Saint Michel en interview : on a parlé The two of us, punchline & grand-mère

Philippe Thuillier se dissimule sans doute un peu derrière son nom de scène SAINT MICHEL mais ce n’est pas pour autant qu’il élude la franchise.
La preuve dans cette interview à l’occasion de la sortie de son nouvel album le très planant et éblouissant The two of us. Un album conçu dans le confort d’un beau succès versaillais et avec de guests : Elisa Joe, After Marianne, Holy Two ou encore Closegood.
Mais ce n’est pas pour autant que l’artiste a cédé à la facilité. Au contraire ! 

INTERVIEW / SAINT MICHEL

Saint Michel
selfie original pour UsofParis

UsofParis : Avantages / inconvénients d’un plus grand studio pour enregistrer ? 

Saint Michel : C’est plus confortable d’avoir plus d’espace, mais ça induit que tout soit moins accessible et moins direct aussi. Tout est histoire de méthodologie de travail. Chaque album ou chaque période de travail est l’occasion de tenter des méthodes différentes.
J’aime bien toujours retenter une autre approche.

C’est dur de changer ses habitudes ? 

C’est même une stratégie de se déstabiliser !
Ça peut prendre beaucoup de temps de retrouver une forme de stabilité. Ce qui est intéressant c’est le moment où il y a une pseudo stabilité. Sinon, on retombe dans le confort.
C’est hyper incertain.

Il y a quelque d’urgence dans la survie. Se mettre dans des zones d’inconfort c’est être en proie à une forme de survie, ici existentialiste et musicale. On se trouve à poil au milieu d’une pièce et faut une note, un accord, une ligne, le début de quelque chose.

Quel est le premier titre de l’album conçu en studio ?

Le plus vieux titre de l’album est sans doute : You call my name. Il y a eu des sessions ouvertes, bossées quelques jours. Puis je les ai laissées en pensant que ça ne ferait pas un bon morceau. Parfois, ça dort pendant un an et en réécoutant un export, je me dis « c’est cool ! » et là je pense à rajouter des éléments.
Tout est très composite.
Je suis à l’antithèse totale de l’écriture totale, du jet, du moment où je me pose avec une guitare ou un piano et j’écris une chanson.

Cette fois, la musique se fait en mécano. On peut bosser sur un riff instrumental dont on aime juste la couleur, le son du synthé.

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Es-tu adepte de la punchline ?

Le principe de l’interview est de se vendre, le but c’est que je donne envie qu’on écoute ma musique. Mais nous sommes dans une époque de telle sollicitation, de consommation….
Du coup, le réduire en 2 mois, en 2 phrases, ce serait réduire tout le boulot que j’ai fait pendant 5 ans. Plutôt que de prendre la peine d’aller le découvrir et de rentrer dans les nuances.
C’est ce que j’ai du mal à faire, comme le radio édit, 3 min 30.
J’ai découvert que pour faire le Quotidien de Yann B, du moins quand on est français, on ne joue qu’1 min 42 de musique. Les Anglo-saxons eux jouent leur morceau en entier.
On est au TV édit. Je ne sais pas ce que l’on fait.
Il faut donc tout réduire, tout condenser.
N’y aurait-il pas une sorte de connerie à réduire le monde à une seule vignette ?
C’est de plus en plus difficile d’avoir un petit apport d’âme. Du coup, je fais une forme de résistance tout en étant dans cette grande marmite qu’est ce super monde moderne.

Comment procèdes-tu pour faire passer tes idées ?

Soit j’essaie de dire la même chose tout le temps pour qu’il en reste peut-être un truc. Soit au contraire, je fais attention de tenir un discours trop frontal, évident, du coup.
J’ai consciemment une com un peu opaque.
Ce que je dis, par exemple, dans les chansons, c’est volontairement camouflé. A la fois, chaque chanson peut dire la même, j’ai des thèmes très récurrents (relations humaines, relations avec l’autre, amoureuses, amicales). Et à la fois, j’aborde des idées plus nuancées. Donc, elles demandent du temps, que l’on observe le détail.
Comment se sont faites les rencontres avec ces guests féminines ?
J’avais envie de présence dans le disque, étant seul pour le projet.
Je les connaissais toutes, sauf l’Américaine Closegood sur Church.

