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Cabaret spectacle: La Sublime Revanche de Camille Germser au Théâtre de la Croix-Rousse Lyon

La Sublime Revanche, c’est l’alternative bonne mine de la comédie musicale: Cabaret. Et sans ruiner votre budget théâtre pour autant.
Happy end, changements de décors, combinaisons moulantes, plumes et strass sont au menu de cette revue cheap et choc à l’affiche du Vingtième Théâtre à Paris la saison dernière et de retour à Lyon au Théâtre de la Croix-Rousse.

Ça pourrait commencer comme une bonne blague entre amateurs, chargée de fantaisie. Une entrée sous le feu des ampoules du music-hall, cuisses nues et boas. Les numéros s’enchaînent: une recette en chanson, un ballet aquatique, une speakerine en profond désarroi face à une magicienne capricieuse.
Les premiers tableaux sont courts, juste le temps d’apprécier. Et puis, arrive un changement de décor fait maison: les girls démontent la première scène.
Rideau.

A ce moment, l’ensemble dérape ferme, prend un nouveau souffle et surprend carrément en fauchant les spectateurs à même le gradin.
Certains se font piéger, les autres jubilent. Et le charme de ces 8 comédiennes rayonne sur toute la salle.

Les spectateurs en auraient presque des crampes sur leur fauteuil, face à tant de levés de jambes. Et il faut bien avouer que face à tant de talents scéniques, les girls du Moulin Rouge ou du Crazy Horse ont trouvé des rivales à leurs mensurations, l’extravagance en plus.

Camille Germser, le metteur en scène – également concepteur des costumes, décors et de la musique – ne cache pas pour autant  les références qui l’ont bercé. On retrouvera un peu de All night jazz de Bob Fosse dans l’hymne jubilatoire de la troupe.
Mais l’intelligence de cette revue est d’y avoir saupoudré le tout de vraies trouvailles: une guest en la voix de Simone, the voice de la SNCF, une rencontre des artistes avec le public avant la fin du spectacle avec questions des spectateurs ou encore un strip burlesque impromptu. Les héroïnes du film Tournée de Mathieu Amalric ont une nouvelle recrue possible.

Et que dire de ce trouble qui nous tenaille toute la soirée?
Car la revue serait, en fait, une recréation d’un spectacle conçu dans les années 70 par des artistes au chômage.
Un spectacle-fantôme qui aurait eu son heure de gloire.
Le doute est encore plus tenace quand on découvre sur écran le visage des interprètes d’origine.
Fiction ou réalité? Who knows?

Reste une phrase, la plus magique de la soirée: « le music-hall refoule la mort. »

La Sublime Revanche

de Camille Germser

au Théâtre de la Croix-Rousse
du 20 au 26 juin 2013

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Spectacle: Calacas, nouvelle création du Théâtre Equestre Zingaro à Aubervilliers

Ce n’est à pas à une danse des corps – humains et chevaux – à laquelle vous allez être conviés avec Calacas, mais à une véritable transe.

Les premiers tableaux du nouveau spectacle de Bartabas, présenté au Fort d’Aubervilliers, vont frapper vos esprits et vos trippes avec plus d’intensité encore que ses précédentes créations. Peut-être parce que le « metteur en selle » a choisi cette fois le registre assumé de la farce, tout en nous surprenant de ses savoureuses trouvailles. Par exemple, ce dresseur de chevaux boitant ou ce chien installé sur un tapis au centre de la piste qui suit, sans broncher, le numéro de sa maîtresse.
Rarement le Théâtre équestre de Zingaro nous aura autant amusés.

Dans ce ballet de morts-vivants, il ne vous surprendra non plus pas d’y voir évoqué le plus célèbre d’entre eux: Michael Jackson.

La transe est donc à chercher du côté de la bande-son. Une partition répétitive, menée par 4 musiciens, qui vous prend au ventre, pour ne plus vous quitter. Dont cette séquence, à vous couper le souffle, interprétée par deux chinchineros, sorte d’hommes-orchestres mexicains, seuls en piste qui virevoltent avec leurs instruments.

Ce nouveau spectacle est nouveau défilé d’images à la beauté intense comme ce troupeau d’une dizaine d’équidés mené par un seul homme ou ce ballet de cavaliers-squelettes gesticulant sur leur monture. Que dire aussi de ce cheval d’un blanc immaculé qui passe sous vos yeux tel un ange?

