n’est pas complètement autobiographique. Une femme, Maud fait un AVC qui la laisse hémiplégique. Elle est réalisatrice et à sa sortie de l’hôpital elle cherche des acteurs pour son nouveau film. La malchance la guide vers un truand. Maud tombe vite sous le charme vénéneux de cet homme.

Au fil du temps une amitié se créée entre eux, qui ressemble à un amour malsain. Il lui soutire de l’argent sans véritablement la contraindre mais elle est accro et ne lui refuse rien. 18 000 d’abord, puis 220 000 ensuite et jusqu’à 500 000 euros. C’est la spirale. Elle dit à la fin du film « ça me semblait beaucoup mais je ne pouvais pas m’arrêter ». Elle est totalement sous l’emprise de ce Vilko, interprété avec justesse par Kool Shen, qui vit là sa première grande expérience de cinéma.

La grande Isabelle Huppert est parfaite dans ce rôle, elle occupe le film, l’habite, est présente sur chaque plan. Elle est dans le ton quand elle joue les AVC à répétitions, le handicap qui la rend parfois odieuse avec les autres. Le jeu des corps est comme un ballet. Une danse s’instaure entre une Maud maigrissime et un Vilko tout en muscle. Elle rit beaucoup, lui est taciturne. Le contraste entre les deux est fort.

Quelques longueurs et une manière particulière de filmer déroutent le spectateur. Les plans sont parfois fixes sur des détails, ce qui manque de naturel. Certaines répliques restent en tête. Comme quand Vilko dit à Maud « tu as la schkoumoune » et qu’elle répond « Je suis la personne la plus chanceuse de la terre car tout ce qui m’arrive je peux le supporter ».

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Le film met mal à l’aise quand ce petit bout de femme qui paraît si costaude n’a plus un sous pour payer un déjeuner à sa fille mais qu’elle continue à croire aux énormes bobards du truand qui lui promet sans cesse de la rembourser. On l’est aussi -mal à l’aise- quand elle n’arrive pas à faire des gestes du quotidien : monter dans sa voiture seule, ouvrir un paquet de jambon.

Malgré un entourage assez présent, Maud paraît isolée et c’est sans doute parce que Vilko n’est pas tendre avec elle et ne la traite pas comme une handicapée qu’elle aime le fréquenter au point de tomber sous sa coupe.

Le film laisse le spectateur très libre de penser ce qu’il veut à propos de Maud qui n’est pas très attachante ni très détestable. On ne comprend pas très bien pourquoi elle cède si facilement aux caprices d’un type pas très violent et pas si intelligent. En définitive Breillat laisse au spectateur la possibilité d’interpréter les situations comme il veut et c’est sans doute ce qui fait la force de ce film.

By Hermine Mauzé

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