Deux artistes, s’ils partagent une conception intéressante, ils peuvent ne pas se connaître et se croiser que deux heures dans un studio, sans avoir rien partagé ensemble et faire un truc génial. J’en suis convaincu !

Le cœur bat quand on entend pour la 1ère fois ses mots chantés par une autre ?

Avant je n’étais pas du tout pour les collab. J’étais très restrictif : ma musique, ma tambouille, mon bébé, parce que ça vient de tes tripes. C’est pour cela que certaines chansons sont indissociables de leur interprète.
Avec le temps, m’amuser à faire « le producteur », il y a plein de choses rigolotes à tenter. Mais ce n’est pas le fait que les gens soient interchangeables.
Laisser les portes ouvertes pour de beaux accidents.

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Un secret de fabrication pour le titre Open Book ?

Je ne suis pas vraiment objectif. J’ai longtemps douté pour ce titre en me disant qu’elle était trop easy way, easy go. Un peu trop facile. Et puis, je ne sais pas pourquoi mais il y a quelque chose dans la mélodie du refrain très lancinant, très répétitif. Il m’a pris la tête pendant un long moment.
Je continue d’être spectateur de ce phénomène : parfois tu fais quelque chose de simple mais chiant et d’autres fois ce qui est simple va rester en tête et sera évident.
J’ai gardé la chanson car dans le refrain, il y a quelque chose qui me touche.
Elle a quelque chose de plastique qui m’agace, dans le coté gentillet. Et j’étais aussi intrigué, fasciné.
J’ai pas de souci de parler de mes chansons. Si je regarde ce que je fais avec trop d’amour et complaisance, je n’avance plus.
Ce sera intéressant d’en parler dans 6 mois.

Tu es le seul à choisir les titres sur l’album ?

Non, on est un collectif. Tout le monde a son avis.
Je sais maintenant qu’il y a une part d’influence des autres.
Tu passes ton temps à butiner, à glaner les avis. Il y aura Diane, de la maison de disque, mon producteur, voire ma grand-mère. J’écoute un bout titre, elle passera dans la cuisine et me demandera d’écouter. Et elle dira : « oh non, mon chéri, c’est un peu violent. C’est pas joli ! »
Et deux réactions : soit tu te dis ‘oui, on va clasher !’ Soit : « elle n’y connaît rien elle est has been » mais tu réécoutes et te dis qu’elle a peut-être raison. 🙂
Et c’est ce qui est intéressant : ce maelström mental. Ce que tu as en tronche, c’est influencé par les autres, comme ce pote : « sérieusement, tu te vois chanter ça sur scène ? » Et tu réalises !

Penses-tu que tu deviendras fou un jour ?

J’espère ! Soit pour aller au bout de toutes mes petites folies. Ça voudrait dire que j’ai cru à mon élan. Je trouve ça mignon quand tu vois des gens en fin de vie qui ont des rêves fous. Le petit pète dans le casque.
Les Belges, je les trouve gentiment tarés. Je n’aime pas qu’on se moque d’eux.
J’adore leur folie.

T’es-tu découvert le moyen d’évasion ?

La musique.
Ok il y a les voyages, la drogue, le sexe. Et l’imagination qui est sans doute le premier moteur.
Avec 3 cordes rouillées, désaccordées, tu peux faire de super voyages.Qui tentes-tu d’imiter ?
Pendant des années Jim Morrison, après Tom Yorke. 🙂
Ensuite un peu Jeff Buckley.
C’est super honnête ce que je dis. C’est cadeau !

Qu’écoutes-tu en ce moment ? 

J’essaie toujours de puiser dans des vieux trucs ringards.
Je réécoute des vinyles des années 70 d’un moine qui parle de l’orgue de l’Abbaye de Solesmes. C’est assez imbitable, avec une voix impossible. Mais il y des phases musicales folles.
Et j’écoute Louis Vierne, un compositeur et organiste français du siècle dernier.

interview by Alexandre 

Saint Michel

Saint Michel
nouvel album The Two of Us
(Un Plan Simple) 

concert à Paris 
Release Party au Point Éphémère, le 29 mars 2018

Page FB officielle : SaintMichelMusic 

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