Éléphant : interview bad boy / bad girl pour Touché Coulé

Le groupe Éléphant, composé de Lisa Wisznia et François Villevieille, nous avait charmés avec son premier album intitulé Collective mon amour, sorti en 2013. Le groupe est de retour avec Touché Coulé, l’occasion de rencontrer ce duo d’ex-(lovers) qui continue de vivre sa passion pour la musique à deux, mais jusqu’à quand ?

INTERVIEW

selfie original pour #Usofparis
selfie original pour #Usofparis

UsofParis : Comment garde-t-on une bonne entente et une cohésion de groupe quand on se sépare ?
François
: C’est une bonne question.
Lisa : On ne la garde pas tellement.

Est-ce que vous vous êtes débarrassés des conflits ?
Lisa 
: Je ne pense pas. Les conflits doivent disparaître longtemps après. On a fait ça à vif, à chaud et forcément ça coûte émotionnellement. Je crois que c’est Björk qui a fait un album sur la rupture et qui disait que c’était très dur pour elle. Nous, on essaie de garder la pêche et la banane, la salade de fruits 😉 mais c’est pas sans douleur.

Comment se motive-t-on à travailler encore ensemble ?
Lisa
: C’est la passion pour l’art et la musique. L’envie de partager avec le public, c’est ça qui motive, c’est les autres, en fait.
François : Je redresserai un petit peu les choses. Je pense que j’y suis pour beaucoup. J’ai mis beaucoup d’énergie dans ce projet, je l’ai beaucoup tenu tout seul. Je l’ai produit en huis clos, en passant des heures dessus. C’est un projet que je perçois comme mon chemin de croix.
Lisa : Tu l’as fait pour les autres, c’est ta passion pour la musique.
François : Non, je crois que je l’ai fait pour moi beaucoup.

C’est une libération la sortie de l’album ?
Lisa
: Les gens qui nous suivent sur Internet, c’est très beau ce qui se passe. Ils écoutent l’album. Et je trouve ça fou en 2016 que des gens écoutent un album. J’ai l’impression qu’aujourd’hui on écoute un titre comme ça et qu’on oublie. On n’a que des beaux retours, on n’en avait pas eu autant pour le premier album.

Un message en particulier vous a touché ?
François
 : C’est sur les morceaux que les gens sont plus touchés, j’ai l’impression. Après, on rencontre souvent des gens qui ont encore notre premier album dans leur iPod et qui l’écoute tout le temps et c’est touchant.
Lisa : Hier, on a fait un concert au Nuba et il y a deux jeunes filles (russes) qui sont venues nous voir à la fin du concert en nous disant : « On vous a découvert en Russie », puisqu’on a fait une tournée là-bas. Ca marque certains spectateurs de nous voir. C’est fort !

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Pouvez-vous nous parler du titre Deux mille quatorze ?
François
: C’est une chanson que beaucoup n’ont pas compris. C’est une espèce de chanson instrumentale, assez particulière. C’est la vie d’un couple en accéléré, dans une année, schématisée avec trois mots.

Pourquoi a-t-elle été mal accueillie ?
Lisa : On avait tellement proposé autre chose en amont…
François : En fait, on nous parle pas du tout de ce titre. Ceux qui aiment Éléphant, aiment les chansons et les chansons qu’ils peuvent chanter. Le petit public du groupe est sensible aux mélodies et aux mots.

Dans votre bio, on peut lire « Il y a des beats infectieux, des cordes grandioses, et surtout beaucoup de poésie dans les paroles… »
Qu’est-ce qu’un « beat infectieux » ?
Lisa
: C’est la journaliste qui a fait notre bio qui a écrit ça.
François : C’est quelque chose qui nous rend complètement maboule et on se dit : « Oh la la ! C’est quoi ce beat ? »;-)

Il est où ce beat ? Dans quelle chanson ?
François
: J’aime bien celui de On n’était pas, je le trouve super réussi.
Lisa : Quand j’ai vu ça écrit dans la bio, j’ai pensé à Deux mille quatorze, Les espaces et les sentiments, Pas d’idées, « À nous deux, c’est assez présent.
François : De toute façon c’est un disque de beatmaker, je l’ai fait vraiment comme ça. C’est un disque de producteur.

