Carmen Maria Vega en interview : on a parlé Santa Maria, Lana Del Rey et Chilla

C’est une Carmen Maria Vega « émue » que nous avons rencontrée au Printemps de Bourges, dans le cadre de Rock in Loft dont elle était marraine. Chanter dans une chapelle n’était pas une première. Elle avait partagé un concert avec Mathias Malzieu aux Francos de la Rochelle. On a parlé de son dernier et bel album Santa Maria, Lana Del Rey, Mistinguett, VALD. Une rencontre passionnante avec une artiste déraisonnable à souhait.

INTERVIEW SELFIE / CARMEN MARIA VEGA

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UsofParis : Pourquoi avoir accepté cette invitation de Rock in Loft ?

Carmen Maria Vega : J’aime ce concept de faire des concerts rock dans des lieux insolites et dévoiler l’adresse que la veille pour créer la curiosité et l’envie. J’aime encourager les jeunes talents. Je connaissais Catfish. J’aime Mini-vague, c’est charmant !

Qu’a-t-il de plus Mathias Malzieu pour faire partie de ton album Santa Maria ?

D’abord, c’est un ami ! Ça justifie beaucoup de choses. Mais c’est pas parce que l’on a des amis qu’on les invite !  😉 Certains, on les aime mais de loin. Y’a plein de choses en Mathias qui me passionnent et me donnent plein d’espoir en ce métier. Peu d’artistes sont romancier, musicien, chanteur, cinéaste. Il me fait penser à Boris Vian.
Je voulais parler d’identité dans ce disque, au moment où il était en pleine tourmente personnelle, relevant de son identité aussi avec le changement de son rhésus sanguin – c’est presque de la science-fiction. Je lui avais demandé cette chanson, il y a 5 ans. Il ne m’avait pas encore sondée. Et après moultes copinages, apéros… on a appris à se connaître. Cette histoire l’a touchée.
Et Grand Secret résume le mieux mon histoire personnelle.

Ce Grand Secret touche au plus juste pour toi ?

Il y a quelque chose d’universelle avec cette chanson. Mais ce qui est aussi troublant c’est que 4-5 chansons m’ont été offertes par des gens que je ne connaissais pas. Ils ont juste connu le projet du nouvel album.
Santa Maria parle parfaitement de la quête de départ et Baptiste, son auteur, je ne le connaissais pas avant qu’il ne me propose ce titre. J’étais épaté qu’il soit aussi juste.
L’identité ce n’est pas que l’endroit où l’on naît, c’est aussi ce que l’on construit dans sa vie personnelle, l’amour, les rencontres…

Le mot reconstruire est très juste.

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Cette quête d’identité était-elle quand même légère ?

Carmen Maria Vega : Ce n’est pas un album thérapeutique. Je n’aurais pas pu sortir en pleurs du studio toutes les 5 minutes.
Il commence avec Santa Maria qui est très lumineux, parlant du voyage. Et ensuite, on enchaîne sur la vérité. Il y a des chansons dures comme Amériques Latrines ou La fille de feu, une confession. Puis ça s’ouvre sur Tout ce qui est se finit en ine qui est plus brutal et punk, garage, sur les addictions. On parcourt ce qu’est l’identité en mon sens dans tout l’album. Et puis, dans les ténèbres, il y a toujours de lumière.

L’ambiance de ton concert au Divan du Monde était totalement débridée !

Je rêverais de pouvoir transporter tout ce que nous avions au Divan en tournée. Ava la Dame en Verte en première partie était un rêve et Maria Dolorès en maîtresse de cérémonie ! La scénographie est en revanche la même en tournée. C’est du chant, de la danse, de la comédie. Ce n’est pas vraiment un concert au sens classique.

Les premiers retours sur ton album sont à la hauteur de tes attentes ?

Ils sont dithyrambiques ! 🙂 Sérieusement, je suis attachée à cet album, je suis ravie. Les gens sont surpris. Et pendant le live, il y a un gros charbon mais je rassure que l’on va le polir et que ça se passera bien. Ce qui me touche dans les retours, c’est la thématique du beau. J’avais demandé à Kim que les chansons soient belles, malgré les arrangements minimalistes – ce qui était volontaire.

