Denis Ménochet : interview sans filtre pour le film Norfolk

Présent lors de la dernière édition du Festival du Film Britannique de Dinard pour présenter Norfolk (de Martin Radich)le comédien Denis Menochet est l’exemple parfait de la bonne entente franco-anglaise. Son jeu n’a pas de limite géographique, sa maîtrise de la langue anglaise dénuée de tout french accent fait le reste. Cet acteur à la carrure massif révélé par Inglorious Basterds de Quentin Tarantino revient, avec une sincérité rare, sur ses doutes et quelques-uns de ses grands moments de cinéma.

Il n’a pu nous rassurer sur la possible suite de la série originale de Canal Plus : Spotless – dont le dernier épisode de l’unique saison nous a laissé sur notre faim – mais nous a réjoui en toute fin d’interview avec une très bonne nouvelle.
Le court-métrage Jeanine ou mes parents n’ont rien d’exceptionnel (de Sophie Reine) dans lequel il formait un duo de parents barrés avec Léa Drucker aura une suite. Nous retrouverons les personnages 20 ans après.

Denis Menochet avec Martin Radich (réalisateur) et Finlay Pretsell (producteur)
Denis Menochet avec Martin Radich (réalisateur) et Finlay Pretsell (producteur)

UsofParis : D’où vient ton envie d’être comédien ?
Denis Menochet : J’ai toujours aimé… (Ah la question !)
J’aimais bien faire rire les autres. Quand j’ai vu un film pour la première fois, ça m’a fasciné, la magie, tout ce qui était lié à l’imaginaire…
Après, j’ai rencontré une professeure, Leslie. Je faisais du skate, je fumais des pétards, j’étais bon à rien. Et elle m’a fait passer une audition alors que j’y étais allé pour accompagner un pote.
Elle m’a dit « toi, tu devrais venir » et elle m’a offert le stage d’été. Je lui ai répondu : « je viendrai jamais ! ». Et pourtant, j’ai fait le stage et j’ai adoré pouvoir m’exprimer – c’est pour ça que ça devrait être enseigné à l’école. T’as beau être un mec cool – qui avait des Creeks ou un Chevignon, à l’époque ou le mec un peu timide dans la cour – dès que tu es sur scène avec des personnages, tout le monde est vraiment à égalité, quand on se regarde vraiment dans les yeux et quand on est écouté.
Ce qui m’a attiré : c’est d’être vrai. De ne plus avoir à gérer ce sentiment de rejet.

Pourtant c’est que du fake !
Jouer c’est vivre sincèrement dans des circonstances imaginaires.

Et quand as-tu eu déclic que tu devais faire ce métier ?
Aujourd’hui, je me pose encore la question. Je te jure. Je pense que tu vis avec le doute quoi qu’il arrive.
Chaque fois j’en suis malade de bosser sur un nouveau projet. Je me dis que j’y arriverai jamais, que je ne suis pas à la hauteur. Tout le monde va s’apercevoir que je suis une imposture. J’en fais des cauchemars la nuit où je me retrouve à poil et tout le monde se fout de moi.

A quel moment sur le tournage, tu arrives à te calmer ?
Au bout de 3-4 jours. Et encore, ça dépend s’il y a des scènes difficiles qui arrivent, le trac peut revenir. Mais c’est une bonne énergie. Il faut l’accepter.

Ca ne t’a jamais paralysé ?
Si une fois. En fait, à force, tu développes une espèce d’instinct. C’est comme si tu faisais constamment des fausses notes quand tu essaies de jouer à la guitare.
J’avais dû m’excuser, prendre 5 minutes.

Les comédiens anglais ont tendance à plus travailler leurs gammes de jeu que les français ? Comment travailles-tu ?
Grâce à cette peur, je travaille beaucoup. Je répète un maximum mais sans figer les choses. Je fais aussi confiance à ce qui va se passer le jour même.
J’ai travaillé en Angleterre pendant presque 2 ans, récemment et malgré moi. J’ai eu de la chance. Et j’ai beaucoup pris de distance par rapport à plein de choses. Ca m’a fait beaucoup de bien.
Les acteurs anglais passent de la télé, au théâtre, au cinéma avec un grand film, parce qu’ils sont formés autrement et qu’il y a moins de films produits aussi. Ca correspond à ma conception du métier. Alors qu’en France, c’est : « quoi ? Tu fais de la télé ? » ou alors il faut faire un film où tu pleures derrière une vitre pour aller à Cannes.
Tout ça, je m’en fous totalement. Ce qui m’importe c’est l’histoire.

Les équipes anglaises et américaines te considèrent encore comme un acteur français ?
On m’appelle « the french actor ». Et je réponds : « non, je suis un acteur qui vient de France, parce que je n’ai pas grandi en France. Ma langue maternelle est le français mais je parle anglais couramment. » C’est vraiment te mettre dans une case.
Le seul problème que j’ai : c’est que pour les Anglais, je suis un french actor et pour les Français, je suis un acteur qui tourne avec les Américains et les Anglais – ce qui n’est pas vrai car la plupart du temps j’ouvre une porte ! Et mon texte c’est « Quelqu’un a vu Michel ? »
Ce que je me dis : je devrai faire des films dans une barque, sur la Manche, entre la France et l’Angleterre, pour que l’on me dise enfin que je suis simplement un acteur.