Et ça danse, en live ?
Lisa : Oui, parce qu’on a envie d’emmener les gens là-dedans, donc on a axé le live là-dessus.

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J’avais lu aussi Envie de virilité, j’aimais bien ce terme. Qu’est-ce qu’il y a de bad girl chez Lisa ?
François
: Son côté ado. C’est pas vraiment une bad girl.

Qu’est-ce qu’il y a de bad girl chez toi Lisa ?
Lisa : Je ne crois pas avoir un côté ado. J’ai un côté très brut, je dis les trucs. Quand ça me saoule je le dis. Je suis très honnête, mais du coup un peu vénère. Souvent on se moque de moi, on me dit que je suis une caillera. Mais ado, non ! Je bosse vachement mon côté femme.

Qu’est-ce qu’il y a de bad boy chez François ?
Lisa
: François il est super vénère. C’est quelqu’un qui a la rage. C’est ça son côté bad boy. En fait, ce disque on voulait l’appeler La haine, et comme il y a eu les attentats, on a préféré changer. Mais c’était ça l’idée : la photo du baiser avec le titre La haine. François et moi, chacun à notre manière, on a la rage.

Et donc toi François, t’es bad boy ?
François : Aucune idée. J’aime pas qu’on me dise ce que je dois faire. Je déteste l’autorité. Je pense que c’est un problème générationnel. Ce qu’on dit là, 99% de mes potes le disent aussi. On a envie de réussir mais personne ne sait ce que ça veut dire, on a envie de faire des choses mais on ne sait pas où cela va nous mener.

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Comment s’est passée l’écriture des chansons ?
François
: Je commence souvent beaucoup tout seul. L’écriture et la musique. Je fais écouter à Lisa et, sur certains titres, elle met plus la main à la patte sur la compo.
Lisa : Je ne suis pas auteur-compositeur. J’apporte autre chose, mais ça n’a pas vraiment de nom. Je pense que si je pouvais avoir un métier dans la musique ce serait : aider les auteurs-compositeurs à débloquer les problèmes. Mais ça n’a pas vraiment de nom 🙂

Que vous a apporté Fabrice Dupont dans la composition ?
François
: Il a essayé d’optimiser les choses. Par exemple, dans Le Tour du Monde, il y a un gimmick qui arrive au début puis qui revient au pont, lui a été capable de dire : « ce gimmick, c’est le même que le refrain, il va falloir le mettre dans tous les refrains ». Il est très rapide dans sa manière de mixer, de concevoir des structures. Je lui ai amené un puzzle, pratiquement fait à 80% et il a remis les choses dans l’ordre.

Cover single groupe Eléphant Touché Coulé Lisa Wisznia et François Villevieille Sony Music extrait album Touché Coulé

Est-ce qu’il y a eu un accident heureux lors de la conception de cet album ?
François
: Le gros accident de ce disque, c’est d’avoir commencé la promotion par L’amour la haine. Ce n’est pas quelque chose qu’on voulait mettre en avant. Ça n’a pas vraiment plu et ça nous a obligé à revenir vers des choses plus positives avec Touché Coulé, et on a changé le nom du disque. Et comme on a mis plein de tunes sur un clip, on s’est retrouvé sans tune à devoir faire les choses à l’arrache. On s’est retrouvés à jouer dans le métro, on en a fait une vidéo qui a bien tourné. On a fait des reprises aussi.

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Notamment Les espaces et les sentiments que tu avais écrit et composé pour Vanessa Paradis ?
François : J’étais un peu frustré de la version.
Lisa : Cette chanson, on la chantait déjà sur la tournée.
François : Si, y’a eu un truc quand même, un peu de rage au ventre. J’ai senti qu’on parlait beaucoup de Benjamin Biolay sur le disque et pour moi la plus belle chanson du disque c’est celle de Mathieu Boogaerts. C’est pour mettre les choses dans l’ordre. J’aime beaucoup Benjamin, mais j’ai senti une petite injustice. Je trouve ça gonflé de la part des journalistes de s’être arrêté là.

Et pour toi Lisa, un accident heureux ?
Lisa : Il y a un titre qui s’appelait Ô mon amour, et le refrain ça faisait Ô mon amour qui dure toujours on s’est séparé et ça a donné Adieu toujours. Les gens aiment bien cette chanson.

