Sea Girls

Sea Girls en interview : on a parlé confiance, féminisme & barbus

A peine le pied posé dans l’appartement parisien pour l’interview, on est plongé dans l’univers turbulent des Sea Girls.
De quoi mettre à l’aise de suite. Et en un éclair, on se dit aussi que cette demi-heure ne sera pas de tout repos.
Loufoques et sans filtre Prunella, Delphine, Agnès et Judith mesurent malgré tout le chemin parcouru et savoure leur chance d’avoir un spectacle singulier.
Amour, création et complicité : en route pour une interview généreuse et jubilatoire. 

Sea Girls
Selfie original pour USofParis

USofParis : Qu’est-ce qui n’a pas encore été dit sur cette revue ?

Les Sea Girls : Déjà, cette question n’a jamais été posée. Ça commence très bien. 😄
Une question jamais posée : « Quelle est la place du féminisme dans votre théâtre ? »

Et donc ?
Le féminisme est partout du bout des chaussures, aux plumes, aux collants qui collent jusqu’aux paroles foisonnantes et percutantes. Nous sommes une incarnation du féminisme parce qu’il y en a  des milliers. Nous sommes des femmes fortes, à paillettes et à plumes, droites et clowns, rayonnantes !

Pourquoi avoir choisi la revue ?

Parce que c’est une forme théâtre un peu particulière. Jamais personne ne nous aurait proposé d’être dans une revue : de chanter de danser. On n’est pas tout à fait dans les normes.
On est vraiment venu du théâtre, puis le music-hall s’est un peu imposé à nous. Ce sont les spectateurs et les gens du métier qui nous ont dit «vous faites quand même du music-hall ! ». Un music-hall français, moderne, qui n’est pas de la comédie musicale américaine et qui se situe dans un endroit rare et spécifique et qui n’est plus d’actualité.
Avec un rapport particulier avec le public, ça c’est vraiment une des colonnes du music-hall. Il y a tantôt un quatrième mur. Tantôt on est vraiment avec les gens, ou entre nous. Ce quatrième mur peut très facilement s’envoler, les gens sont pris à partie totalement avec nos clowns, nos chansons.

Toutes ces choses se sont imposées à nous et de fil en aiguille on s’est saisi de cette opportunité du music-hall et on l’a un peu menée à l’extrême : la revue. Une revue qu’on a voulu décalée, très personnelle. Très loin de ce que sont les revues.

Côté personnel, tout ce qui est dit sur scène est vrai ?

Le vrai correspond beaucoup au travail autour du clown, avec Charlotte Saliou, pour ce spectacle.
Le clown part de quelque chose de très authentique chez les gens. Le clown qu’on développe est très proche de nous, parfois même souvent des choses qu’on n’a pas du tout envie de montrer mais qui transpirent tellement de nous-mêmes.
Ca représente des années de psychanalyse avant de comprendre qui on est et de remise en question. 😄 Une fois qu’on a compris qui on est, il faut accepter de le montrer aux gens, et ça c’est encore 10 ans de psychanalyse. C’est pour ça qu’on est si vieilles ! 😄

Ce qu’on avait travaillé aussi avec Charlotte Saliou et notre metteur en scène Philippe Nicolle c’était de partir du fait que 4 femmes « normales », d’aujourd’hui, rêvent de monter cette revue et de faire des choses extraordinaires.
Ce lien entre la réalité de ses femmes et « vont-elles atteindre ce rêve ? » Et c’est ce décalage-là qui fait aussi que la magie prend. A la fois une projection possible du spectateur et le fait de rire de nos maladresses.
Parfois, on atteint ce rêve et parfois pas du tout : on dégringole les escaliers de la revue.

Sea Girls
Le mot d’un spectateur qui vous a touchées ?
Une spectatrice m’a beaucoup touchée. Elle était venue, il y a quelque temps, voir le spectacle avec son mari. Il est mort par la suite. Elle a voulu revenir pour retrouver cette joie qu’elle avait partagée avec lui. Ce souvenir de ce moment heureux avec cet homme qui n’était plus là.
Des témoignages comme celui-là on en a vraiment beaucoup. Sur la joie, la joie partagée !
On a des enfants de 10 ans qui sont déjà venus nous voir 3 fois et que les parents suivent.
Ce qui est très beau, c’est qu’on a vraiment toutes les générations confondues. On a aussi bien des enfants de 5/6 ans qui prennent ce qui peuvent et qui rigolent aux pitreries qu’on peut faire. Et puis des familles et des personnes âgées qui apprécient aussi autre chose. C’est un spectacle qui n’est pas du tout jeune public mais qui réunit toutes les générations. On a aussi des gens qui vont beaucoup au théâtre et d’autres pas du tout. Chacun trouve matière à plaisir et à joie.

Quel est secret de la bonne entente à 4 pour créer et jouer ?

