INTERVIEW Joseph d’Anvers te présente Les Matins Blancs / Concert le 15 octobre au 104

Difficile d’être insensible à ce regard bleu perçant qui vous suit dans les couloirs du métro et dans les rayons de disques. Les yeux de Joseph d’Anvers n’ont pas le seul argument pour se procurer d’urgence Les Matins Blancs, nouvel album brillant et sensible.
Tremble, Histoire de Johnny S, Les jours incandescents, Mon ange, sont quelques-uns de ces morceaux qui vont vous coller à la peau, des titres à la mélodie imparable et aux mots aiguisés.

Un appel à participation sur le site KissKissBankBank en 24 heures chrono, aura suffi pour que l’album sans maison de disque soit finalisé. Depuis sa sortie, début février, la critique n’a pas manqué d’apprécier l’émancipation de l’artiste, l’abolition des complexes, l’écriture plus directe. Joseph d’Anvers joue le frontal, ne se cache plus et n’oublie pas cette phrase qu’il s’applique aussi bien dans la vie qu’en studio ou sur la route de la tournée : « dans la boxe, comme dans la vie, l’important ce n’est pas d’être bon dans les temps forts mais savoir gérer les temps faibles. »

Rencontre à l’adresse fétiche, La Laverie, café-restaurant de Belleville où le chanteur a écrit plusieurs de chansons en terrasse et où il donne ses rendez-vous promo.
A NOTER : prochain concert à Paris, le 15 octobre au CentQuatre !

Affiche concert Joseph d Anvers concert au 104 CentQuatre Paris le 15 octobre 2015 avec Lescop Dani Le Prince Miiaou Margaux SimoneEst-ce que Les Matins Blancs a besoin d’un engagement supplémentaire de ta part ?
J’ai toujours été présent sur les réseaux sociaux. Je me bats, car sortir un album c’est le composer et l’écrire mais aussi l’accompagner en termes d’image et de promo.
Le plus cette fois c’est que j’essaie de militer – maintenant que je suis producteur de mes masters, artiste en licence chez At(h)ome, un label 100%  indépendant. Et je dis : « si vous n’achetez pas de CD, c’est à court terme ma mort et celle de plein d’autres artistes dans ma catégorie… de poids. » Bertignac peut balancer qu’il est pour le téléchargement, mais il ne pense pas aux autres.
Quand tu vois que sur Deezer, on touche 1/10e d’euro par clic. Au bout de 200 000 clics, je peux me payer un kebab !
Tout le monde doit prendre conscience de ça. Nous sommes en première ligne. C’est un acte de militantisme d’acheter un album, l’un des rares produits qui n’a pas augmenté depuis plusieurs années. Alors que l’on ne me dise pas qu’un CD est cher, c’est faux !

Rencontres-tu toujours ton public ?

Depuis le 1er album, je vais voir le public après les concerts. Cette fois, nous avons même contractualisé en demandant que soit installée une petite table où je vais vendre les albums. Et j’aime bien discuter. C’est l’occasion d’un échange, il y a le plus souvent des bons retours. On vient rarement te cracher à la gueule. C’est 2 heures après chaque concert aussi pour expliquer à chacun ma condition.

Est-ce que tu as besoin de ces échanges ?
J’ai besoin de voir qui m’écoute, de comprendre pourquoi les gens aiment ma musique.

Je viens d’un milieu modeste et ma volonté est d’abolir cette frontière entre ceux qui m’écoute et moi. C’est pour ça que j’ai joué dans un appartement, dans une bibliothèque aussi. La musique c’est ça aussi des petits lieux. On fait des chansons, on n’est pas meilleurs que les autres. Donc être sur un piédestal c’est pas mon truc.