Qu’est-ce qu’il y a dans l’album de Sophie Calle ?
Lisa : C’était plus dans la direction artistique du projet en lui-même. C’est au-delà de la musique. J’ai pensé le projet globalement. Ce disque est particulier parce que l’on s’est séparé en plein milieu. J’étais déjà imprégnée par Sophie Calle, par sa manière de faire de l’art avec sa vie. Le jour de notre rupture on était en Italie et il faisait très beau et j’avais déjà une idée de la photo que je voulais faire. Je voulais une photo de nos deux visages qui s’embrassent, et c’était le moment où jamais car on ne s’embrasserait plus. Du coup on a fait la photo ce jour-là.
Après, un premier clip a été fait dans le même délire (pour « Deux mille quatorze »). On a mis des caméras partout dans l’appartement, on a tout filmé en direct on ne savait pas ce qui allait se passer. Pour moi, c’est une manière d’envisager l’art. Et de mon côté je suis en train d’écrire un film, je sens que c’est vraiment ce qui m’inspire. Parler de soi.

Un souvenir de bonheur total musical ?
François : De jouer notre album aux Bains. De jouer les nouveaux morceaux, c’était un super kif.

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Pourquoi des reprises en parallèle de la promotion de cet album ?
François
: On a vraiment envie de faire connaître notre groupe. Là on donne tout parce qu’on ne sait pas trop de ce que demain sera fait. On avait envie de montrer ce côté décalé qu’il y a en nous aussi.
Lisa : Je ne crois pas que ça part dans trop de direction car ça reste toujours du Éléphant, c’est juste une autre manière de s’exprimer. La touche est là. C’est plus une manière de s’amuser.

C’est vous qui concevez la vidéo aussi ?
François : On fait tout dans Eléphant. Sur ce disque personne n’est intervenu, il faut le préciser. C’est un disque très personnel.

Une chanson qui fait pleurer et que vous aimez écouter ?
Lisa : La Rua Madureira de Nino Ferrer, qui fait pleurer et, en même temps, pas du tout. J’aime beaucoup les vieux chanteurs français.
François : J’évite d’écouter des chansons qui font pleurer. Je crois que, globalement, je fais de la musique assez triste dans les accords et du coup, je crois que j’écoute beaucoup de chose qui me font du bien.
Elle me fait pas vraiment pleurer mais elle me touche beaucoup : La nuit je mens de Bashung.

Une chanson pour s’évader ?
Lisa
: Césaria Evora, direct tu quittes Paris.
François : Premier Gaou (Magic System)

Une chanson pour parler d’amour ?
FrançoisPremier Gaou, non je rigole.
Lisa : Tu te laisses aller de Charles Aznavour. Il dit qu’il est avec sa femme depuis plus de 40 ans, qu’il ne peut plus l’encadrer et, à la fin, il dit : « mais je t’aime ». Je trouve ça génial comme chanson d’amour, parce que c’est ça l’amour aussi, se supporter.
François : Il y a une chanson de Drake que je trouve vraiment mignonne c’est Right Hand.

Un trio que vous aimeriez faire ?
François : On s’est déjà posé la question et on ne sait pas répondre à ça.
Lisa : On a fait autre chose à la place. On a fait une web-série qui va sortir bientôt, qui se passe dans notre studio. On a invité des Feat. Il y aura Benjamin Biolay, Bérengère Krief, Vincent Dedienne, Elie Semoun. On espère qu’il y en aura d’autres.

C’est le dernier album du groupe Éléphant ?
François
: A priori, ça devrait être le dernier. Mais on ne sait pas.
Lisa : En tout cas pour l’instant. Chacun doit faire sa route, mais on peut très bien envisager de travailler ensemble d’une autre manière.


Interview d’Alexandre et Joan

Cover nouvel album groupe Eléphant Touché Coulé Lisa Wisznia et François Villevieille Sony Music photo Julien Weber

Eléphant
album Touché Coulé
(Columbia – Sony Music)

Concerts :

24 mai 2016 : Les Étoiles, Paris
23 juin 2016 : Amphithéâtre du Fort Carré, Antibes

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