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Qu’est-ce qui dans l’histoire de Norfolk (Martin Radich) t’a accroché ?
Il y avait une violence dans le scénario, dans le personnage, qui m’a énormément plu, alors que c’est une ambiance poétique. Car le film se passe au milieu de la nature, comme dans une espèce de futur imaginaire, où tous les gens ont fuit les villes pour se réfugier à la campagne. Et l’histoire de ce jeune garçon qui veut devenir un homme car il rencontre cette fille, et du père qui est toujours dans son milieu de mercenaire pour gérer la survie de sa famille. Je trouvais ça intéressant parce que ça pourrait arriver dans un futur proche. Enfin, ça me plaisait de montrer une violence sans qu’elle soit vraiment visible au début.

Et sur le tournage, tu as appris sur ton métier ?
J’ai beaucoup appris. On a tourné en 24 jours, ce qui est très peu. On n’avait pas beaucoup de prises, on devait enchainer rapidement. Il fallait être créatif assez vite.
J’en reviens à cette peur : je ne pouvais pas demander une prise de plus, car tout le monde était fatigué.
J’ai appris à mettre cet égo de côté pour être efficace au service de l’histoire et de l’équipe. C’était une bonne manière d’assouplir ma façon de jouer.

Qu’est-ce que tu retiens de cette expérience de série avec Spotless ?
La leçon que j’en tire c’est que je ne referai plus jamais de projet où les réalisateurs ne sont pas capitaines du bateau et où ce sont des gens dans des bureaux qui décident du dialogue, de la scène. Quand il y a beaucoup de gens qui décident alors qu’ils ne sont pas sur le plateau, c’est un enfer pour tous ceux qui sont là depuis 4 heures du mat’. A moins qu’il y ait un vrai showrunner.

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Dans quelle mesure qu’Inglorious Basterds a changé ta vie ?
Çaa changé totalement ma vie. Quentin Tarantino m’a mis sur la carte. J’étais d’un seul coup reconnu. Et toujours aujourd’hui, il y a un énorme respect pour ce film et cette scène.
Et quand on sait que Christophe Waltz a eu 2 oscars, et moi j’ai juste une chance d’être dans ce film. Et j’espère un jour leur faire honneur à tous les deux. C’est quelque chose qui me drive car Quentin ce qu’il écrit c’est ce qui se fait de mieux : il combine le rap, Shakespeare, tout ce que j’aime. Ses dialogues sont incroyables.
Et Waltz c’est un jazzman dans tout ce qu’il fait.
Et j’espère durer pour un jour lui montrer que je suis à la hauteur. Ca me motive.

Un instant d’émotion forte sur un plateau de tournage ?
Je pense à La Rafle de Roselyne Bosch. Je jouais l’adjudant du camp de concentration de Beaune-la-Rolande. Nous tournions à Budapest avec des acteurs de complément (de théâtre…). J’étais face à des femmes et leurs enfants. Et je leur annonce que l’on va les séparer de leurs enfants, alors qu’elles ne le savent pas. Et l’instinct de ces femmes est remonté. Il paraît qu’à l’époque l’on entendait les cris des femmes dans les villages proches du camp.
Elles ont joué la scène et je me la suis prise en pleine gueule. C’est devenu quelque chose d’animal. Je suis parti dans un coin pour essayer de m’en remettre. J’ai vraiment vu ce qui s’était passé il y a plus de 70 ans.
Dans un autre style, il y a aussi les bons moments avec Ludivine Sagnier dans Pieds nus sur les limaces (Fabienne Berthaud). Elle a une mémoire visuelle folle, elle est capable de réciter les adresses des stagiaires du film. Quand je m’en suis rendu compte, j’étais éclaté de rire. Elle est très drôle et j’ai eu du mal à m’en remettre.

Le lieu de tournage le plus improbable dans lequel tu aies tourné ?
L’Afghanistan. Stéphane Rybojad nous a fait prendre un hélico pour tourner quelques plans pour le film Forces spéciales. On était au Tadjikistan et d’un seul coup on a traversé la rivière et on atterri en Afghanistan. Le réalisateur a fait quelques plans et on est reparti. C’était totalement improbable.
Il pouvait nous arriver n’importe quoi. C’était une bonne adrénaline.

La notoriété c’est un inconvénient pour toi ?
En fait, on ne me reconnaît pas. Mise à part dans des festivals comme à Dinard. Mais ça se passe toujours bien. On est dans une époque tellement « Kardachiante » que ça ne me dérange pas les selfies quand on m’en demande !


ACTU ! Denis Ménochet
à retrouver prochainement dans les films Norfolk et Assassin’s Creed (de Justin Kurzel)

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