Et le plus déroutant, c’est que vous n’aurez aucun visage auquel vous rattacher pour chercher une quelconque expression. Ici, tous les interprètes sont masqués.
Avec Bartabas, l’émotion est donc bien ailleurs.

Alors quand on est aussi bien cueilli, on ne peut que regretter certaines longueurs en milieu de soirée, voire même quelques facilités comme ce défilé de chariots décorés qui finit par lasser.
Mais que les fins connaisseurs de l’oeuvre de Bartabas se rassurent. Ils vont découvrir une nouvelle facette d’un artiste aussi rigoureux que désormais facétieux.

 Calacas à partir du 2 novembre 2011 au Fort d’Aubervilliers
Théâtre Equestre Zigaro
176, avenue Jean-Jaurès – Aubervilliers

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Théâtre du Gymnase : Hollywood avec Russo, Frémont et Le Bihan joue les prolongations

« Hollywood est un arc-en-ciel, un immense arbre de Noël. Sa splendeur couvre l’horizon, d’un incendie rose bonbon. » Rien de plus beaux que les mots de la facétieuse et surréaliste Brigitte Fontaine pour décrire la fascination de ce quartier mythique de Los Angeles.

D’incendie, il en est question justement dans la pièce de Rod Hutchinson, mise en scène par Daniel Colas à l’affiche la saison dernière au Théâtre Antoine et maintenant au Théâtre du Gymnase et interprétée par un trio d’acteurs: Daniel Russo, Thierry Frémont et Samuel le Bihan. Le récit revient sur l’aventure mouvementée de l’écriture d’un chef d’oeuvre absolu du cinéma: Autant en emporte le vent.

David O.Selznic, producteur de cinéma, en mauvaise passe, ayant misé toutes ses billes sur le projet le plus ambitieux de sa carrière a stoppé net le tournage du film. Il recrute une nouvelle équipe. Exit Georges Cukor remplacé par Victor Fleming. A la poubelle, la première mouture de scénario.
La copie doit être entièrement revue par l’oeil expert du scénariste, ancien journaliste, Ben Hetch.

Le nabab du cinéma, le seul à connaître le roman de Margaret Mitchell, fait le choix de s’enfermer 5 jours avec ses nouveaux partenaires artistiques pour réécrire entièrement le scénario.

Et c’est à ce moment précis que la pièce tombe dans un registre boulevard piteux.
Les scènes rejouées pour les besoins de l’écriture, par le producteur et le réalisateur, offre un lot de loufoqueries indigeste. Des minauderies pour interpréter Scarlett, un concours de gifles  – un Molière devrait être décerné dans la catégorie: endurance des acteurs – un caprice sur la moquette, et l’overdose de mièvrerie foudroie sur son siège.

Catherine Barma, productrice et amie du nouveau propriétaire du Théâtre Antoine, Laurent Ruquier, semblait avoir du mal à prendre quelque plaisir. En tout état de fait, la salle est comme coupée en deux. Un public qui recherchait le mythe de Scarlett O’Hara et Rhett Butler, et un public qui finalement rit à gorge déployée des gaudrioles des acteurs.

Difficile aussi d’accorder du crédit au charisme aléatoire de Daniel Russo, pour ceux ayant lu les mémos de Selznick. De ces écrits synthétiques, informatifs, sentencieux, se profilait une personnalité autoritaire, exceptionnelle et forte.
Rien de cela devant nous.

Et que dire de l’agacement face à la secrétaire qui répond à tout va: « Oui Monsieur Selznick« , « Très bien Monsieur Zelznick« , « Bien sûr Monsieur Zelznick« . On plaint l’actrice, Françoise Pinkwasser, de devoir s’infliger pareil répertoire chaque soir.

Hollywood au Théâtre du Gymnase
Du mardi au samedi à 21h
Matinées le samedi à 16h et dimanche à 17h

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Théâtre : Claude Rich dans L’Intrus à la Comédie des Champs Elysées

On l’avait quitté, il y a deux ans, majestueux en Mazarin dans Le Diable Rouge au Théâtre Montparnasse. Aux côtés d’un public subjugué, son épouse Catherine Rich, spectatrice, vibrait alors chaque soir face à ce jeu unique. Claude Rich est de retour, cette fois à la Comédie des Champs Elysées, pour une pièce du même duo de créateurs que la précédente: un texte d’Antoine Rault et une mise en scène de Christophe Lindon.

