Au temps de KLIMT, la Sécession de Vienne expo à La Pinacothèque

Véritable tournant artistique entre les XIXe et XXe siècles, la Sécession reste l’un des mouvements avant-gardistes majeurs de l’art européen. La Pinacothèque de Paris retrace l’histoire de ce formidable mais court élan artistique viennois, emmené par Gustav Klimt, son fondateur. De l’originalité et de l’audace à ne pas manquer.

Feu Follet, 1903, Gustav Klimt, collection Privée Londres, photo Alfred Weidinger
Feu Follet, 1903, Gustav Klimt, collection Privée Londres, photo Alfred Weidinger

Les jeunes filles effarouchées, les jeunes éphèbes à la peau glabre et l’architecture copiant les styles gréco-romains, il ne pouvait plus les voir en peinture. Avec une vingtaine d’artistes viennois, Gustav Klimt fonde en 1897 la Vereinigung Bildender Künstler Österreichs Secession, appelée communément la « Sécession ». Le but est clair, il veut casser les codes conservateurs dans les œuvres en vogue à l’époque et damer le pion des marchands d’art qui tuent dans l’œuf toute innovation. Regroupés dans le palais de la Sécession, au centre de Vienne, ces jeunes rebelles, tout juste diplômés, se mettent à créer tout azimut, toutes disciplines confondues. L’art doit être total. Architecture, sculpture, musique, peinture et artisanat travaillent de concert. De la salle d’attente d’une administration à la peinture exposée dans la plus prestigieuse des galeries d’art, tout doit être aussi beau que fonctionnel. Plus d’un siècle plus tard, c’est toujours une réussite et un vrai plaisir de voir (ou revoir) ces œuvres !

Judith, 1901, Gustav Klimt - Musée Belvédère Vienne
Judith, 1901, Gustav Klimt – Musée Belvédère Vienne

Origine de l’expressionnisme
Avec environ 180 pièces issues du Musée du Belvédère, en Autriche, et de collections privées, l’exposition Au temps de Klimt – La Sécession à Vienne à la Pinacothèque de Paris, plonge le visiteur dans l’univers avant-gardiste de ces jeunes viennois. Ouste le classicisme du XIXème siècle ! Place à une réinvention des représentations du corps humains, à une galerie de portraits où émerge la photographie et des paysages qui inspireront l’expressionnisme.

Il y a bien entendu les quelques pièces maîtresses de cette rétrospective. Parmi elles, les portraits de Judith et de Salomé, femmes fatales et sanguinaires tirées de la Bible. Ces deux guillotineuses ont déjà inspiré bon nombre d’artistes. Revisitées par Gustav Klimt, elles sont mises au centre de la toile, reléguant ainsi la tête coupée au deuxième plan. S’ils sont à voir, ces portraits ne doivent toutefois pas faire de l’ombre à d’autres œuvres. Le peintre, enhardi par le symbolisme et les recherches psychanalytiques émergeantes de Freud, voue un certain culte à la gent féminine. Tour à tour soumises ou provocatrices, parfois même élevées en des êtres suprêmes, ses figures féminines mélangent virilité et délicatesse. Au fil de l’exposition, on se rend compte à quel point le gouffre est immense entre ses débuts, avec par exemple « Pan consolant Psyché », et les femmes de sa frise Beethoven ! Une copie grandeur nature de cette dernière, dont l’originale est exposée depuis 1902 au centre du pavillon de la Sécession, livre une libre interprétation de la Neuvième Symphonie du compositeur. C’est le moment où jamais de l’admirer, elle rentre au pays à la fin de ce dernier tour de piste.

Reconstitution de la Frise Beethoven, Gustav Klimt, Musée Belvédère, Vienne
Reconstitution de la Frise Beethoven, Gustav Klimt, Musée Belvédère, Vienne

Klimt n’est pas le seul adorateur des femmes. Tout l’univers féminin des artistes du collectif s’offre aux visiteurs. Ne passez pas à côté des trois petites aquarelles d’Ernst Störh, « Vanité », « Méduse » et « Aspiration à l’élévation ». Des exemples de beauté !

Le début de la gloire
Le mouvement artistique, malgré sa grande notoriété, ne fait pas long feu. En 1905, patatras, le groupe éclate ! Les naturalistes rejettent l’idée d’art total et s’opposent aux initiateurs du projet. Klimt claque la porte de la Sécession, fonde l’Association des artistes autrichiens et parcourt l’Europe. L’argent coule à flot et fait des émules. Parmi celles-ci, le peintre Egon Schiele, certainement son disciple le plus connu. Les toiles de Gustav Klimt l’inspireront tant, qu’il fera du sexe dit faible le thème majeur de son art. Malheureusement, ici, le visiteur devra se contenter d’un seul dessin d’une femme se masturbant. Pour la provocation sulfureuse, on repassera.

Bijou, 1905, conception Joseph Hoffman - Galerie Bei Der Alerbitina Zetter Vienne
Bijou, 1905, conception Joseph Hoffman – Galerie Bei Der Alerbitina Zetter Vienne

Par ailleurs, si l’exposition donne une furieuse envie de visiter Vienne et le Palais de la Sécession, on regrette toutefois la rareté des objets de décoration. Il y a bien quelques pièces du céramiste Michael Powolny, deux ou trois meubles et des dessins de l’architecte Otto Wagner, mais il semble assez difficile d’expliquer l’art total dans ces conditions. C’est un peu dommage ! Raison de plus pour acheter un billet d’avion dans les plus brefs délais et de s’envoler pour la capitale autrichienne.

by Joël Clergiot

Exposition : Au temps de Klimt – la Sécession de Vienne

La Pinacothèque de Paris
8, rue Vignon
75009 PARIS

Tous les jours de 10h30 à 18h30 (fermeture des salles à 18h15).
Fermeture de la billetterie à 17h30.

Nocturnes les mercredis et les vendredis jusqu’à 20h30 (fermeture des salles à 20h15).
Fermeture de la billetterie à 19h30.

Jusqu’au 21 juin 2015

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2 réflexions au sujet de « Au temps de KLIMT, la Sécession de Vienne expo à La Pinacothèque »

  1. Dommage, il y a trop de monde, les salles sont trop petites et le personnel vraiment mal aimable, je ne mets pratiquement jamais les pieds dans ce musée.

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