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Restaurant LE PAS SAGE : raisonnable et audacieux

On nous avait conseillé de planter notre fourchette dans les plats de qualité du restaurant Le Pas Sage, proche des Halles à Paris. Un soir, nous avons poussé la porte de cette adresse sous étendard bistronomie située Passage du Grand Cerf.

Après une grosse journée de boulot, l’accueil est cordial mais sans grande chaleur alors que la carte de la semaine est plutôt prometteuse. Elle peut rappeler celle d’une adresse qui se la joue lumière feutrée (un cauchemar pour un foodreporter) que nous avons beaucoup fréquentée et délaissée suite à un service un peu léger et à une liste d’attente longue comme le bras : Le Frenchie.

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Les entrées
Le foie gras maison, chutney date et rose

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Présentation originale et intrigante qui se pose sur la table pour débuter le dîner. Le foie gras est présenté sous forme de vermicelles. Un poil déconcertant et surtout pas évident à déguster : au couteau ou à la fourchette ? La question n’est toujours pas résolue pour nous. Mais la difficulté est que sous cette forme, il est difficile de juger de la réelle qualité du produit. Pour nous c’est une FBI (fausse bonne idée). Attention aussi, l’assiette accompagnée de pain est finalement plus que copieuse.

Raviole de Langoustine, topinambour et beurre au Gewürztraminer

OLYMPUS DIGITAL CAMERASous une légère émulsion, on découvre des ravioles fines et légères. Les goûts sont parfaitement homogènes. Une très bonne entrée douce et chaude à la fois, parfaitement de saison.

Les plats !
Hampe de Boeuf, croustillant dauphinois au lard de Toscane, sauce diable

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Le boeuf est de bonne consistance et épaisseur. Ce morceau va droit au but pour assurer force et tendreté. La garniture est harmonieuse avec un gratin croustillant à souhait. Un sans faute pour ce plat.

Pluma Ibérique, rösti pomme de terre, oignons, foie grasOLYMPUS DIGITAL CAMERA
Premier constat, les röstis de pomme de terre sont un peu desséchés et forment une maigre garniture, avec un foie gras un peu absent. Les chips qui agrémentent l’assiette sont vraiment en sur-cuisson. Le pluma Ibérique (filet de porc de grande qualité) cuit au four, souffre d’un manque de jus, le rendant vraiment sec. Dommage car les saveurs n’ont pas démérité pour ce plat.

Côté sucré !

Torche aux marrons
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Nous avons sauté sur ce dessert qui est une déclinaison du Mont-Blanc que nous affectionnons.
Sous une coque meringuée surprenante, les cheveux de marrons dévoilent le goût fort subtil de ce dessert, agrémenté d’un coulis kirsch. La surprise tient donc ses promesses et termine ce repas sur un mode inventif.

Pour résumer Le Pas Sage est un restaurant qui peut déconcerter suivant les plats que vous choisirez, et à l’accueil qui pourrait être plus convivial sûrement.
Nous le recommandons car il offre un cadre confortable pour la vue et l’ouïe. Pas d’excès donc que ce soit en cuisine et dans la salle.

Et puis n’oublions pas que tous les goûts sont dans la nature et que cette adresse pourrait être pour certains d’entre vous votre prochaine cantine de quartier.

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Le Pas Sage

Ouvert tous les jours : 12:00 – 15:00 et de 19:15 – 22:30
1 Passage du Grand Cerf
Paris 2ème

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MISTINGUETT : comédie musicale 100% originale avec Carmen Maria Vega

“Paris c’est une blonde. Ça c’est Paris ” Mistinguett, reine des années folles

La brunette incendiaire, Carmen Maria Vega, transfigure la reine des nuits parisiennes tous les soirs au Casino de Paris. Son interprétation de Mistinguett est le meilleur atout possible pour vous inciter à assister sans attendre à la création de la rentrée qui affiche un beau succès et des prolongations jusqu’au 18 janvier 2015.

La chanteuse Carmen Maria Vega est Mistingett Reine des années folles spectacle musical comédie musicale au Casino de Paris photo by Nathalie Robin

Que savent au juste les jeunes âgés d’une p’tite vingtaine d’années au sujet de Mistinguett ?
Pas grande chose. À peine connaissent-ils le nom de son partenaire de scène et amant pendant 10 ans, Maurice Chevalier. Cet homme qu’elle a sauvé de l’Allemagne alors qu’il était prisonnier de guerre.

