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Live report, chronique, interview…

AVBE : un premier EP “Dawn” musicalement abouti – #Interview

AVBE (prononcé aube), Raphaël Olivier, c’est un beau gosse qui vient de sortir un EP : Dawn.
On pourrait s’arrêter à son physique et ses yeux bleus qui rappellent le lac Michigan qui enserre Chicago, sa ville de cœur et de vie.
Mais non ! AVBE ce n’est pas que cette façade. Ce sont des choix musicaux assumés, une passion pour la musique qu’il transmet. Passion qui rythme sa vie depuis ses 3 ans, dans une famille qui se consacre à la musique.

Son titre Where I go nous a conquis à la première écoute. Et les six autres titres de son EP Dawn ( et ceux disponibles sur Youtube) sont tout aussi créatifs et accrocheurs.

Alors, on n’allait pas se priver de passer un moment en tête à tête à discuter musique avec lui. Une rencontre en mode terrasse chauffée, avant son retour outre-Atlantique.
Franchement, on a kiffé ce moment d’échange !

Avbe
Selfie interview pour USofParis

USofParis : Pourquoi avoir choisit Chicago ?
Avbe : C’était un peu un concours de circonstances. En fait j’ai bougé là-bas quand j’avais 15 ans. J’allais aller à New-York comme plein de Français qui bougent à l’étranger. Et en fait moi et ma mère, qui est musicienne aussi, on a eu cette occasion de partir là-bas à ce moment-là. En plus c’était les années lycée, les années où tu te constitues beaucoup. J’ai vraiment eu un coup de cœur avec cette ville, un truc identitaire. C’est marrant parce que j’ai passé un peu de temps à Los Angeles et quand je suis retourné dans cette ville, je me suis dit « C’est Chicago, il n’y a plus de question ! ».
À la base on voulait faire une année blanche, et cette année s’est transformée en trois ans. C’est vraiment un choix qu’on a fait tous les deux.
Tu connais cette ville ?

Oui, j’y suis déjà allé il y a quelques années. J’avais enchainé après une visite à New-York. C’est une ville qui a une âme particulière.
C’est un peu plus ancré que New-York. Los Angeles c’est l’entertainment, l’industrie.
Chicago est la troisième plus grande ville américaine mais c’est la première vraie ville américaine. C’est la ville du Midwest, du milieu des États-Unis. Et pour avoir une expérience américaine, il me semble que c’est un très bon point de départ. Une ville magnifique qui évolue très bien. Mais elle se gentrifie énormément.
C’est l’énergie américaine qu’on connaît bien.

Chicago
Vue Chicago @ USofParis

Mais pour moi ça a été surtout des rencontres. Des jeunes comme moi qui ne se posaient pas la question de faire de la musique. Ça s’est fait organiquement, naturellement. Ça a été vraiment le point d’entrée.
J’ai débarqué là-bas, je parlais un anglais niveau collège. Et les trois premiers mois, j’ai écouté comment les gens parlent, parce qu’avant tout, c’est un truc social. C’est pas juste le verbe et la conjugaison. L’idée c’est : « qu’est-ce que tu dis à quel moment ? ». Je m’imprègne de ça et au bout d’un moment je deviens très américain…
J’adore le base-ball, le foot américain. Ma copine est folle de foot américain. Je me fais les matchs du PSG à 13h et après on se fait les matchs de foot américain.

Avbe

Du coup tu vis depuis tes 15 ans à Chicago ?
Oui depuis 2012, ça fait  8 ans.
Quand j’ai eu mon bac,  je suis revenu en France. Je me tâtais à aller à Princeton, mais j’ai eu l’opportunité de venir au CNSM de Paris. Et du coup j’ai fait trois années complètes en France. Et après est revenu cet appel des États-Unis .
J’y suis retourné de plus en plus. Et maintenant j’ai la carte verte, je suis résident là-bas, je repars dans 3 jours.

Malgré la situation sanitaire ?
Oui, mais à Chicago ça se passe mieux qu’à Paris. C’est surtout dans les états du Sud que c’est la merde.

J’ai beaucoup aimé l’énergie de Where I go , cette chanson aurait presque pu faire un tube de l’été !
Ouais, ça devait être un titre de l’été.
J’aurais voulu le sortir début Juillet. Mais on a tourné le clip au début de l’été, donc c’était impossible de le faire. Et à partir du moment où je sortais ce titre, il fallait la campagne de l’EP. Malheureusement c’était trop tôt.
Mais je l’ai sorti début septembre et  je suis très heureux car il a été

Where I go a l’esprit des six titres que l’on retrouve dans l’EP : un coté soleil. Après j’en ai que je préfère plus que d’autres comme Stick to itDown ou Sunflowers.
D’ailleurs s
ur Down il y a un truc plus particulier avec les cuivres ?
Oui c’est mon père au saxophone (Sylvain Beuf, NDLR)
Et  Stick to it et Sunflowers ne sont pas sur l’EP. Mais c’est gentil !

