Archives de catégorie : Spectacles

Le moche et ses petits tracas

Le Théâtre du Rond-Point propose un amusant pied de nez à la beauté affichée depuis quelques jours sur Champs-Elysées. A une centaine de mètres de l’enseigne américaine magnifiant la plastique de son équipe, se joue une pièce tout en décalage, surprises et dérision.

Imaginez: un jour, sans avoir pu anticiper aucun signe auparavant, votre patron, votre épouse vous font comprendre une dure réalité: votre principale qualité ne réside pas dans votre physique, bien au contraire. S’ensuit alors un constat dramatique qui désarme puis l’acceptation d’une évidence pour conjurer le sort: passer sur le billard.

Et à partir de cet instant, c’est la révélation. Votre épouse vous regarde enfin dans les yeux et vous désire plus qu’au tout premier jour. Votre boss vous pousse à être l’égérie de votre propre invention.
Les femmes vous sont toutes acquises. Rien ne peut plus entraver votre ambition grandissante. Enfin, c’est que ce vous croyez.

Ce court joyau cruel et  relevé est l’œuvre d’un jeune auteur allemand, Marius von Mayenburg. La mise en scène inventive de Jacques Osinski joue à merveille des changements de personnages, sans sortie de scène, ni artifice grossier. Les quatre comédiens se délectent chaque soir d’une inventivité aux petits oignons.

Le Moche au Théâtre du Rond-Point jusqu’au 22 mai 2011

Web: http://2010-2011.theatredurondpoint.fr/saison/fiche_spectacle.cfm/90542-le-moche.html

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L’impossible JAN FABRE – Prometheus-Landscape II au Théâtre de la ville

Je ne pensais pas le dire, ni même l’écrire un jour car il en faut beaucoup pour me choquer. Sachant que la danse contemporaine aime provoquer son public, à chaque spectacle je m’attends à une surprise : bonne ou mauvaise, audacieuse, dérangeante ou décalée.

Et puis vient l’accident de parcours. Les mots qui me sont venus à l’esprit pendant la représentation de la création du chorégraphe-plasticien belge, Jan Fabre, Prometheus-Landscape II, au Théâtre de la ville, sont toujours les mêmes après deux jours de réflexion: obscène et vulgaire.

Le plus terrible, c’est que je ne suis pas le seul à partager cet avis. Des connaisseurs de la danse, avec qui je quittais la salle, coutumiers de propositions borderline, ont aussi employé ces mots.
A la sortie, un spectateur parti plus tôt avait pris le soin de partager son ressenti en écrivant sur l’affiche du spectacle un Fuyez de circonstance.

Ce qui déstabilise dans ce genre de spectacle, c’est d’être considéré comme rétrograde uniquement parce que l’on ne partage pas l’enthousiasme de la haute sphère arty qui se gargarise de superlatifs pour décrire ce chaos scénique.

Alors bien sûr, il y a de belles images : des envolées de sable à travers la scène, l’unique séquence dansée, forcément trop courte. Mais que reste-t-il à la fin ? Le souvenir d’un texte indigeste étiré à l’ infinie ? L’écœurement de ces séquences de nudité ? L’éprouvante vision de l’acteur-danseur interprétant Prométhée, ligoté sur scène, bras et jambes écartés, pendant plus d’une heure?

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Pluie d’enfer: la révélation nommée Olivier Marchal

C’était pourtant mal parti. Je venais de me chamailler avec ma voisine de droite à cause d’un malentendu tout bête. Difficile après de trouver pleine concentration. Et pourtant. Tous deux sous tension, nous nous sommes bel et bien fait happer dès les dix premières minutes par un récit (sur)prenant.

Au départ, la collision de temporalités malmène pendant que le mélange dialogues et descriptions interpelle. Mais l’appréhension de l’ensemble vient assez vite tout comme l’attachement aux deux personnages.