Le couple Mistinguett / Chevalier était aussi mythique qu’orageux, à l’instar de Sacha Guitry et Yvonne Printemps. Et c’est par un de leurs coups d’éclat en coulisses que débute cette histoire romanesque sur la scène du Casino de Paris.
Jacques Pessis, véritable conteur des destinées célèbres (Edith Piaf, Jacques Brel…), s’est attelé à non pas conter la vie et la carrière foisonnante de cette chanteuse et meneuse de revue. Il a préféré sélectionner un épisode dont le contexte, les personnages et la trame pourrait être un parfait scénario de film.

photo by Anthony Ghnassia
photo by Anthony Ghnassia

Et dès son apparition, Carmen Maria Vega est une incarnation parfaite de Mistinguett. Gouailleuse, joueuse, espiègle, ce personnage était taillé pour la jeune chanteuse qui connaît la scène comme sa poche.
Déjà suffisamment à l’aise, la chanteuse n’hésite pas à blaguer avec ses partenaires, à rajouter de courtes répliques, histoire de pimenter l’ensemble. (Synonyme d’incorrigible). En coulisses, la chanteuse avoue “aimer les personnages qui maltraitent les autres“, suivi d’un éclat comme on aime.

La première partie du spectacle n’enchaîne pas les tours de chant comme on pourrait l’attendre d’une comédie musicale classique.
Au contraire, son écriture tend les fils des personnages pour s’y attacher et en saisir leurs évolutions. Mistinguett, la première, ne pourrait être résumée à ses caprices de vedette en début de récit. Les failles et autres aspérités sont plus nombreuses qu’il n’y paraît à première vue.

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Côté musique, les succès de l’artiste trouvent une seconde jeunesse avec la réorchestration et surtout les chansons originales composées par Alain Chamfort, Bertrand Allagnat, Jean-Pierre Pilot et William Rousseau, sur des textes de Vincent Baguian … Ça emporte forcément.

photo by Nathalie Robin

Autour de Carmen MV, une galerie de comédiens-chanteurs excellents dont Patrick Maktav, Cyril Romoli. Et l’occasion de retrouver Fabian Richard, l’inoubliable interprète de Cabaret (saison 2006-2007 aux Folies Bergère) dans la peau de Scipion, parrain de la pègre de Pigalle.

Quant aux costumes signés Frédéric Olivier, ils n’ont rien à envier aux plus belles revues de Paris et de Broadway. Ils en étourdiront plus d’un et d’unes dans la salle.

Costume de scène par Frédéric Olivier coulisses de Mistinguett reine des années folles spectacle musical comédie création Casino de Paris photo by United States of Paris blog

MISTINGUETT, reine des années folles
le spectacle musical 

avec Carmen Maria Vega (Mistinguett), Patrice Maktav (Léon Volterra), Cyril Romoli (Jacques Charles), Fabian Richard (Scipion, le voyou), Mathilde Olliver (Marie), Grégory Benchenafi (Harry Pilcer)

Mise en scène : François Chouquet
Chorégraphie : Guillaume Bordier

Livret : François Chouquet, Jacques Pessis, Ludovic-Alexandre Vidal 

 

Toute l’actu du spectacle Mistinguett sur le site officiel : www.mistinguett-lespectacle.fr

Mistinguett, reine des années folles l’album disponible
Capitol Records

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Elisabeth Buffet aguiche avec son humour sur barre pole dance

Élisabeth Buffet signe un spectacle décoiffant sur les problèmes de filles autour d’une barre pole-dance. Audacieux ! 

De ses nuits de folies et de beuveries en boîte de nuit – devenue un vrai pilier de bar – durant lesquelles elle finit en petite tenue sur une barre de pool dance jusqu’à ses envies de maternités qui ne sont plus réalisables, Elisabeth Buffet nous entraine dans l’univers de la séduction. Une danse du ventre et du corps vue à travers le prisme d’une quadra-quinqua – au choix – loufoque, prête à tout pour se « faire pilonner [s]a rose des vents !»
Mais le problème pour elle, c’est qu’il « faut en tirer des rois pour espérer sucer la fève ! »

Célibataire depuis sa rupture avec Patrick, son amant devenu homo, qu’elle évoque de façon trash mais tellement hilarante « Je me suis sentie coupable, atteinte dans ma vaginitude […]. J’aurais jamais dû lui mettre un doigt dans l’oignon. », Élisabeth ou Bubu pour les intimes, tente de se remettre en selle face aux jeunes tigresses qui la voient comme « un monument du patrimoine ». L’humoriste ne manque pas de distance par rapport aux ravages de l’âge : « plus on passe la limite d’âge, plus faut faire d’efforts pour être vagino-motocultable ! »

Le public de ce nouveau spectacle 100 % inédit rit aux éclats des traits de d’humour totalement politiquement incorrects, souvent bien vus, parfois faciles, mais toujours désopilants.
On pourrait croire à un spectacle destiné à un public féminin mais les hommes y trouveront largement leur compte de tirades et jeux de mots corrosifs mêlés à une bonne part d’autodérision. La preuve nous étions 3 boys d’âge variable dans la salle pour admirer les perles de l’humoriste digne d’un Michel Audiard.