Et si tu as aimé Stick to itMoon en est très proche. Ce qui est intéressant dans ce morceau c’est que j’ai vraiment expérimenté au niveau du sound design. J’ai de la chance de faire de la musique pure. Sampler des trucs des machins, j’ai vraiment expérimenté.

C’est ce qu’il y a dans Sitck to it, beaucoup de voix samplées ?
En fait toutes les voix c’est moi. Que j’ai repiquées dans tous les sens,  je les ai pitchées.

Qu’est-ce que t’a apporté ta formation classique au CNSM?
Le CNSM a été une expérience très profonde pour moi.
Ça a été un immense cadeau car on est que sept de pris dans ce département. Je l’ai été guitare jazz et je faisais de la composition en option.
D’ailleurs mon chef de département jazz me disait « Passe moins de temps avec l’équipe de composition ». Moi je l’envoyais un peu se faire foutre car j’adorai ça.
Ça a été une grande pression. Car tu as ce côté élite très français des écoles supérieures. En fait au bout d’un an, je savais que j’allais arrêter. Je savais qu’il fallait que je me lance. Pour faire de la musique, pas en parler.

Tu me disais que tu aimes les arrangements sur Down, mais avec du recul, je les dois à mon prof du CNSM, François Théberge qui est un monstre musicien, qui nous a donné des trucs genre l’unisson sur la mélodie. Tu me parlais aussi de Sunflowers, et bien la mélodie c’est le même thème sur plein d’octaves et d’instruments différents. Ça donne une force à la mélodie. C’est un de ses conseils que je vais porter toute ma vie. C’est avant tout la mélodie qui est importante.

Avbe

Il y a un vrai rapport différent à la musique entre les Etats-Unis et la France ?
Il y en a plusieurs. La première qui me vient à l’esprit c’est l’approche la musique.
En France on est plus dans le style, l’esthétique, la scène en générale : la scène classique ou jazz. L’ensemble de jazz qui se produit sur une scène nationale ne pourra pas se produire au Zénith.
Il n’y pas cette question d’être au service de la musique contrairement aux Etats-Unis. On peut écouter n’importe quoi. C’est une vraie différence.
La musique européenne est profondément influencée par son histoire. Très établie par les écoles classiques.
L’autre différence c’est que la musique américaine vient de l’esclavage en partie et comment les esclaves ont métamorphosé cette culture. Et d’un autre côté toute la musique folk, la musique blanche, vient plus des traditions irlandaises et européennes.

Aux Etats-Unis, il y a un côté très brut dans la musique, ancrée dans la terre, dans l’histoire.
Quand tu écoutes un blues de Robert Johnson des années 30, il reste sur l’accord tant qu’il n’a pas fini sa phrase. Et ça c’est vraiment un héritage africain.

Et aussi aux Etats-Unis quand tu as une différence, c’est excitant : on te dit de la développer. En France, la différence est plus vue comme une problème.
Je l’ai un peu vu quand j’ai fais mon récital de fin de première année au CNSM. J’ai pris mon parti de jouer mes morceaux de jazz avec un son de country. Et je crois avoir fait un truc hyper honnête.  La première chose qu’on m’a dit c’est «  tu es hors des clous ». C’était un reproche.

Tu parles de musique de films, quel est ton compositeur préféré ? 

Ça paraît très touriste de dire ça mais il faut le citer : c’est John Williams. Ça reste une base parce qu’il a réussi le coup de maître de faire les plus grands thèmes d’Hollywood que l’on connaît, tout en ayant un niveau d’orchestration et une finesse dans l’écriture digne d’un Stravinsky. J’ai eu la chance de voir ces partitions écrites à la main, tu vois les détails qu’il y met.
J’adore aussi les musiques d’Alexandre Desplat qui écrit pour énormément de films par an.

Ma dernière claque, c’étaient les bandes originales des films de Paul Thomas Anderson.
En fait le compositeur c’est Jonny Greenwood, le guitariste de Radiohead, et qui écrit du symphonique comme un grand. Il a fait ses trois derniers films et notamment The Master, qui date de 2008.

Tu écoutes sa musique sans le film et les textures qu’il trouve sont juste extraordinaires. C’est une grosse inspiration pour moi.
Du coup tu comprends pourquoi Radiohead est génial en fait. C’est que lui, tout comme Thom Yorke, sont des gens qui ont cette ouverture d’esprit : ils sont capables de passer du jazz au symphonique ou au rock .
C’est des vrais artisans de la matière.

