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Exposition Louis-Philippe et Versailles : l’insoupçonné destin croisé

Le château de Versailles n’a pas toujours bénéficié du rayonnement que nous lui connaissons aujourd’hui. En effet, après la révolution française s’est posée la question du devenir de l’ancienne demeure royale, dont la symbolique divisait l’opinion publique.
Avec l’exposition Louis-Philippe et Versailles, nous découvrons le projet du monarque afin d’assurer la transition tant désirée : édifier un musée « À toutes les gloires de la France » au sein de son emblème le plus fort. Aujourd’hui oubliée, cette histoire dans l’Histoire a pourtant largement contribué au mythe de Versailles !

5000 m2 de nouveaux espaces à découvrir, des salles restaurées pour l’occasion, des œuvres variées, l’exposition est à l’image du lieu : fastueuse, élégante et captivante. L’occasion pour Versailles de nous présenter un de ses visages méconnus pour un moment intime et stimulant…

Louis-Philippe et Versailles

L’impulsion d’un homme

Au début de son règne, Louis-Philippe doit faire face à un pays épuisé et divisé par des années de conflits et d’instabilité politique. En fin stratège, il sait que le secret d’une nation forte, c’est l’union. Dans ce dessein, il va miser sur ce qui relie les Français : l’histoire nationale.

Lui vient alors l’idée de créer un musée, ouvert à tous, afin de faire revivre les héros de l’histoire de France. Le choix de décor s’est dirigé vers le château de Versailles, longtemps délaissé du fait de son lourd passé.

Louis-Philippe et Versailles

Le corps central du château conserve ses attributs palatiaux avec les appartements du Roi et de la Reine. Pour le reste, l’architecte Frédéric Nepveu associe à merveille l’héritage décoratif de l’ancien régime avec les nouvelles techniques de son époque.

Louis-Philippe et Versailles

Ce qui devait initialement être une adaptation s’est en réalité transformée en une véritable appropriation du lieu ! Grâce à cette initiative, le dialogue entre passé et présent est enfin rétabli. Comme Louis XIV en son temps, Louis-Philippe désire faire de Versailles l’image de son règne.

Louis-Philippe et Versailles

Un superbe écrin retrouvé

L’atout de l’exposition est l’ouverture de salles habituellement fermées au public. Dans les salles d’Afrique et de Crimée, des structures métalliques permettent un éclairage zénithal des plus intéressants. Ainsi, notre vision de l’esprit souhaité par Louis-Philippe s’affine.

Nous y découvrons ses goûts personnels, son ouverture au monde et son esprit révolutionnaire. Aidé par la sensibilité romantique de l’époque et passionné des Arts, son attirance pour l’éclectisme s’illustre également par des toiles monumentales, du mobilier ou des porcelaines.

Louis-Philippe et Versailles

S’ensuivent les salles des Croisades, richement ornées. Avant d’observer la galerie des Batailles et la salle du Sacre de Napoléon d’un nouvel angle, une surprise nous attend…

Louis-Philippe et Versailles

Louis-Philippe et Versailles

Direction le théâtre royal ! Sa beauté seule vous transporte directement au cœur du XIXème siècle… Vous ajoutez alors un des décors ayant servi pour la soirée inaugurale du 10 juin 1837 et l’immersion est totale… Son état est exceptionnel. À ce jour, il reste au monde l’unique décor de théâtre de cette époque.

Louis-Philippe et Versailles Louis-Philippe et Versailles

Le domaine de Versailles n’en finit donc pas de nous livrer ses secrets… Bien que peu connu de nos jours, l’impact de Louis-Philippe sur le château a eu un effet extraordinaire : il l’a rendu éternel…

by Jean-Philippe 

Louis-Philippe et Versailles

Exposition Louis-Philippe et Versailles

Jusqu’au 3 février 2019

du mardi au dimanche
de 9h à 18h30 jusqu’au 31 octobre
puis de 9h à 17h  à partir du 1er novembre

Le décor du théâtre est visible uniquement jusqu’au 4 novembre.

au Château de Versailles
Place d’Armes
78000 Versailles

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Ohlala Sexy Crazy Artistic : délicate exaltation des sens à l’Alhambra !

Lorsque le corps s’éveille et s’anime, qu’il vibre, nous ne pouvons empêcher la survenue de frissons électrisants… Fort de son succès, la troupe d’Ohlala Sexy Crazy Artistic nous revient à l’Alhambra pour nous enivrer de son spectacle au style si particulier entre cabaret, cirque et théâtre. Le chaud et le froid sont soufflés sans cesse.
D’un côté par le chant suave et les performances physiques sensuelles et, de l’autre, par des interludes burlesques drôles et inattendus.
L’ensemble est beau, finement provoquant et sacrément classe !