Ici, tout se joue à deux : Bruno Wolkovitch et la surprenante révélation nommée Olivier Marchal.  Autant avant on pouvait se dire que ce dernier ne prenait pas beaucoup de risques en tant qu’acteur, qu’il s’était plutôt bien adapter aux différents registres (amoureux de Mathilde Seigner, inspecteur…) faisant plutôt bien ce qu’on lui demandait.

Pour cette pièce, son jeu est un pur travail de dentelle. Entre éclats, retenues forcées et monologues envoyés en rafale, Olivier Marchal nous calme avec une maîtrise éclatante.

Il y a un peu de la série The Shield dans ce récit où les flics sont de faibles hommes qui fautent, blessent, se vengent et tuent pour leur bien. Pas étonnant, car c’est à un dramaturge américain que l’on doit ce récit couper au cordeau.

Et même si mon voisin de gauche piquait furieusement du nez, je n’ai rien perdu de ce récit et ma chère voisine non plus.

Pluie d’enfer La Pépinière Théâtre
Du mardi au samedi

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Virginie Hocq: une belge qui a du chien

Oui, bon, j’avoue: c’est un peu facile comme titre.  Je sais. Mais ça peut être une vraie source d’angoisse que de chercher le meilleur titre possible pour sa première chronique spectacle (avec quelques années d’absence). La tentation était trop grande et je pense qu’aucun journaliste de Libé ou de Télé 7 jours n’osera me le piquer. Je suis le premier. Je le garde !

J’avais donc rendez-vous hier avec une certaine Virginie Hocq. Je n’étais pas tout à fait seul avec elle. Il y avait foule devant le théâtre pour son grand retour à Paris.

En 2007, elle avait joué les prolongations pour son précédent spectacle, C’est tout moi, dans ce même Petit Montparnasse. En janvier 2011, elle le retrouve avec autant de fougue.

Cette fois, elle danse. Sacrement bien. Et plutôt deux fois qu’une.
Jouant la carte de la  fille sexy en diable, le spectateur a de quoi avoir quelques troubles quand Virginie tombe la salopette.

Les chocolats belges sont toujours de la partie. Mais cette fois-ci, ils ne sont pas partagés par le public. Un(e) seul(e) en aura les faveurs. A vous de deviner lequel ou laquelle au cours de la soirée.

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DANSE : Philippe Decouflé – Octopus au Théâtre de Chaillot

Vous n’avez plus quelques jours pour découvrir, à Paris, Le spectacle de danse de la saison: Octopus chorégraphié par le génial Philippe Decouflé.  Après vous devrez prendre le train pour le voir à l’automne.
C’est d’ailleurs ce que je risque de faire pour me payer une nouvelle tranche. Si on s’y met à plusieurs, on pourrait avoir un tarif de groupe !

Un conseil d’ami : tentez le harcèlement téléphonique, la liste d’attente à l’accueil ou la pancarte implorante, écrite à la main, à l’entrée du Théâtre de Chaillot.

A quoi bon déflorer ce que vous risquez de rater ? Ca pourrait se résumer à 1h30 de pure poésie, un bol d’air euphorisant dopé d’une sacrée dose de  générosité.

Une nouvelle fois, Philippe Decouflé nous réveille les sens. Des sens bien malmenés ces derniers temps par des créations improbables (les trois derniers Boris Charmatz) ou indigestes (je vous laisse deviner).
Philippe est à placer dans la catégorie chorégraphe ami. Un créateur contemporain qui ne vous veut aucun mal. Jamais il ne vous fera le coup d’une musique expérimentale appuyant sur la stridence, d’un solo qui n’en finit plus ou d’un monologue extrême et immobile. Mais il ne cèdera  pas pour autant à une complaisance molle du genou. Ca non !!

Ce nouveau spectacle est une délicieuse jubilation des sens. La partition scénique qu’il compose avec les accords musicaux de l’artiste Nosfell apparaît comme une évidence. Un nouveau couple de création est né. Vous en serez peut-être les témoins.  Mais faites vite.

Octopus de Philippe Decouflé
Du 6 au 18 décembre 2012

Théâtre de Chaillot

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