Alors qu’Eddy Mitchell, du haut de ses 69 ans, vient tout juste de quitter la scène, l’acteur de la Mariée était en noir ne pense toujours pas à la retraite, alors qu’il a fêté en début d’année ses 82 ans. Preuve en est ce nouveau rendez-vous qu’il nous offre depuis le 8 septembre.

L’Intrus est donc ce jeune homme incarné par Nicolas Vaude qui apparaît en pleine nuit à un scientifique vieillissant, Henri (Claude Rich). Très vite il est question de mort, de maladie, de course contre le temps et d’un pacte. Serions-nous en face de Méphistophélès? Le doute est constant tout au long du récit.
Les temporalités se confondent, la tonalité de la pièce est douce-amère.

Autant on retrouve avec plaisir le comédien tour à tout râleur, rêveur ou facétieux autant l’histoire peut laisser perplexe.
Il n’est effectivement pas rare de lutter contre un léger assoupissement en milieu de dialogues. A cause de l’ennui? Peut être. A cause d’un manque de rythme? Sûrement.

Et si tout simplement l’attrait pour la problématique de la pièce n’était finalement pas aussi passionnant que nous pouvions le penser? Le récit d’Antoine Rault ne nous offre malheureusement que peu de surprises et de très rares échanges de haute volée.

Reste à vous faire une opinion et surtout à ne pas rater une nouvelle occasion de voir ou revoir un grand comédien sur scène.

L’Intrus à la Comédie des Champs Elysées
Avec Claude Rich, Nicolas Vaude, Jean-Claude Bouillon, Delphine Rich et Chloé Berthier.

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Spectacle Chantal LADESOU et beaucoup plus encore : « J’ai l’impression que je vous plais »

Qu’elle soit aux Bouffes Parisiens ou en tournée, Chantal Ladesou se donne chaque soir un malin plaisir à provoquer, en débordant gravement du cadre. Irrésistible en quinquagénaire n’assumant pas son âge, elle attire un public venant en nombre.

Dans la catégorie humoristes féminines bien vulgos et assoiffées de sexe, Chantal Ladessou est en très bonne place. Elle est entre Elisabeth Buffet – en tête, elle devrait recevoir une palme – et Karine Lyachenko, en 3e place, actuellement à l’affiche de la pièce Pauvre France avec Bernard Ménez.

Après le Théâtre Rive Gauche, Bobino, les Bouffes Parisiens, la voici à l’Olympia. Consécration ? Pas tout à fait, puisqu’elle reprend du service en plein été. Certainement pour les touristes en mal de sensations fortes. Et pas la peine de tirer jusqu’à Mickey Mouse à Marne la vallée, avec elle, ils auront leur dose.

 Ne serait-ce qu’avec son tour de chauffe dans la salle. Les premiers rangs et les strapontins sont en ligne de mire. Elle repère assez vite le mec à chauffer, l’homo complice et la petite amie à dézinguer direct.

Ce soir-là, Aznavour est dans la salle, au centre d’une rangée. Impossible pour elle de l’approcher. Mais l’imitation qu’elle fera de lui n’aura que plus de saveur face au modèle original. Le chanteur est dit-on un inconditionnel de l’humoriste. Il n’est pas le seul.

Chantal Ladessou excelle dans l’art de parler de séduction, de frustration, de désir inassouvi ou de sexe avec perfidie et délectation. On l’aimerait tous et toutes comme bonne copine. Avec elle, les problèmes de cœur, d’adultère et autres tracas trouveraient vite pleine résolution.

Chantal Ladesou
spectacle :  J’ai l’impression que je vous plais…

en tournée et à l’Olympia le 22 et 23 février 2014

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L’impossible JAN FABRE – Prometheus-Landscape II au Théâtre de la ville

Je ne pensais pas le dire, ni même l’écrire un jour car il en faut beaucoup pour me choquer. Sachant que la danse contemporaine aime provoquer son public, à chaque spectacle je m’attends à une surprise : bonne ou mauvaise, audacieuse, dérangeante ou décalée.