On est comme des sœurs, des frangines. Finalement, on accepte et on apprécie nos défauts. Bon, on ne les apprécie pas toujours… mais on les accepte. On les constate, il y a beaucoup de tolérance.
Et surtout on sait que les Sea Girls c’est très précieux dans notre vie professionnelle mais aussi personnelle. Ça prend beaucoup de place, c’est très réjouissant.
Et il y a aussi une chose qui nous caractérise toutes les quatre, c’est qu’on a encore envie d’apprendre. On se remet en question. Ce qu’on fait n’est certainement pas parfait, c’est perfectible, encore travaillable. C’est précieux car on est toutes les quatre d’accord pour se remettre en question après chaque spectacle, améliorer et essayer.

Du coup, on se permet d’enlever des morceaux de chansons, d’en tester d’autres. C’est un spectacle très vivant.
C’est une particularité du music-hall, c’est avec le public que le spectacle continue à se créer sans cesse. C’est très éphémère. Parfois, à quelques mois de différences, des choses qui marchaient tout d’un coup ne fonctionnent plus. Il faut changer quelque chose pour se reconnecter avec le public. Ce n’est jamais complétement installé.

Et le public suit toujours vos nouvelles idées ?

Comme on est en connexion totale entre nous et avec le public, il ne faut pas s’installer. Comme une histoire d’amour. Et c’est vrai que c’est assez nouveau pour nous.
On vient du théâtre, et au théâtre ce n’est pas une chose qui se fait tellement. On a un texte, une situation, une mise en scène et on reste fidèle à ce qui s’est fait.
Il a fallu qu’on accepte que le music-hall nécessite une autre façon de travailler. Mais on n’est pas à la pêche aux rires, on est dans une relation un peu poreuse. Et c’est assez plaisant !

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Justement quel est le plus beau conseil de votre metteur en scène ?

Be yourself ! 😄
On l’a revu récemment et ce qu’il nous a dit était assez fort : la manière qu’il avait de nous regarder, d’être très clairvoyant parce qu’on ne l’avait pas vu depuis longtemps.
On avait besoin de retravailler avec lui et il a tout de suite trouvé les mots justes pour nous remettre exactement sur les bons rails du spectacle. Il nous redonne confiance.
En fait, Philippe Nicolle a une démarche très proche du comédien et d’un besoin de véracité. Il n’aime pas les artifices, que le comédien se retranche derrière des trucs.
Pour retrouver notre spontanéité, il faut repartir chacune de notre intimité, notre fragilité, notre personnalité dans la vie pour après la transcender dans notre personnage. D’enlever les couches de techniques et de travail du clown, de repartir vraiment de nous, humaines.

Quelle est votre arme de séduction massive ?

Je crois qu’on ne travaille pas trop sur la séduction. On ne va pas dans ces retranchements-là. Et si on y va c’est pour plus facilement retourner ça comme une crêpe et en rire.
Ou alors c’est malgré nous. Ce n’est pas notre but premier d’être à tout prix séductrices ou sensuelles. Ça sort malgré nous parce qu’on est des femmes.
Et qu’on est sublimes 😄

La meneuse de revue ou la diva qui vous inspire le plus ?
On pourrait aller de Céline Dion à Jacqueline Maillan en passant par Zizi Jeanmaire et Estelle Danière qui a été meneuse de revue extraordinaire. Il y a des hommes aussi qui nous inspirent Patrice Thibaud, Michel Fau, les Monty Pithon, les Marx Brothers.

Qu’est ce qui a été le plus dur sur ce spectacle ?

Les chaussures à talons ! 😄
Non, elles sont hyper confortables. On a des chaussures de danse qu’on s’est faites faire sur mesure.

Le plus dur en fait c’est la confiance. Une fois qu’on est perché sur des talons avec des bodys à paillettes, il faut y croire.
La confiance qui se dégage du groupe aussi. Sea Girls, on a réalisé que cela fonctionnait car on est un groupe.
On est quatre filles avec deux musiciens. C’est cette alchimie du groupe qui fait que ça évoque quelque chose.

Avez-vous un conseil beauté pour les hommes ?

Aimez les femmes ! Restez vous–même ! 😄
Si, petit conseil beauté : s’hydrater la peau, bien l’hydrater.
Et si on n’est pas barbu, on est quand même très très sexy aussi… 😄 Il faut se détendre avec la barbe. Et ce n’est pas parce que vous êtes chauve que vous avez besoin d’avoir une grosse barbe. Ce n’est pas grave…
Conseil beauté : l’humour aussi !
Et profitez de la vie.

Sea Girls

Sea Girls, la revue

du 23 au 31 décembre 2017 à 20h

Le Trianon
80, Boulevard Rochechouart
75018 Paris

Site officiel : www.les-seagirls.com 

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