Sexy, naïve et parfois gauche, Élisabeth Buffet est toujours « chaud bouillante », affrontant les cimes tout en haut de sa barre pole dance – impressionnante performance au passage. Le tout est bien relevé, voire épicé, avec le regard complice et charmé de Jarry à la mise en scène.

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Elisabeth Buffet : Nouveau Spectacle

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GUSTAVE ou comment Jacques Weber donne envie de relire Flaubert

Joué il y a près de vingt ans, repris voilà cinq ans, Gustave, un texte de l’acteur et réalisateur Arnaud Bedouet, reprend vie au Théâtre de l’Atelier grâce à Jacques Weber. L’occasion pour cette bête de scène de montrer au public à quel point Flaubert compte parmi nos plus grands auteurs français.

GUSTAVE avec Jacques Weber Philipe Dupont théâtre de atelier critique
Inspiré de la très abondante correspondance entre Flaubert et sa maîtresse pendant dix ans, Louise Collet, c’est avec la lettre de rupture de cette dernière, ultime épitre que lui enverra la poétesse, que commence la pièce. Jacques Weber campe le rôle d’un Flaubert colérique mais extrêmement lucide sur son temps. L’acteur est tour à tour enjoué ou accablé, poussant des colères monstres d’où jaillissent des flopées de grossièretés. Il se livre à une critique sans mesure sur ses contemporains et la vie bourgeoise du XIXe siècle et en profite pour donner sa conception très libérale de l’amour.

Présence sur scène indéniable
Une heure trente de monologue, la performance doit être soulignée. Sur le grand plateau du théâtre, le décor est sobre, presque minimaliste. Jacques Weber n’y semble pas perdu, bien au contraire, sa présence comble totalement le vide.

GUSTAVE avec Jacques Weber Philippe Dupont théâtre de atelier critique paris

Son faire-valoir, Eugène, ne prononcera qu’un seul mot de tout le spectacle et presque aucun son. Au mieux un ou deux borborygme. Interprété par Philippe Dupont, il nous inflige un visage contrit, supporté par des épaules tombantes, accablées par toute la misère du monde. C’est dommage car le personnage met mal à l’aise et Jacques Weber n’a pas besoin de cela pour être mis en valeur.

GUSTAVE avec Jacques-Weber Philippe Dupont théâtre de atelier
Redécouvrir notre patrimoine littéraire
Ne nous y trompons pas, cette pièce vaut le détour. Tout d’abord parce que Jacques Weber est un monument du théâtre français, et qu’il ne reste que deux semaines pour assister à la pièce. Mais surtout, parce qu’elle donne envie de se plonger (ou replonger) dans notre patrimoine littéraire. Le lecteur assidu relira avec plaisir Madame Bovary ou Salammbô et s’amusera à pointer les détails littéraires et biographiques qui ont inspiré l’auteur de ce spectacle.

Quant au novice, qui découvrira la vie de Flaubert avec Gustave, il pianotera sur son smartphone le nom de l’écrivain, dès les portes du théâtre franchies. Et espérons le, se ruera sur un de ses romans dès le lendemain. La pièce, en plus d’être bien écrite, pique la curiosité et ici, elle n’est pas un vilain défaut. Bien au contraire.

Affiche spectacle GUSTAVE librement inspiré des correspondancesde Flaubert pièce avec Jacques Weber Philippe Dupont mise en scène Christine Weber reprise au théâtre de l atelier paris

GUSTAVE

de Arnaud Bédouet
librement inspiré de la correspondance de Gustave Flaubert
Avec Jacques Weber et Philippe Dupont

Du mardi au samedi à 21h00
matinée le dimanche à 15h30

Théâtre de l’Atelier
1, Place Charles-Dullin
75018 PARIS

by Joel Clergiot

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ELEKTRO KIF de la Compagnie Blanca Li – spectacle danse électro et urbaine

 A la lecture du programme et du palmarès de chaque danseur du spectacle ELEKTRO KIF, un père de famille prend la mesure de ce qu’il va découvrir sur scène : “Y’a un sacré niveau !
En effet, plusieurs champions de France et un champion du monde de danse électro font partie de la Compagnie Blanca Li et vous mettent au défi, chaque soir, de pouvoir les suivre dans leurs délires acrobatiques.

 

Crédit photo Magali Bragard

Malgré cette préparation, la confrontation avec la fougue juvénile de ce ballet urbain est une vraie décharge.
On s’était pourtant déjà pris les doigts dans la prise avec Macadam Macadam, précédent spectacle débridé et rythmé de la chorégraphe espagnole, mixant dans une allégresse communicative, danse contemporaine et hip hop.