Quels sont les coulisses de cette photo d’album ?
Je suis torse nu. Je suis mis à nu. C’est la fin d’un cycle avec les 3 premiers albums produits par une maison de disque. C’est comme quitter une femme, après tu réapprends tout. Là j’ai tout réappris.
C’est ma nana qui a fait la photo. Avec elle, je n’ose pas trop faire de photo et pourtant cette fois on l’a fait. C’était un lundi matin, après une nuit blanche. Et il fallait rendre la photo le soir même. J’étais livide. Je n’ai finalement joué aucune expression.
La lumière était naturelle et il n’y a aucune retouche. On a juste uniformisé le blanc et du coup, mes yeux sont ressortis. Je voulais que ce soit simple et qu’on me voit, alors qu’avant je refusais de me montrer.
La simplicité demande aussi du travail, les virages colorés, la typo, la mise en page nous a bien pris la tête.

Dans quelle mesure es-tu un homme, un artiste libre ?
En tant qu’homme, je ne me sens pas forcément libre.
En tant que musicien, sur cet album, je me sens totalement libre car je l’ai écrit, produit, réalisé et je l’ai défendu auprès de maisons de disque avec qui je voulais signer. Et je l’ai réalisé sur un laps de temps plus long, par rapport aux autres albums, pour être sûr de savoir où j’allais.

Je suis prêt à beaucoup pour vendre des albums mais pas à tout car je considère que la musique comme un art. Et comme tout art, je le fais de manière artisanale.

Qu’ont de particulier les textes de Lescop, Dominique A, Miossec ?
Lescop m’a apporté un texte où j’ai changé 2 phrases. Tout était calibré. A la différence de Dominique A et Miossec qui m’ont offert des textes très littéraires, quasi une page entière, inchantables.

J’ai donc beaucoup élagué. J’ai un peu fait comme Bashung – toute proportion gardée. Ils m’ont donné une base. J’ai retravaillé le refrain de Miossec.
Ce qui est fort, c’est que des mots sont propres à leurs auteurs comme quand Miossec écrit : « je suis lourd de mes conneries. » Je n’utilise jamais le mot connerie dans mes chansons. Dominique A impose des images aussi comme Tremble mon amour ou fissurer, un champ qui brûle, nos peaux jointes.
Avec la chanson de Lescop, son nombre de pieds étant tellement précis, je n’arrivais pas au début à me détacher de son phrasé. Et comme je l’ai expliqué, j’ai composé cette chanson le soir de la mort de Daniel Darc. Tout s’est débloqué.

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Une chanson m’a accroché l’oreille à la première écoute Histoire Johnny S.
Beaucoup de gens m’en parlent.
Une des premières chansons écrites pour l’album et qui pourtant n’a bien failli ne pas être enregistrée. Elle s’appelait La Seine au début et on m’a averti de la chanson de Matthieu Chedid et Vanessa Paradis.
Et puis je me suis souvenu d’un bon pote d’école, un enfant de la DDASS, un mauvais garçon avec qui je trainais, on faisait des conneries. Mais moi j’étais plutôt bon en classe. Je me suis demandé ce qu’il était devenu ce Johnny S. Quelle était sa chance dans la vie pour s’en sortir ? Je l’imaginais sur le Pont Neuf.

J’avais l’idée que ce soit joué comme un groupe à l’arrière-plan d’un épisode de Twin Peaks, guitare baryton Mid-Ouest avec un côté français. A l’arrivée, elle ne s’inscrivait pas dans l’album et pourtant j’en ai eu besoin. Je l’ai imaginée comme une respiration.

S’est-il passé une chose inattendue lors de l’enregistrement de l’album?

Oui, pour Les jours incandescents. C’était au départ une chanson très années 80. Je ne lui trouvais pas sa place et puis on a commencé la percu, des notes de piano… On enregistrait en live. C’était comme dans le garage de mes parents, ça montait, ça montait, on tenait un truc. Il n’a plus rien à voir avec sa première version.
Ce titre fait le lien avec les précédents morceaux, il me faut toujours un titre plus long à chaque album. Il est vraiment né en studio.