 Et est-ce qu’il y a un réalisateur pour qui tu voudrais composer ?
C’est une très bonne question ! Extrêmement complexe parce que tu en dis un, tu as envie d’en dire dix mille.

C’est aussi une question de feeling ?
Oui ! La relation entre un compositeur et un réalisateur est quelque chose de très profond et personnel. Il faudrait que je m’entende humainement avec lui.

Bizarrement j’aurai envie de te dire, mais ça paraît totalement absurde parce que j’ai regardé toutes ses interviews : j’aurai adoré composer pour Orson Welles. Ça va être un peu complexe ! Il était tellement fou, génial et travailleur.
En fait, on aurait bu des coups, beaucoup de coups ensemble ! On aurait énormément mangé et fumé pleins de cigares.
Netflix vient de sortir son film The other side of the wind. C’était trente ans de travail. Il ne l’a jamais fini, il est mort avant. Musicalement, j’aurai adoré mettre une patte là-dessus.

Ton top 3 musical du moment ? 

  • Les terres noires et leur album  Les forces contraires
  • Luc Ferry : Schopenhauer: la philosophie en podcast, c’est monstrueux surtout quand tu fais tes courses aux Etats unis
  • The 1975 : Notes on a Conditional Form

Une chanson pour séduire ?
Herbie Hancock  : Butterfly.

C’est les années 70’s, c’est hyper smooth. Et il y a un son de bongo qui est comme un son de  baleine.
Si tu veux pécho c’est top il y a un solo de clarinette basse au milieu. Il fait 15 minutes, tu as 100% de chances que ça marche.

Une chanson pour rompre ?
J’écoute mes chansons ! (rires).
Bon Iver, le premier album For Emma, Forever Ago, c’est un album majeur, un immense chef d’œuvre. C’est très dark,  tu l’écoutes tu n’en sors plus.

Une chanson que tu pourrais écouter en boucle ?
Ma mère quand j’étais gamin, elle écoutait les suites de Bach. Ça m’a influencé. C’est pour ça que j’ai fait du violoncelle.
Il y a ces morceaux classiques qui sont si bien écrits. C’est comme le nombre d’or de la musique.
Mais moi, le morceau qui me touche le plus c’est le premier mouvement du quatuor en Fa de Ravel. Tu écoutes ça et c’est toutes les unités de temps en une fois. C’est extraordinaire.

Un artiste pour lequel tu pourrais faire des folies pour le voir
J’ai envie de te citer des gens morts… Voir Ravel et fumer un cigare avec lui. Et même Jimmy Hendrix.
Mais ça ne serait pas temps les plus gros artistes en terme de vente. Je donnerais beaucoup pour voir dans les immenses jazzmen qui vont partir comme Wayne Shorter, qui est un immense saxophoniste de jazz qui a 90 ans. Le voir encore une fois.
Ou un artiste, qui est le plus grand, et je  fais tout pour le voir quand il passe quelque part : c’est  Bill Frisell : c’est le plus grand guitariste pour moi.

Une musique pour Chicago ?
Je vais t’en donner une qui a été enregistrée à Chicago et qui est pour moi une des plus belles de tous les temps. C’est un vieux blues chanté par un immense artiste. : Parchman Farm de Mose Allisson. C’est le son de Chicago. 

 Une musique pour Paris ?
Une musique que j’aime beaucoup écouter quand j’atterris en avion : Le tombeau de Couperin de Ravel, une pièce pour piano seul. Notamment le premier mouvement. Écoute ça la prochaine fois, ça va te faire chialer.

Si vous aimez l’univers de Avbe, foncez découvrir son EP Dawn.
Vous ne serez pas déçus.
On le redit : on a adoré les mélanges des styles !
#Enjoy !

Avbe
Couverture de l’EP Dawn

Avbe : EP Dawn

Disponible sur toutes les plateformes et en support physique

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Arman Méliès : concert unique le 16 mars 2020 – Théâtre de la Ville / Espace Cardin

C’est avec son 6ème album Laurel Canyon qu’Arman Méliès envoutera la scène de l’Espace Pierre Cardin pour un concert parisien unique.  Il dévoilera à son public quelques morceaux de ce nouvel opus, premier volet d’une future Trilogie Américaine, autour de l’utopie des grands espaces.

 

 

Pourquoi un tel projet ? Certainement son amour des voyages et un souvenir d’enfant : la musique d’un film en particulier : « La bande originale de Il était une fois dans l’ouest de Ennio Morricone me faisait très peur quand j’étais petit et en même temps me fascinait ».
Si on associe cela au teaser onirique de ce concert : la soirée s’annonce pleine de poésie musicale.

En plus de sa carrière solo, Arman Méliès a mis ses talents au service des autres se créant ainsi une belle aura dans le milieu de la création française. Sa plume ou ses instruments ont croisé Alain Bashung, Hubert-Félix Thiéfaine et aussi Julien Doré. Des vrais gages de qualité et d’originalité.