À notre arrivée, nous étions un peu surpris de recevoir un éventail en cadeau. Puis nous sommes entrés dans la salle et nous avons compris : ambiance feutrée, costumes aguichants, corps parfaitement sculptés (dont un de nos chouchous !)…
Ça commence plutôt bien !

Le show se compose en deux actes. Le premier est en quelque sorte un préliminaire pour nous emmener dans l’univers de la troupe. Avec un orchestre et une chanteuse live, chaque tableau reprend des classiques du cirque contemporain avec une note personnelle toujours séduisante. L’attention ne se porte pas uniquement sur la prestation, mais aussi et surtout sur le visuel.

Tout est esthétique, parfaitement chorégraphié avec un enchaînement fluide et dynamique. Il ne s’agit pas uniquement de nous émerveiller, mais surtout de nous réveiller. Ça marche !

Ohlala

Ohlala

Ohlala, un pouvoir hypnotique

En effet, on ne vous cache pas que la tension monte parfois… Après tout, nous sommes des êtres humains et la vue de ces corps s’exécutant de façon lascive ne nous laisse pas de marbre.

Heureusement, le tempo du spectacle permet des pauses. Un personnage un peu loufoque et attachant intervient régulièrement. Il s’agit d’une femme désirant absolument rejoindre la troupe mais dont les talents ne semblent pas reconnus. Elle fait subtilement le lien pendant toute la représentation et nous n’avons qu’une envie : la voir enfin se déchaîner avec les autres !

Ohlala

Sulfureux et incroyablement élégant

Après les cerceaux, les patins à roulettes ou autres contorsionnistes, le deuxième acte fait place au body-painting et aux batailles de danse. Ce qui me fascine encore maintenant, c’est la subtilité du spectacle. Son incroyable potentiel érotique est parfaitement maitrisé pour ne retenir que l’interaction des corps, l’harmonie des gestes et la communion. Exit les seins nus, la vulgarité ou la grossièreté !

Si nous devions vous donner une seule raison d’y aller, ce serait la scène de la baignoire, en duo. Elle est particulièrement envoûtante… Il est totalement impossible de résister à son charme ! C’est un véritable enchantement…

En bref, se laisser aller au jeu de Ohlala Crazy Sexy Artistic est un plaisir pouvant être coupable. Mais la culpabilité éprouvée ici s’avère être particulièrement délicieuse… 😉

by Jean-Philippe

Ohlala

Ohlala Crazy Sexy Artistic

Direction artistique : Gregory Knie
Lumières : Jacques Rouveyrollis
assisté de Jessica Duclos
avec la participation de Emy Sotomayor

Jusqu’au 30 septembre 2018

du jeudi au samedi à 20h30
matinée le dimanche à 17h

à l’Alhambra
21 Rue Yves Toudic
75010 Paris
Tel. 01 40 20 40 25

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Roulez jeunesse : Eric Judor inattendu et épatant !

Croire que notre vie va se définir selon nos propres plans est un leurre, nous le savons bien. Alex ne peut que le confirmer… Une rencontre fortuite va l’amener à vivre des événements hauts en couleur bousculant totalement ses habitudes, son confort quotidien, voire ses certitudes pour son plus grand bien.
Roulez Jeunesse est un film authentique et touchant, ne se jouant d’aucun cliché.

Roulez jeunesse

Le scénario

Alex, 43 ans, est dépanneur automobile dans l’entreprise de sa mère. Solitaire et individualiste, son rapport aux autres se veut libre de toute contrainte. Au cours d’un dépannage comme un autre, il rencontre une jeune femme lui proposant de partager leurs solitudes l’instant d’une nuit…

 

Au petit matin, le réveil est brutal. La jeune femme est partie mais elle a laissé un cadeau ! Ou plutôt trois… Un bébé, un jeune garçon et une ado mal dans sa peau. 

Rapidement, Alex se retrouve embrigadé dans une histoire le dépassant…

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Ses seuls soutiens seront des mécanos suspects, un plan cul hystérique, une assistante sociale blessée et une mère faussement despotique…

Tout sauf la facilité

Là où le film tire véritablement son épingle du jeu, c’est qu’Alex n’est ni un héros ni un sauveteur fantasmé et idéal. Il ne va pas adopter les enfants dans un happy end sourire ultra brite «Et ils vécurent heureux…». Non, non, c’est juste un mec normal faisant comme ce qu’un mec normal ferait dans la vie face à une situation inattendue et extrême : il improvise !

