MANGEZ-LE SI VOUS VOULEZ de Jean Teulé – une pièce effarante et ingénieuse par la Cie Fouic au Théâtre Tristan Bernard

Révélation Off du dernier Festival d’Avignon, la pièce Mangez-le si vous voulez offre une mise en scène incroyable pour conter l’impossible histoire d’un massacre, le drame de Hautefaye, orchestré en 1870 en France. Au Théâtre Tristan Bernard tous les soirs, la pièce se joue en alternance avec la Troupe à  Palmade.

La promo de Jean Teulé pour son livre Mangez-le si vous voulez ne vous avait sans doute pas échappé, à l’époque. Beaucoup ont lu cette histoire, d’autres en ont entendu parler sans en connaître les moult détails et rebondissements.

Pour les non initiés, le récit détaillé du supplice d’Alain de Monéys peut impressionner. Mais aussi troublante que soit l’histoire, la mise en scène de Jean-Christophe Dollé et Clotilde Morgière permet aussi de rire, de sourire de l’effroi.

C’est l’histoire d’un malentendu. Un jeune homme de 32 ans part visiter la foire du village voisin du sien. Il croise des connaissances, des voisins, des amis et puis répète une phrase prononcée par un autre. C’est anodin, pense-t-il. Incompréhension et déchaînement de violence vont suivre ces quelques mots finalement sans importance mais prononcé dans un contexte de guerre avec les Prussiens. Il va alors devenir le sujet d’un déchainement de haine inouïe, catalysant la rancœur et la frustration d’un village entier.

Cette histoire à multiples personnages est portée par 4 interprètes incroyables.
Jean-Christophe Dollé prend le récit en main d’un bout à l’autre de la pièce, sans s’essouffler, ni baisser d’intensité. Il est à la fois conteur, interprète, victime et bourreau. Ce tour de force est assez saisissant car la fluidité de l’histoire est intacte.

À ses côtés, Clotilde Morgière offre une performance malicieuse et quasi silencieuse. Ne jouant des expressions de son visage et de son corps, son jeu est la gageure d’une interprète exceptionnelle. Préparant un repas improbable dans un décor de cuisine rétro, en contre-point du récit, la présence de la comédienne permet de la distance à certaines scènes du boucherie folle. Elle se fait aussi prétendante d’Alain. Une âme bienveillante, comme une vierge Marie démunie face à la souffrance de la personne qu’elle aime le plus.

Le décalage présent dans cette pièce entre humour et horreur, conte avec histoire d’amour et chansons, est aussi surréaliste qu’efficace. Raison sans doute de l’adoubement de l’auteur Jean Teulé qui a découvert le projet de cette pièce, adaptée de son livre, seulement une fois créée.

Deux musiciens, Laurent Gillet et Mehdi Bourayou, viennent soutenir le jeu, intervenant quelques fois en complices de la scène et offrant surtout une bande-sonore aussi bien discrète qu’essentielle à ce récit que l’on aimerait d’un autre temps.

Car, après tout, ce qui angoisse le plus c’est que l’on imagine que ce déchaînement pourrait survenir encore à notre époque.
Glaçant.

 

MANGEZ-LE SI VOUS VOULEZ
d’après le livre de Jean Teulé aux Éditions Julliard

avec Jean-Christophe Dollé, Clotilde Morgière
Laurent Gillet et Mehdi Bouravou

 

du mardi au samedi soit à 19h soit à 21h

 

au Théâtre Tristan Bernard
64, rue du Rocher
75008 PARIS

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