Si vous êtes touché par l’univers d’Arman Méliès, n’hésitez pas à passer le 16 mars en sa compagnie et celle de ses musiciens.

Arman Méliès

Arman Méliès, en concert 

Le 16 mars 2020 à 20 h

Percussions et samples : Antoine Kerninon
Saxophone et synthétiseurs : Adrien Daoud
Guitares : Pacome Genty et Darko

Théâtre de la Ville
Espace Pierre Cardin
1, avenue Gabriel
75008 Paris

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Prix Georges Moustaki : retour en photos sur la promo 2020 !

Retour en images sur la 10e édition du Prix Georges Moustaki qui a eu lieu ce vendredi 21 février à la Sorbonne en présence de Suzane, la marraine 2020.
Ce prix récompense  chaque année des artistes
francophones autoproduits et donc  indépendants sans distinction de style.

Nous étions présents pour supporter Brune, notre coup de coeur parmi les sept finalistes : Abel Chéret, Francoeur, Andoni Iturrioz,  Matéo Langlois Melba et Téophile.

Prix Georges Moustaki
Snapseed © USofParis
Prix Georges Moustaki
Abel Chéret © USofParis

Lors de cette soirée , USofParis a donc eu l’occasion de découvrir les six autres artistes. Et que de talents ! Chacun aurait mérité d’être célébré lors de cette remise de prix.

Prix Georges Moustaki
Melba © USofParis
Prix Georges Moustaki
Andoni Itturioz © USofParis

En plus du palmarès officiel, on avait envie de distinguer certains artistes.
Alors, USofParis attribue une mention spéciale à Francoeur qui nous a touchée avec sa harpe et aussi à  Melba qui a mis l’ambiance avec son pep’s et son flow.

Félicitations à Francoeur qui a remporté le Prix du Public et à Matéo
Langlois qui a raflé le Prix du Jury ainsi que le Prix Catalyse.

Prix Georges Moustaki
Remise du prix du Public à Francoeur
Prix Georges Moustaki
Remise du prix du jury et du prix Catalyse à Matéo Langlois

Et nous décernons notre prix spécial à Brune qui nous transporte à
chaque fois qu’on la voit sur scène.

Prix Georges Moustaki
Brune © USofParis

Le prix Georges Moustaki, c’est un gage de vitalité pour la musique, avec toujours à l’esprit la poésie mais surtout la liberté et  l’indépendance dans la création.
Et on aime beaucoup !

By Joan

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André Manoukian : interview autour du Chant du périnée #Passionnant

Après avoir assisté à sa conférence musicale Le  chant du périnée, André Manoukian nous a accueilli dans son antre de création, en plein coeur de Paris.
Quarante-cinq minutes d’interview, de partage et de découverte.
Nous avons parlé jazz, composition, solfège, histoire, philo, catharsis, transmission et de Gilles Deleuze, bien évidemment.
Compte-rendu à bâton rompu !

André Manoukian
Selfie exclu pour USofParis

USofParis : Est-ce que ce sont les interviews données pour la sortie de votre album Apatride qui vous ont inspirées pour ce spectacle ?

André Manoukian : En fait, dans tous les concerts que je fais, je parle entre les morceaux. Jusqu’à ce qu’on me dise : « C’est formidable ce que tu racontes ! Ça mériterait un spectacle en soi ! » Donc du coup, j’ai compilé tous les sujets qui me tiennent à cœur.

Ma rencontre avec le chant, c’est en studio, avec une chanteuse de jazz qui vient improviser. Et ça va être une révélation absolue, je vais passer du côté féminin de la force !
Puis quand je suis arrivé à Boston, pour mes études, je me rends compte que toutes les bases de l’impro tiennent sur une demi-feuille de papier…

Ensuite, je rencontre un musicien classique qui me dit : « Tu sais, autrefois, tous les musiciens étaient des improvisateurs. »
Donc je m’aperçois qu’on a sciemment “désappris” une technique dans l’histoire de l’humanité, dans un but de contrôle. Tout à coup, c’est le compositeur qui devient le patron et vous, les musiciens, vous ne vous exprimez plus. Vous n’êtes plus que des lecteurs de notes.

Et puis ensuite, il y a le chant. L’aspect trouble entre le sacré et le sucré. Les grecs appelaient l’une la musique d’Apollon, et l’autre la musique de Dionysos. Il n’y avait pas de jugement chez les grecs.
Parfois, on a juste envie de danser, de boire des coups, de s’oublier et de retrouver son animalité. Et puis l’autre qui vous élève vers une forme de méditation. Après, ça va se dévoyer avec Platon et avec les chrétiens. Ils vont dire : « Il y a la musique de Dieu et la musique du diable », jusqu’au gospel.