Roulez jeunesse

Ainsi, toutes les situations vécues vont amener notre protagoniste à se découvrir au plus profond de son intimité. Puis s’il veut rejeter ou nier sa sensibilité, il n’en a pas le temps en raison de la tournure des événements ! Entre attachement, sentiments et émotions, un lien sincère et véritable va se créer.

La fin est tendre et complice. Les personnages ont évolué, ils ont grandi. En effet, s’ils tournent ensemble une page un peu sombre de leurs vies, celle qui s’ouvre semble radieuse et prometteuse pour chacun d’entre eux. Et c’est tout ce que nous leur souhaitons. 🙂

Roulez jeunesse

 

Un film surprenant

Le début ressemble à une comédie sympathique et rigolote où s’enchaînent des situations loufoques à un rythme effréné. Puis doucement le ton devient plus grave, l’histoire gagne en profondeur et nous sommes pris avec elle.

Roulez jeunesse

Les notes d’humour sont distillées adroitement tout au long de l’aventure. Elles confèrent au film une certaine légèreté, appuyée par un aspect visuel vraiment très esthétique, simple et lumineux, empreint de liberté.

 

La distribution n’est pas en reste. Eric Judor étonne puis finalement se révèle. C’est un plaisir de le voir dans un genre nouveau où il excelle. Laure Calamy électrise de son émouvante beauté tandis que Ilan Debraquant et Louise Labeque incarnent deux enfants paumés terriblement attachants sous les apparences…

Roulez jeunesse

En sortant de la projection, il m’a fallu un certain temps pour me reconnecter à la vie autour de moi. En effet, je suis resté dans ma bulle un moment à observer le monde en repensant aux différents messages suggérés par Julien Guetta. J’étais encore porté par la sensibilité et l’espoir du film.

Finalement, il m’a apporté exactement ce dont j’avais besoin ce soir-là : une douce évasion.

by Jean-Philippe

Roulez jeunesse

Roulez Jeunesse

De : Julien Guetta
Scénario : Julien Guetta et Dominique Baumard

Avec : Eric Judor, Laure Calamy, Brigitte Roüan, Ilan Debrabant, Louise Labeque, Déborah Lukumuena et Marie Kremer.

Sortie le 25 juillet 2018

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Bohème, notre jeunesse à l’Opéra Comique : profond et audacieux !

Paris, 1889. De jeunes gens insouciants et désinvoltes vivent d’amour et d’amitié. Ils sont sans le sou mais possèdent l’envie furieuse d’être heureux. Bohème, notre jeunesse, c’est l’opéra de Puccini dans une version repensée, écourtée et accessible à tous et toutes. Énergique, élégante et incisive, découvrez à l’Opéra-Comique une œuvre pleine de génie où les liens entre deux époques pourtant différentes se font avec délicatesse et discernement.

Mimi est venue vivre à Paris où elle se prend à rêver en brodant. Dans la chambre de bonne attenante à la sienne, Rodolphe, Marcel, Colline et Shaunard écrivent, chantent, peignent ou composent de la musique. Leur effervescence prolifique n’a d’égale que celle d’une capitale en pleine mutation où la Belle Époque est à son apogée.

D’amours éphémères en amitiés sincères, d’un printemps lumineux à un hiver plus sombre, nous sommes transportés avec eux, au gré des rencontres, dans une vie de bohème où la candeur et l’impétuosité de leur jeunesse l’emportent sur quasiment tout…

Bohème, notre jeunesse
photo DR Pierre Grosbois

Une interprétation moderne

L’opéra souffre auprès des jeunes d’une image un peu désuète. Le rajeunir, conserver son identité tout en essayant de le démocratiser, voici le pari lancé par Pauline Bureau et Marc-Olivier Dupin.

En proposant un format réduit d’une heure trente sans entracte, l’intrigue se devait d’être plus centrée sur l’intimité des personnages ainsi que leurs émotions. La partition rééquilibre également la place donnée aux personnages féminins. Alors que Mimi incarne la fragilité de la femme qui n’ose pas, Musette (la maîtresse de Marcel), elle, représente celle qui n’a peur de rien. Malgré leurs différences, un solide lien va se construire face à l’adversité.

Par ailleurs, la performance des artistes est comme le reste : dynamique. Ils ont l’âge de leurs personnages et l’énergie allant avec !

La scénographie est astucieuse. Une structure mobile s’adapte en fonction des décors et tout se fait sur scène. Ainsi, de la neige tombe en hiver tandis que la chaleur du soleil semble irradier lors de scènes estivales… La lumière, le recours à la vidéo et à des effets spéciaux surprennent et satisfont pleinement. Tout est fait pour accentuer le vécu des personnages. Passé, présent, où sommes-nous ? Un peu entre les deux. Nous traversons des époques qui communiquent, s’éclairent et se complètent.