Cette fois, l’esprit frondeur de la belle a voulu s’acoquiner avec l’électro danse, en lui offrant des cadres de jeux surprenants.
Le premier décor est une salle de classe. Les élèves – chacun son style : du streetwear pur jus au plus swag en version Ben l’Oncle Soul  –  ont l’air d’avoir appris leur leçon et, disciplinés, se lèvent pour répondre au prof.

Très vite pourtant les bras ont besoin de se dégourdir.
Chaises et tables s’envoient valser et les envolées peuvent prendre toute leur ampleur.

Du terrain de baskets, à la cantine, en passant par la salle d’interro écrite, le rythme ne va alors plus vous lâcher.
Car vos yeux auront rarement vu pareille dextérité manuelle.

Elektro Kif

La simple évocation de Blanca Li assure couleurs, fun et euphorie collective à toute création où son nom apparait. Dernier exemple date avec la chorégraphie orchestrée pour Pedro Almodovar dans Los Amantes pasajeros (I’m so excited).
Avec Elektro Kif, cette fois encore la chorégraphe insuffle inventivité, poésie et décalage dans chaque séquence.

Les références ne manquent pas dans ce cocktail dynamité. Roi Lion, Gumboot (sneakers à la place des bottes) et jeux vidéo sont autant d’éléments d’inspiration, détournés, malaxés à la sauce BL. L’hommage à Michael Jackson confirme ce brio. Ou comment à partir d’une contrainte – des droits musicaux probablement galères à gérer – la chorégraphe tire un solo d’une drôlerie déconcertante.

Et ne cherchez pas de cheveux gominés dans la troupe. Un temps vampirisée par la tecktonik – arrivée aussi soudainement qu’elle a fait pschitt – la danse electro est dans le street style, la performance et le muscle athlétique, zappant au passage toute pose en mode gravure de mode, comme on aurait pu le voir un temps aux abords des Halles.

Les bogosses de Blanca sont des performeurs nés. Il est urgent de les coller au survet.

Elektro Kif

ELEKTRO KIF  

Mise en scène, chorégraphie : Blanca Li
Danseurs : Kevin Bago, Mamadou Bathily, Jérôme Fidelin, Romain Guillermic,
Théophile Landji, Adrien Larrazet, Lenny Louves, Ismaila N’diaye

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JUDITH MAGRE sublime ROSE à La Pépinière Paris

Après avoir porté une Histoire des hommes de Xavier Durringer, Judith Magre nous revient une nouvelle fois seule en scène et lumineuse pour incarner Rose de l’auteur américain Martin Sherman, au Théâtre la Pépinière.

Pourquoi ne pas l’avouer, après tout? Autant on s’est assez vite fait une raison de ne plus voir Michel Bouquet sur scène, autant retrouver Judith Magre sur les planches est à chaque fois une nouvelle audace au jeunisme ambiant.

Mais ne nous y trompons pas, la proposition scénique pourrait en refroidir plus d’un: un monologue, un banc en guise de décor, aucun artifice, ni de vidéo en fond de scène. L’épure est de mise pour une prise directe avec le texte et son interprète.

Et dès les premières secondes, l’oreille reste accrocher à cette voix complice, alors que les yeux ne perdent aucune expression de cette actrice croqueuse de texte de haute volée.

Alors que d’autres à son âge s’entourent d’une troupe pour mieux se cacher, (Line Renaud dans Oscar et Maud) ou jettent leurs yeux dans un livre pour une lecture insipide, (Jeanne Moreau lisant Quartett de Heiner Müller) l’intrépide Judith Magre prend le public à bras le corps pour ne plus le quitter.

Et il fallait une actrice malicieuse de sa trempe pour donner corps à ce personnage dessiné par Martin Sherman.
Jouisseuse de la vie, Rose, traverse les décennies avec une sincérité désarmante. Elle quitte  son village de Russie riche d’un cadre familial fort relevé. “A l’époque, il y avait la couche d’ozone. Si nous l’avions su avant on n’en aurait profité” .  La vie la conduit à Varsovie, les méninges pleins de rêves. Très vite, elle subie de plein fouet les plus terribles heures de l’Europe.
De ces malheurs, Rose tire une force rare. De son périple avec l’Exodus, à la tentative de poser pied en Terre Sainte,  se succèdent de délicieux moments de vie et de désillusions plus anecdotiques que tragiques.

Rose est cette vieille dame malicieuse, vive et aventurière que l’on aimerait connaître.
Ne tardez donc pas à vous laisser charmer.

Rose
Mise en scène : Thierry Harcourt
avec Judith Magre

à La Pépinière Théâtre

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