Je raconte un peu tout ça. Le prétexte, c’est que je ne peux plus travailler avec des chanteuses, j’en ai marre de tomber amoureux d’elles…

C’est fini les chanteuses ?

Non mais tu rigoles ? J’ai fait un album avec 120 chanteuses ! Impossible… Mais de temps en temps, c’est bon de se retirer, de se faire une détox pour replonger avec plus de gourmandise…

On a vu ce goût du partage entre les morceaux dans le concert Apatride au Trianon.

C’était une manière de me guérir, de me sortir de toutes ces histoires mises bout à bout, c’est la quête d’un musicien. Pour aller où ? Pour aller vers la liberté, vers la liberté d’improviser.

Parce que la musique, ça peut aussi être terriblement hiérarchisé.

Encore plus maintenant avec internet. Avec tous les compositeurs qui sont avant moi, j’arrive et il va falloir que je fasse quelque chose de nouveau. A chaque fois, on croit que c’est impossible, que c’est une cause perdue, mais pourtant on y arrive. Et ça, c’est le miracle de l’inspiration.

C’est de tout ça dont je voulais parler dans le fond. C’est une rêverie à voix haute d’un musicien qui, entre deux morceaux, essaye de piger.André Manoukian

C’est ça qui est bien dans cette conférence. C’est que novice en musique comme musicien, on découvre des nouvelles choses, de nouvelles histoires.

Il y a un bouquin que j’adore, c’est Vendredi ou les limbes du Pacifique de Michel Tournier. C’est la vie de Robinson Crusoé mais analysée par le spectre de la psychanalyse.
Il va essayer de reconstituer la civilisation dans son île jusqu’au jour où Vendredi met le feu à des barils de poudre. Tout ce qu’avait construit Robinson explose. Alors, Vendredi lui dit qu’ils peuvent vivre avec la nature sans la domestiquer, en communion.

Le jazz c’est l’africain esclave qui découvre la musique classique et qui va la dynamiter pour en faire quelque chose de fabuleux. Qui va lui redonner ce truc de jeu, un peu drôle, de rythme, d’invention. Parce qu’en Afrique, il y a cette tradition de call and response : quelqu’un se met au centre et fait ce qui lui passe par la tête et les autres répètent. Et comme ça, on va construire un récit à plusieurs. C’est ça le jazz.

La musique, elle n’aime pas qu’on l’enferme. C’est en Orient qu’elle est en train de se redévelopper.

Quand on voit le succès incroyable d’un Ibrahim Maalouf, qui remplit 15 000 personnes à Bercy, en jouant de la trompette de jazz. Ben c’est quoi, ben c’est l’Orient ! C’est par là que les choses sont en train d’arriver, parce que ce sont de nouveaux sons, de nouveaux jouets, de nouveaux modes.

Donc du coup toutes ces histoires sont vraies dans cette conférence ?

Oui ! Pour rigoler je dis aux gens que c’est vrai à 60 %. Mais en fait, c’est vrai à 100 %.

C’est sûr que quand je dis que le jazz est né quand on a coupé la tête de Robespierre, c’est retracer un chemin. Mais ce chemin est vrai. On coupe la tête de Robespierre, le lendemain les parisiens font la fête et inventent une danse de dingue, une danse de joie, qui s’exporte dans les colonies de Louisiane. Les esclaves africains s’en emparent et ça va donner le ragtime qui va donner le jazz. C’est une manière d’illustrer un chemin pour qu’on s’en rappelle mieux.

C’est pour ça que j’aime beaucoup Gilles Deleuze car il parle de rhizomes. C’est un jeu de racines. Il n’y a pas de début et pas de fin. Je crois que j’ai une pensée rhizomique.

André Manoukian

Y a t-il un lien entre musique et psychanalyse, un lien cathartique ?

Ça c’est dans le blues. Le blues c’est tout d’un coup je n’en peux plus. Je vais exprimer ma peine en jouant. Et du coup je vais faire deux choses : extérioriser ma peine et en faire une œuvre musicale, harmonieuse, quelque chose de beau. Et quand je vais l’écouter, ça aura deux fonctions : l’expulser de moi, en faire un objet qui devient agréable à écouter, qui raconte ma souffrance et qui m’en guérit. C’est comme une auto-catharsis.

Du coup, l’acte musical, c’est l’antidote à ça. C’est le raconter et le transformer. La catharsis dans la musique, c’est capital.

Quand je dis dans mon spectacle que Beethoven se fait larguer et qu’il écrit La sonate au clair de lune, c’est encore plus chouette qu’avec des mots ! Parce que les mots, ils ne vont qu’au psychanalyste, et il vous prend du pognon. Là, c’est le contraire. On peut gagner un pognon avec sa tristesse tout en faisant une belle mélodie et un bon texte.