Une phrase de Daniel Darc que tu retiens?
Je l’avais croisé alors que j’allais arrêter la musique. Il m’emmène boire des bières. Il était optimiste. C’était l’hiver, j’avais l’impression que le soleil était plus vif quand je suis sorti du bar après avoir échangé avec lui.

Quand j’en ai parlé à mes potes, ils se marraient : « ah oui, Daniel Darc, coach personnel ! » Et pourtant, Darc m’a dit : « en 2004, être un vrai punk, c’est être ton propre producteur, ton projet c’est le tien et tu restes libre » Et il a rajouté : « j’ai jamais été riche, mais j’avais toujours l’essentiel, un papier et un crayon pour écrire. »
Je me souviens aussi de ces mots : « celui qui n’est pas prêt à mourir pour l’écriture ne devrait jamais écrire. »

Le silence est angoissant pour un chanteur ?
Le silence peut m’angoisser mais il est important pour moi depuis mon opération des cordes vocales en 2004. Et tu somatises forcément beaucoup. Tu n’as pas envie que ça arrive à nouveau. Et j’ai eu une orthophoniste qui m’a réappris à parler et chanter. Elle me conseillait : « faites des phrases avec des silences. » Après les concerts, les coups à boire avec les musiciens, j’essaie de ne plus parler une fois arrivé à l’hôtel. Bien que je ne sois pas adepte d’hygiène particulière. Plus que le silence, c’est savoir s’arrêter qui est important, une chose que j’étais incapable de faire. Comme ce que j’ai fait pour l’album, je me suis posé à la terrasse de ce bar. J’attendais et il se passait toujours quelque chose. Il y avait toujours une scène toutes les 10-15 minutes.
La vertu d’être contemplatif c’est ce que je vise aussi.

Quelle leçon d’Alain Bashung t’appliques-tu ?
Ce n’était pas un intime, comme Jean Fauque que j’ai revu il n’y a pas longtemps. Je repense toujours au fait que j’étais l’auteur le plus jeune qui avait écrit pour lui. J’ai conservé un message qu’il m’a laissé au sujet de la chanson que je lui avais écrite. Il me disait : « cette chanson dit des choses trop terribles pour qu’on les taise. » J’avais tapé juste alors que je ne savais pas grand-chose de son histoire.
Ce que je retiens c’est prendre le temps d’écrire et de choisir les bons mots. Un album une fois qu’il est fait, on ne peut plus revenir dessus. Mon premier album, je n’avais rien retouché des textes que j’avais écrits.
Bashung n’avait changé que quelques mots de ma chanson. C’était d’une grande précision. Et je retiens cette leçon.

La deuxième, c’est pour mon 1er album. J’ai dû décaler la sortie à cause de celle du disque de Julien Doré. Il sortait tout juste de la Nouvelle Star et je trouvais ça injuste de devoir m’adapter à son actu. Bashung m’a dit : « tu ne peux pas te rapprocher de la pointe et toucher le grand public. A un moment donné, tu le feras, à ta sauce et tu assumeras comme j’ai assumé avec Osez Joséphine, Ma petite entreprise. » Et il a raison. C’est ce que je commence à faire, avec certainement des mélodies plus simples et en me montrant.

Fin d’interview avec une citation de Boris Cyrulnik : « On se sauvera par l’art. »

Joseph d Anvers photo couverture nouvel album Les Matins Blancs Label Athome musique
Joseph d’Anvers, nouvel album LES MATINS BLANCS

(Label At(h)ome)
format CD et Vinyle

Concerts :
15 octobre, CentQuatre (Paris) avec Lescop, Margaux Simone, Le Prince Miaou

En tournée et en première partie des concerts de Dominique A et Hubert-Félix Thiéfaine : Rennes, Limoges, Brest, Metz, Orléans, Caen, Roubaix, Nantes….

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