Et puis vient l’accident de parcours. Les mots qui me sont venus à l’esprit pendant la représentation de la création du chorégraphe-plasticien belge, Jan Fabre, Prometheus-Landscape II, au Théâtre de la ville, sont toujours les mêmes après deux jours de réflexion: obscène et vulgaire.

Le plus terrible, c’est que je ne suis pas le seul à partager cet avis. Des connaisseurs de la danse, avec qui je quittais la salle, coutumiers de propositions borderline, ont aussi employé ces mots.
A la sortie, un spectateur parti plus tôt avait pris le soin de partager son ressenti en écrivant sur l’affiche du spectacle un Fuyez de circonstance.

Ce qui déstabilise dans ce genre de spectacle, c’est d’être considéré comme rétrograde uniquement parce que l’on ne partage pas l’enthousiasme de la haute sphère arty qui se gargarise de superlatifs pour décrire ce chaos scénique.

Alors bien sûr, il y a de belles images : des envolées de sable à travers la scène, l’unique séquence dansée, forcément trop courte. Mais que reste-t-il à la fin ? Le souvenir d’un texte indigeste étiré à l’ infinie ? L’écœurement de ces séquences de nudité ? L’éprouvante vision de l’acteur-danseur interprétant Prométhée, ligoté sur scène, bras et jambes écartés, pendant plus d’une heure?

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Pluie d’enfer: la révélation nommée Olivier Marchal

C’était pourtant mal parti. Je venais de me chamailler avec ma voisine de droite à cause d’un malentendu tout bête. Difficile après de trouver pleine concentration. Et pourtant. Tous deux sous tension, nous nous sommes bel et bien fait happer dès les dix premières minutes par un récit (sur)prenant.

Au départ, la collision de temporalités malmène pendant que le mélange dialogues et descriptions interpelle. Mais l’appréhension de l’ensemble vient assez vite tout comme l’attachement aux deux personnages.

Ici, tout se joue à deux : Bruno Wolkovitch et la surprenante révélation nommée Olivier Marchal.  Autant avant on pouvait se dire que ce dernier ne prenait pas beaucoup de risques en tant qu’acteur, qu’il s’était plutôt bien adapter aux différents registres (amoureux de Mathilde Seigner, inspecteur…) faisant plutôt bien ce qu’on lui demandait.

Pour cette pièce, son jeu est un pur travail de dentelle. Entre éclats, retenues forcées et monologues envoyés en rafale, Olivier Marchal nous calme avec une maîtrise éclatante.

Il y a un peu de la série The Shield dans ce récit où les flics sont de faibles hommes qui fautent, blessent, se vengent et tuent pour leur bien. Pas étonnant, car c’est à un dramaturge américain que l’on doit ce récit couper au cordeau.

Et même si mon voisin de gauche piquait furieusement du nez, je n’ai rien perdu de ce récit et ma chère voisine non plus.

Pluie d’enfer La Pépinière Théâtre
Du mardi au samedi

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Virginie Hocq: une belge qui a du chien

Oui, bon, j’avoue: c’est un peu facile comme titre.  Je sais. Mais ça peut être une vraie source d’angoisse que de chercher le meilleur titre possible pour sa première chronique spectacle (avec quelques années d’absence). La tentation était trop grande et je pense qu’aucun journaliste de Libé ou de Télé 7 jours n’osera me le piquer. Je suis le premier. Je le garde !

J’avais donc rendez-vous hier avec une certaine Virginie Hocq. Je n’étais pas tout à fait seul avec elle. Il y avait foule devant le théâtre pour son grand retour à Paris.

En 2007, elle avait joué les prolongations pour son précédent spectacle, C’est tout moi, dans ce même Petit Montparnasse. En janvier 2011, elle le retrouve avec autant de fougue.

Cette fois, elle danse. Sacrement bien. Et plutôt deux fois qu’une.
Jouant la carte de la  fille sexy en diable, le spectateur a de quoi avoir quelques troubles quand Virginie tombe la salopette.

Les chocolats belges sont toujours de la partie. Mais cette fois-ci, ils ne sont pas partagés par le public. Un(e) seul(e) en aura les faveurs. A vous de deviner lequel ou laquelle au cours de la soirée.

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