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Eurockéennes 2013, les 25 ans – live-report Dimanche 6 juillet – The Vaccines, Chvrches, Blur

18 ans après leur première venue aux Eurockéennes de Belfort, la légende Blur a fait un passage historique par la presqu’île du Malsaucy, tant leurs concerts sont rares – le seul de l’année en France – et tant la performance fut remarquable.

Blur a passé en revue l’ensemble de ses albums dans une Set List menée à grandes enjambées : 17 morceaux – dont quatre issus de l’album 13 – en une heure et demi. Peu de groupes sont suffisamment sûrs de la profondeur de leur répertoire pour lâcher d’entrée de jeu un de leurs plus grands tubes. Blur peut le faire : Girls and Boys a vu les 30 000 festivaliers rassemblés devant la grande scène replonger dans les années 90 et l’univers typiquement BritPop du quatuor virtuose formé entre 1988 et 1989.

Damon Albarn, clarks montantes grises et veste barbour noir, bien que les traits soient plus tirés qu’avant, a toujours son regard bleu, d’autant plus pétillant qu’il semblait véritablement ravi de retrouver ses potes et son public hier soir.
Graham Coxon quant à lui, quand il n’est pas seul sur scène pour jouer ses albums solo (cf le concert à Paris à l’hiver 2012), a retrouvé les airs qui le caractérisaient à la grande époque de Blur : T-Shirt rayé – peut-être un peu court ! –, un magnifique épi effet « réveil difficile », et des mimiques mémorables. Sur son instrument, il n’a rien perdu de ses talents. Tout comme Dave Rowntree, en polo Fred Perry, qui a cogné sur sa batterie dans le style plein de maturité et de finesse qu’on lui connait. Et enfin le dandy désinvolte Alex James à la basse, mettant sa carrière agricole entre parenthèse pour l’occasion, en bermuda et pieds nus, n’a pas abandonné son sens de la rythmique.

Blur aux Nuits de Fourvière en Juillet 2009

Bref, on a assisté à une performance musicale de quatre gloires de la pop au sommet de leur art. Si l’on schématise, on retiendra de leur passage quatre temps forts : Girls and Boys d’entrée ; Caramel, pour la première fois jouée en tournée ; le morceau Trimm Trabb, emblématique de leur période expérimentale ; et enfin This Is a Low, hymne BritPop par excellence.

Avant Blur, en vrac: The Vaccines, en fin d’après-midi sur la scène de la Green Room, n’ont pas pu marquer le festival comme on était en droit de l’espérer. Joués sur les instruments de Palma Violets car le camion de matériel n’a jamais trouvé le site, et donc en retard de plus de 50 minutes, leurs singles phares – Post Up Break Up Sex, Wreckin’ Bar, Teenage Icon, etc – n’ont malheureusement pas attrapé le public. On espère les revoir dans de meilleures conditions.

En revanche, le trio écossais de Chvrches a séduit la communauté eurocks sans difficulté et avec une maturité étonnante. Mention spéciale pour la chanteuse Lauren Mayberry : 25 ans mais paraissant 10 ans de moins ; sa voix associée à la synthpop mélodieuse des morceaux ont accouché d’un set aérien et énergisant.

Quelques chiffres pour finir : 127 000 personnes ont assisté à cette 25ème édition, avec un pic à 33 000 personnes pour la journée du samedi, et 31 000 pour le dimanche.

A l’année prochaine !

by Baptiste Petijean

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Eurockéennes 2013, les 25 ans – live-report Samedi 5 juillet – The Strypes, Fauve, Two Door Cinema Club

C’est sous une chaleur de plomb que la communauté eurockéenne a reçu deux coups en plein visage :
l’un porté par les jouvenceaux irlandais de The Strypes, l’autre par le collectif Fauve.

Première série d’uppercuts, infligée par les quatre ados irlandais de The Strypes, en tout début d’après-midi à la Green Room, devant un peu moins de 5 000 privilégiés qui ont vu éclore l’avenir probable du rock’n’roll.
En un peu moins d’une demi-heure et 9 morceaux, The Strypes ont su dérouler une partition puissante qui a emballé le public. On commence par être étonné de voir débarquer ces quatre garnements sur scène, gonflés d’assurance et d’arrogance maligne. Puis on oublie leurs visages d’enfant, comme on finissait par croire aux mini Queen du clip The Miracle. Puis on se contente d’apprécier le blues rocks et le rock’n’roll rétro, rappelant Johnny Cash, The Stray Cats ou Ten Years After – notamment le morceau I’m Going Home pour les fans du Péril Jeune de Cédric Klapisch.

C’est ainsi que le « pub band » a électrisé une foule qui n’a pas cessé de grossir au fil des morceaux : tous des singles en puissance avec, entre autres, Blue Collar Jane et Hometwon Girls, déjà plébiscités au Royaume-Uni et en Irlande. On sait qu’avec le concours du producteur des Beatles et des Sex Pistols, Chris Thomas, ils travaillent à un premier album qui devrait sortir à l’automne et ne pourra que cartonner ! Retenez leurs noms : Ross Farrelly (chant et harmonica), Josh McClorey (guitare), Pete O’Hanlon (à la basse demi caisse) et Evan Walsh (batterie), ils sont promis à un bel avenir en tête des charts.