Certains artistes ne sortent de bons albums que lorsqu’ils sont tristes.

Mais tous !
Phil Collins, quand il va faire son premier album qu’il va vendre à des millions d’exemplaires, c’est parce que sa femme le largue. Ou quand John Lennon chante Julia, c’est pour sa mère. Ça nous prend tous.

Vous êtes divers, on vous retrouve un peu partout à la fois. Vous laissez-vous guider ?

Oui, je suis un skieur. Je prends les reliefs et puis je tourne autour. J’ai un défaut que j’essaie de corriger mais je n’y arriverai jamais : je ne sais pas dire non !

Si on reste dans son monde et dans ce qu’on aime, on se sclérose très vite. Un musicien a toujours besoin d’être ouvert sur les autres. Il y a un moment où moi-même j’ai cru que j’avais les recettes. Et c’est là que ça commencé à ne plus marcher.
Après Liane Foly, j’ai voulu refaire la même chose avec des chanteuses. Et je n’y suis plus arrivé car c’était un moment de grâce. C’était notre rencontre à nous, dans un certain contexte, une certaine époque.

Mais je me suis plongé dans mes racines arméniennes. Et il n’y a pas que des névroses, il y a une capacité d’adaptation. Et quand je parle de ma grand-mère dans le spectacle, en disant qu’elle a inventé la PNL (Programmation Neuro-Linguistique), c’est à dire parler le langage de l’autre pour se faire comprendre par l’autre. C’est parce que c’était une question de survie. Quand elle dit à l’officier turc « Comment tu peux faire ça au nom de ta foi ? », parce que le mec est pieux, elle le touche en plein cœur. Et il va la protéger par la suite.

J’ai hérité de ça. Instinctivement, je jauge la personne en face de moi. Je vois ses codes et j’essaie de parler un peu comme lui.
Ayant conscience de ces choses-là, j’ai qu’une envie, c’est d’essayer de partager une musique, le jazz que j’aime le plus au monde. J’essaie de simplifier le jazz, sans l’abîmer.

André Manoukian

C’est ça le secret pour mettre des mots sur les émotions aussi bien que vous le faites ?

Les mots sur les émotions, il faut aller dans la métaphore. C’est la seule solution parce que c’est compliqué. Ça, je l’ai appris aussi à la télé. Par rapport au gamin qui est là devant toi. Il a seize ans, Il a du talent mais il n’est pas prêt. Tout d’un coup, il est évalué et tu as des pros qui lui disent : « Ça c’est bien, ça travaille le un petit peu, ça c’est une voix de garage, n’essaie pas de chanter comme lui, tu as ton truc. »

Mais le mec repartait avec la banane même s’il avait quatre non.

Et si tu vois les master-class d’un chef, il y en a, des métaphores : « Beethoven, il est désespéré, il veut se suicider, alors je veux l’entendre dans ton violon.» Tout à coup, le mec, il pige.
D’ailleurs, je conseille de regarder les master-class de Leonard Bernstein. Il dit « Toute ma vie il fallait que je transmette, que j’enseigne parce qu’en enseignant, j’apprends. Et je dois tellement à mes maîtres. »

Et quand tu te retrouves face à un môme, c’est pareil. Même s’il n’a pas de notions de musique et que tu sens qu’il y de la musique en lui, tu ne peux pas le laisser comme ça. Il faut qu’il te comprenne : donc, métaphore !

Petit quizz rapide pour terminer !

 Une chanson, un morceau pour séduire une femme ?

Je vais aller dans Harry rencontre Sally, Harry Connick Jr. qui dit It had to be You, il n’a que toi, comme ça tu la rends unique .

Une chanson, un morceau pour séduire un homme ?

J’ai envie de lui parler de l’introduction du Tannhäuser de Richard Wagner, parce que d’un coup, c’est des accords majeurs, une marche en avant.

Une chanson, un morceau pour se marier ?

Dans la bande originale de La Ligne Rouge de Terence Malick, il y a des sons d’enfants du Pacifique. C’est le plus beau chant qui soit, c’est d’une pureté incroyable.

Une chanson, un morceau pour séparer ?

Les torch songs, c’est pas ça qui manque ! On ne va pas aller sur Ne me quitte pas.

Jeane Manson : Avant de nous dire adieu.

Une chanson, un morceau pour s’évader ?

Un bon Philip Glass, un truc répétitif, mais ça peut être un peu abscond pour certains.
Non, plutôt le Chamam.  C’est une musique argentine, des indiens Guarani. Et tout à coup, tu as l’impression que tu as toutes les tribus du monde qui se réunissent dans une musique qui te touche. Et il y a un bandonéoniste d’origine ukrainienne Chango Spasiuk, allez-y. C’est des musiques qui te prennent au cœur et qui te donnent de l’espoir en les Hommes.

