Nuit du Tango aux Nuits de Fourvière : chants d’amour et danses sensuelles

Les Nuits de Fouvière, ce sont des concerts, des créations théâtrales, de la danse, du cirque et aussi des nuits thématiques.
Coup de cœur des blogueurs 2017, la Nuit du Tango à Lyon nous a réservé  une soirée passionnantes en rencontres artistiques.

La scène du Grand théâtre de Fourvière paraît très épurée ce dimanche. On aperçoit les colonnes romaines, habituellement cachées par les décors, l’espace paraît immense. Les gradins ont gardé la chaleur de cette journée estivale. Les rangs sont clairsemés, la première vague de départ en vacances du 14 juillet n’y sans doute pas étrangère. J’ai hâte d’être embarquée dans cette nuit du tango.

Il est 20h30, les musiciens font leur entrée : pianiste, violoncelliste, bassiste et accordéoniste. Ils commencent à jouer et nous embarquent directement dans l’ambiance du tango comme si nous étions en Argentine. Puis Daniel Melingo arrive, entièrement vêtu de noir, avec un long manteau et un chapeau qui donnent le caractère à son personnage de scène. Sa voix rauque de vieux rockeur contraste avec la douceur de la musique. Il a une manière très théâtrale de chanter, il appuie sur les syllabes, fait beaucoup de gestes. Il nous raconte des histoires en déambulant sur la scène, donnant parfois l’impression d’être perdu, parachuté dans une autre réalité. Il parle et chante l’amour, le tango avec une pointe de mélancolie comme d’une époque révolue qui contraste avec sa dureté apparente.

Il nous chuchote même à plusieurs reprises Una noche sin luna en el cielo, se couche sur la scène comme s’il était allongé sur l’herbe. Son univers est à la fois poétique et cabossé. C’est un écorché vif dont on ne peut pas prédire la réaction. Il joue aussi de la clarinette, nous entraine parfois dans un registre plus jazzy. Il nous incite à taper dans nos mains comme une invitation à rentrer dans son histoire. Puis, il revient à notre réalité au moment du salut quittant son personnage de fou du tango.

La deuxième partie de la soirée nous emmène dans un salon de danse pour le spectacle No exit. Le pianiste Gustavo Beytelmann a pris place et commence à jouer. 16 danseurs sont assis en arc de cercle. Ils sont immobiles comme en attente d’être réveillés. L’ambiance est intimiste.

Soudain le bal s’anime, les couples se forment et esquissent leurs premiers pas de danse, se suivant dans une rotation autour de la piste. On peut même entendre le bruit des talons sur le sol. Puis le couple Claudia Codega et Esteban Moreno fait son entrée, chacun séparément, lui habillé en noir et elle vêtue d’une robe rouge, contrastant avec les vêtements plus simples des autres danseurs. Ils se jaugent, s’approchent puis s’éloignent comme deux bêtes qui s’apprivoisent. Nous assistons à la rencontre d’un couple de danseurs comme si nous étions présents à leurs côtés.

Ils se mêlent alors au groupe, changeant de partenaire pour quelques instants. Les voici assis à une table, une bande enregistrée nous livre leur conversation. Elle ne vient pas souvent danser car elle habite de l’autre côté de la ville. Il lui propose d’aller faire un tour. Ils partent et la danse reprend, toujours au cœur du spectacle, comme immuable. C’est elle qui permet la rencontre des êtres.

Une interview de Jean Paul Sartre est alors diffusée à propos de sa pièce Huis Clos. La citation « L’enfer c’est les autres » aurait été mal comprise, affirme-t-il. Ces propos sont de nouveau diffusés comme un disque rayé. J’ai du mal à saisir cette incursion de l’existentialisme dans ce spectacle de tango.
Un nouveau couple de danseurs arrive remplaçant le premier. La boucle est bouclée. No exit? Je ne ressens pourtant pas l’enfermement dans cette salle de bal argentine. J’ai pris plaisir à regarder cette danse à la fois sensuelle, maîtrisée et retenue.

by Emilie Jacquemier

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