Ensuite, une gifle, voire plusieurs gifles d’affilée, cette fois assénées par le collectif Fauve au Club Loggia à 23h. Leur musique ne ressemble à rien d’autre, c’est d’ailleurs le message que véhicule leur logo, le sigle « ≠ ».
Les membres du groupe ont auto-intitulé leur style musical le « spoken words », mélange de slam et de pop. Et cela fonctionne, car Fauve a su donner de la densité rythmique à leurs morceaux désormais célèbres sur internet : Blizzard, Kané, Haut les Cœurs et l’hymne Nuits Fauves.

Image de prévisualisation YouTube

Ils ont su dépasser le dépouillement musical assumé de leur 1er EP Blizzard pour se tourner vers une « épiphanie » pop. Quand les Fauves sont lâchés dans l’arène, les textes tapent également plus fort et insufflent une fureur de vivre proche de l’effet – supposé ! – des drogues récréatives. Le chanteur, qui n’a pas tenu en place pendant une heure, et ne se fixait que pour danser frénétiquement à la manière de Ian Curtis des Joy Division, a scandé sa poésie musicale rageuse sans faiblir. Bref, ceux qui se considèrent plus « comme des artisans que comme des artistes » (voir leur interview pour Rage Mag) ont frappé un grand coup dans le festival.

En vrac. Trois ans après un passage discret aux Eurockéennes, c’est sur la grande scène en début de soirée, que les membres de Two Door Cinema Club, arborant une coiffure piquée à Morrissey, ont, malgré un début de concert en-dedans, réveillé le festival à la fin de leur set grâce aux singles entêtants Something Good Can Work et un What You Know survolté !

C’est par la grande porte qu’ils ressortent de cette 25ème édition.

Un peu avant, au soleil couchant, Lou Doillon et ses musiciens, dans un set pop-folk maitrisé, ont réussi le pari d’exister dans une édition 2013 très rock, notamment grâce à une excellente reprise de Should I Stay or Should I Go de The Clash.
Petite déception pour Kavinsky, jouant trop sur la corde minimale et il est vrai desservi par une sono en bout de course.

by Baptiste Petitjean

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Eurockéennes 2013, les 25 ans – live-report Vendredi 4 juillet – Lilly Wood &The Prick, Archive, WoodKid

Grosse programmation pour fêter le quart de siècle des Eurockéennes 2013 !
Même si tous les festivaliers attendent fiévreusement le concert de Blur, un concert que l’on sait d’avance aussi exceptionnel qu’inoubliable,
le vendredi fut une belle entrée en matière musicale, notamment grâce à l’électro pop baroque de Woodkid.

En fin d’après-midi, Lilly Wood & The Prick, révélation du public lors des Victoires de la Musique de l’année 2011, ont su arracher une Green Room pleine à craquer – 13 000 personnes -, lors d’un set bourré d’adrénaline, bien huilé et sans artifice.
Après 13 morceaux issus de leurs deux albums, enchainés tambours battants, avec un énorme travail sur les arrangements, tantôt rock, rappelant les intros des tubes de The Gossip, tantôt disco pop, jouant dans la même cour que les Scissor Sisters, la messe était dite !
Le public conquis.
Nili Hadida, cheveux rouges et chemisier kitsch, chanteuse survoltée mais toujours juste, a réussi dès le premier morceau – le single Where I Want to Be (California), issu du 2ème album sorti en 2012, The Fight – à attraper le public et à l’entrainer grâce à des mélodies ferventes. The Prick (Benjamin Cotto), en état de grâce, a honoré les festivaliers de riffs aiguisés et maitrisés. En somme, un groupe qui a véritablement su transformer l’enjouement navré de leur répertoire en une décharge brute d’électricité.

Deux heures plus tard mais toujours devant une Green Room bondée, Woodkid a embarqué les Eurockéennes dans son univers esthético-musical, jusqu’à nous mettre la chair de poule.
Outre Brooklyn, 2ème morceau de son 1er EP « Iron », Yoann Lemoine a déroulé huit morceaux de son album « The Golden Age » dans un set millimétré, au cours duquel les cuivres épiques et les percussions tribales ont rapidement transcendé les festivaliers.
Dans une interview pour Le Nouvel Obs’ en mars 2013, il déclarait : « Je suis obsédé par ce que je vais transmettre, par le fait que ma présence ne soit pas inutile ».
Qu’il se rassure, grâce à des morceaux phares, dignes de péplums ou de films de SF – I Love You, Iron, The Great Escape – il a laissé une trace indélébile dans le livre d’or des Eurockéennes. Yoann Lemoine, casquette vissée sur la tête, toujours en interaction avec le public, les mains levés, le poing serré, au service d’une mise en scène rappelant ses talents de graphiste et de réalisateur, a su hystériser les festivaliers pendant une petite heure où le temps était en suspension. Mention spéciale pour Run Boy Run, dernière du concert, qui a électrisé le public pendant 8 minutes d’anthologie qui ont vu s’affronter les airs grandioses, l’orchestration symphonique, et le déchainement des instruments, avec comme résultat une sorte de chevauchée fantastique des temps modernes.

Un petit mot aussi sur Gesaffelstein, qui a fait sauter son public lors d’un set enivrant, aux sonorités mystiques. En revanche, petite déception sur Archive, qui n’est pas parvenu à déchainer son public, et qui est apparu comme une copie affadie de Massive Attack. Dommage, parce qu’on aime quand même leurs albums.

by Baptiste Petitjean

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