Quel morceau ou chanson pourriez-vous écouter en toute circonstance sans jamais vous lasser ?

Brad Mehldau, son premier album The art of the trio . C’est vraiment son chef d’œuvre.

Le chant du Périnée

Le chant du périnée

Conférence psycho-érotique pianotée
de André Manoukian.
Tous les lundi à 20h
Jusqu’au 30 décembre 2019
Théâtre de l’Oeuvre

55 rue de Clichy
3 cité Monthiers
75009 Paris
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Le chant du périnée : André Manoukian jouisseur musical et passeur d’histoires

Qu’il agace ou séduise, André Manoukian ne laisse personne indifférent. Il va sans dire que nous lui devons beaucoup dans la démocratisation de la musique. Quel lien existe-t-il entre Robespierre et le jazz ? Qu’est-ce que le psycho-érotisme ?
Grâce à sa pédagogie, sa finesse et son sens de l’humour caractéristique, son spectacle Le chant du Périnée, au théâtre de l’œuvre, est comme lui : atypique et brillant !

 

Le chant du Périnée
© Emmanuelle Nemo

En 2017, nous l’avions rencontré pour la sortie de son album Apatride.
André Manoukian aime parler, échanger et tout mélanger comme ça vient. Aussi bien la musique, les femmes, ses muses, que sa vie personnelle, ses origines, ses passions ou le jazz. Il possède un univers bien à lui et c’est une joie que de pouvoir le découvrir !C’est exactement ce sentiment que l’on retrouve sur scène : l’homme, deux pianos et un esprit bouillonnant n’attendant qu’à s’exprimer.
André Manoukian
© Emmanuelle Nemo

La musique… féminine

C’est bien l’axe principal de cette discussion-conférence. En effet, André Manoukian est passionné par les femmes. À l’instar de Beethoven, «Jean-Seb», Mozart ou Wagner dont l’inspiration provient autant de leur amour que de leur dépit…
Inspiratrices mais également parfois destructrices, elles lui permettent de composer ses partitions. Après une énième déception et son passé Arménien refaisant surface, il décide de s’affranchir d’elles afin d’écrire et de composer.Il aura maintenant une nouvelle compagne : son piano.Ce même piano qui, adolescent, ne lui donnait pas l’avantage face aux guitares des séducteurs du lycée. D’ailleurs, beaucoup se retrouveront dans cette anecdote… 😉
André Manoukian
© Emmanuelle Nemo

Le chant du périnée !

C’est quand même assez fou parce qu’André (oui, nous sommes intimes maintenant) nous donne envie de retrouver nos 9 ans et de nous inscrire au solfège ! Mais uniquement avec sa méthode, intuitive, artistique et non rébarbative ou fastidieuse…

Il éclaire aussi sur l’évolution de la musique : l’improvisation étant la base de tout jusqu’au 19ème siècle. C’est à cette époque qu’apparaissent les «conservatoires» de musique. Le but était de conserver et diffuser cet héritage précaire voué à disparaître. À partir de ce moment-là, les musiciens jouent en devenant de simples exécutants. En voulant sauver un patrimoine, c’est tout un art qui se retrouve complètement castré de son principe fondamental…

Vous découvrirez aussi une kyrielle d’histoires passionnantes sur l’importance de la musique dans les relations diplomatiques, mais aussi pourquoi la moustache d’André Manoukian se met à transpirer à l’écoute de certains morceaux. En effet, il serait bien réducteur de croire que la musique éveille simplement l’ouïe…
Soyez bien à l’écoute de votre corps, laissez circuler les notes et vous pourriez être surpris… Nous en avons fait le test et le résultat est intéressant !

André Manoukian
Photo © Usofparis

Le chant du périnée, c’est véritablement 1h40 (et parfois plus) de plaisir, qu’il soit musical, instructif, pédagogique ou poétique. 
Sans oublier bien entendu le décryptage des morceaux à deux mains en live sur clavier ou stand-up version Manoukian !

Passionnés de musiques ou novices, il ne faudrait pas rater ça !

Sinon, on vous a dit que nous avions adoré ? 😉

Le chant du Périnée

Le chant du périnée

Conférence psycho-érotique pianotée
de André ManoukianTous les lundi à 20h
Jusqu’au 30 décembre 2019
Théâtre de l’Oeuvre

55 rue de Clichy
3 cité Monthiers
75009 Paris
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Pitchfork Paris 2019 – les incontournables : Charli XCX, The 1975, Aurora

Bloquez si ce n’est pas déjà fait, les 30 octobre, 1er et 2 novembre.
Restez à Paris, soyez entièrement disponibles pour vivre pleinement la programmation géniale du Pitchfork Paris 2019.
Une nouvelle fois, la Grande Halle de la Villette va vibrer aux sons avec des têtes d’affiche exceptionnelles et des révélations absolument incontournables. 