Je suis assez passionnée par des personnages forts des années 70 comme Pink Floyd, Freddy Mercury, David Bowie, Klaus Nomie mais aussi Lana Del Rey sur l’album Honeymoon où il y a quasiment rien. Genre : « ma dépression, je suis belle... » Je trouve que c’est son meilleur !

Y’a quoi de Lana Del Rey en toi ?

Cette passion du rien. C’est un truc d’artiste contemporain !
Avec pas grand-chose, en étant juste chargée, les émotions passent.

Beaucoup de sensualité assumée. J’en profite car un jour le collagène va se barrer. 🙂

Tu arrives à garder une émotion intacte ?

Quand ça se barre, ça se voit.

Que t’a apporté l’aventure Mistinguett dans ta pratique du chant ?
Plein de choses ! J’ai refait de la danse professionnellement ce qui me manquait, car il faut du temps pour danser. Revenir au théâtre, c’est ma formation initiale. Y’avait une promesse tenue de comédie. Et en termes de chant, j’avais un coach vocal toutes les semaines. Ce qui aide à prendre confiance en soi.

Je suis beaucoup plus en paix maintenant. Ça s’entend dans ce disque. Je n’ai plus peur d’aller tâter mes aiguës que j’avais laissé sommeiller par crainte.

Un message d’un de tes fans, followers qui t’a touché ?
Ce qui me touche le plus, c’est que certains qui n’ont pas vécu l’adoption ou découverte de la vérité tardivement… sont bouleversés sans pouvoir dire pourquoi. Ils me disent : »j’écoute cette chanson et je ne sais pas pourquoi, mais j’ai la chiale ! »

Santa Maria fait beaucoup d’effet. Il y a aussi « J’ai tout aimé de toi » de Zaza Fournier qui parle d’identité sexuelle, de transsexualité.

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L’aventure Garçons avec Zaza Fournier a été épanouissante ?

Carmen Maria Vega : Il n’y a rien de plus passionnant que de jouer sur les genres. On a tous ça en nous. A quel moment emporte le masculin ou le féminin sur nous ? Est-ce important ? Ça ne dérange au fond quelques cons et bien-pensants ou quelques c… de la Manif pour tous. 🙂
Ce qui était intéressant c’était de chanter des textes d’hommes sur des femmes. Et des hommes rustres qui avaient une certaine manière d’aborder l’amour. Ce qui était drôle c’était de faire sien un texte pareil, en assumant cette période.

Pareil pour Mistinguett, quand son amoureux lui donnait des coups et qu’elle revenait. J’ai eu des messages fous : « Comment peut-on chanter et mettre en avant la violence conjugale ? » Fallait juste remettre dans son contexte la vie de Mistinguett, les mœurs et mentalités des années 20…

Un coup de cœur musical récent ?

Mathilde Fernandez. Tu vas me dire : « vous êtes très obsédée par la mort, madame ! » Elle a un truc morbide. Il faut regarder son Instagram, passionnant : elle a des photos de sang.
Elle a une voix lyrique, dingue avec un physique très enfantin et très sexy. Un peu dérangeant comme l’actrice du film American Beauty.
J’ai aussi rencontré un jeune talent dans une émission radio : Chilla. Je l’ai écoutée et vue en live. Elle a 22 ans et elle a une maturité dans son écriture, étonnante. Elle est d’une beauté !

Ça donne de l’espoir au niveau du rap. Je ne sais pas ce que je déteste le plus entre PNL et Jul. Mais je suis devenue hystérique de VALD, c’est un génie ! Il est drôle et a une écriture animale.

Que représente le Printemps de Bourges pour toi ?

Ce festival a été très important dans ma carrière, en 2007. On est passé d’abord dans le off, en retournant Bourges à chaque concert. On a pourri la ville avec des affiches. Ceux qui ne voulaient pas nous connaître, ils étaient obligés de nous voir.
C’est de bons souvenirs. On est passé ensuite au In (Phoenix, avant le W).

Un mantra qui t’aide dans la vie ?

J’essaie de faire du sport, de courir. La danse ! Le corps doit être dans l’action pour aller bien.

Interview by Alexandre

CARMEN MARIA VEGA

nouvel album, Santa Maria
(Label Athome)

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