Voici notre top des immanquables. 

Charli XCX : brunette incendiaire

Elle le don de s’offrir des duos de dingue. Le dernier en date avec Christine and The Queens sur le titre Gone.
L’écoute de cette chansons nous a filé un pied d’enfer tout l’été.
A son palmarès, Charli XCX a chanté avec Troye Sivan, Lizzo, Rita Ora, le groupe Haim…
Bien sûr quand elle part en tournée, elle voyage léger et n’est pas accompagnée de tous ses featurings. Mais il est fort à parier que la brunette fera le show.

Mura Masa, brillante vingtaine 
Lui aussi s’offre des featurings excellents comme avec Octavian pour l’incroyable Move me. Le jeune DJ blondinet est capable de tout pour faire danser son public.

Aurora, elfe iconique 
C’est un ange tombé du ciel. Certains pourraient la prendre pour une jolie gamine farfelue – sa dernière photo promo peut déranger -, ses nombreux fidèles lui vouent un culte à la limite de l’extase.
Elle fait vibrer, charme. Bien sûr, elle est un peu perchée mais ses lives sont des instants magiques, en suspension, comme si on avait migré sur une autre planète.

The 1975, en plein virage 
On a découvert sur le tard Someone Else, merci Youtube de nous avoir suggéré ce titre. Depuis, on est grave fans de toute la séquence électro romantique.
On a un peu plus de mal avec le virage pop rock déchainé du cuir chevelu. Le live nous permettra sans aucun doute de nous réconcilier.

Nelson Beer, nice body 
On ne s’est toujours pas remis de sa performance au Fnac Live Paris 2019. Il nous avait fait une danse torse nu s’aspergeant d’eau. Il y avait quelque chose de sensuel et troublant par la folie.
Ce Suisse ne laisse de toute évidence personne indifférent. C’est soit le rejet de l’incompréhension, soit l’adhésion pour son monde borderline.

Pitchfork Paris 2019

PITCHFORK PARIS 2019

les 30 octobre, 1er et 2 novembre

à la Grande Halle de la Villette
PARIS

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The band JOSEPH, a road movie album on the roads of life

The band JOSEPH is one of our crush of this year! A group formed in 2014 by Natalie Schepman and her twin sisters Allison and Meegan Closner.
The trio’s name is a tribute to their grandfather Jo and the town of Joseph in Oregon. The 3 sisters present us their 3rd album Good Luck, Kid. This new album is wanted like a road movie. It is at the same time intimate and intense.

The 13 tracks take us on the roads of life while questioning us on the choices that it is essential to have as an adult. An album definitely more pop but which does not lose the bulk of the group: the voices.
The trio master them to perfection, the harmonies are just perfect and takes us away completely. We cannot wait to discover the group live!

JOSEPH the band’s interview

Groupe joseph

USofParis: Did you use to sing all together since you were kids ?

Natalie: Surprisingly no! I am the oldest and I was always the one wanting to sing and be the center of attention. It wasn’t until we were adults in our twenties and I was playing music solo that I realized they could sing and how much better we would be together than I was on my own. I had a friend say “You don’t seem like you love your own music. What do you need to do to want to run it into people’s hands?” So I texted them on my way home from Chicago, “Want to be a band with me?

What’s the best advice given by your grandfather?

In the 80’s I gave up smoking, drinking, and wild women. My life has been boring ever since.” – Jo Hallam

Who write the music? The lyrics? How do you work together?

We write almost everything together and with other writers. Sometimes it starts with a melody Meegan sang in sound check that we got on voice memos. Sometimes it’s just a feeling that Allie starts talking about and I will start playing guitar while she sings whatever words and melody comes to mind. But other times we go into a room with a writer and start completely from scratch. In that case it might start with “What’s on your mind today?

Your sound has evolved. It is less « guitary », less acoustic than your precedent album. Where did the change in your sound come from?

After touring with a band on this last album cycle it opened our eyes to how big things can sound when you have drums, bass and electric guitar behind you. We wanted to write songs that would feel amazing live. We wanted the louder parts to be even louder and we knew that would make the quiet moments even more powerful.

Our team really really love Fighter. What is the secret of this beautiful song?

Thank you! I think the secret is that it’s honest. It’s a song we sing to each other to stay in the fight when it’s hard. Also Meegan is a dynamite singer and she amazes me. 🙂

Image de prévisualisation YouTube
You just released the track Good Luck, Kid. How did you write it, what is the meaning behind this song?

This song is the only song on the album I wrote mostly alone. It was one of those that came tumbling out. When I enter