De ce fait, l’opéra est terriblement actuel sans en retirer le sens, la musique où l’écriture voulus par Puccini.

Bohème, notre jeunesse
photo DR Pierre Grosbois

Un outil pédagogique

Et si l’opéra sortait des murs pour mieux se faire connaître ?

C’est pourquoi ce spectacle va; de par sa vocation, son format et sa lecture contemporaine, voyager à la rencontre d’un nouveau public éloigné de l’opéra pour des raisons géographiques, culturelles ou économiques. Une tournée est déjà prévue en Normandie ainsi que des représentations dans des lycées franciliens.

En tout cas, voir Bohème, notre jeunesse est une occasion qu’il faut absolument saisir… Nous souhaitons une très belle route à ce spectacle ayant trouvé la clé essentielle pour faire perdurer l’opéra : exprimer son époque.

Bonus : surtitrage en français ET en anglais tout au long de la représentation !

by Jean-Philippe

Bohème, notre jeunesse
photo DR Stefan Brion

Bohème, notre jeunesse

d’après La Bohème de Giacomo Puccini

Mise en scène, adaptation et traduction : Pauline Bureau
Adaptation musicale : Marc-Olivier Dupin
Direction musicale : Alexandra Cravero
Orchestre : Les Frivolités Parisiennes
Avec : Sandrine Buendia, Kevin Amiel, Marie-Eve Munger, Jean-Christophe Lanièce, Nicolas Legoux et Ronan Debois.

Les 13 et 17 juillet 2018 à 20h, matinée le 15 juillet à 15h

au Théâtre national de l’Opéra-Comique
1 Place Boieldieu
75002 Paris

Puis en tournée en 2019 : Opéra de Rouen puis d’autres dates à venir.

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Trahisons à Avignon Off 2018 : l’amour et ses réminiscences

La complexité des liens rapprochant les hommes et les femmes reste pour le théâtre une source inépuisable d’inspiration. Deux hommes, une femme et l’amour. Avec Trahisons, Harold Pinter reprend les codes ayant fait le succès du vaudeville en y incorporant sa vision moderne, mouvementée et éclairée sur le sujet.
À travers la mémoire d’un trio amoureux, assistez au Théâtre Buffon à un surprenant voyage où chaque protagoniste compose sa propre vérité entre confessions, cachotteries et duperies…

Trahisons

Deux anciens amants se retrouvent. Deux ans se sont écoulés depuis leur séparation. La douceur des regards retrouvés contraste avec une nervosité ressentie. Passés les effluves réconfortants de la nostalgie, Emma prévient Jerry que son mari est au courant de leur liaison passée.

Mais il se trouve que Robert, le mari, est aussi le meilleur ami de Jerry.

Intrigués, nous voulons en connaître davantage sur ces vies entremêlées. Ainsi, une remontée dans le temps par étapes successives allant jusqu’à l’origine de cette relation triangulaire se met en place. Elle nous permet d’établir les liens entre ces personnages allant se croiser, s’aimer, se trahir ou se quitter…

Trahisons

Une interprétation juste

D’abord Yannick Laurent, jouant un amant attachant et tourmenté, pris au piège entre son amour pour Emma et son amitié pour Robert. Il est tellement préoccupé par l’impact de la révélation de l’adultère sur sa vie qu’il est incapable de voir ce qui se passe autour de lui.

Ensuite, en mari et ami bafoué, François Feroleto excelle… Personnage introverti et tout en retenue, nous devinons pourtant ses blessures. À travers son attitude, ses mimiques et surtout son regard, nous ressentons bien la fragilité de l’homme, impuissant, n’ayant d’autre choix que d’accepter une situation lui échappant.

Enfin, comme vous l’aurez deviné, Gaëlle Billaut-Danno est la femme. À la lumière du temps remonté, nous découvrons avec délicatesse sa quête de liberté et d’autonomie. Personnage mutin et ambivalent, elle incarne à merveille l’objet de tous les désirs mais également de toutes les incompréhensions des hommes.

Finalement, ce qui ressort indubitablement, c’est l’amour et l’attachement des personnages les uns pour les autres malgré l’issue ne pouvant être que fatale. D’où le choix judicieux de Harold Pinter de débuter par la fin d’une histoire dont la suite est impossible…

Pour conclure, une pièce à découvrir absolument !

Bonus : La transition des décors est orchestrée par un garçon espiègle, Vincent Arfa, dont le style apporte une agréable légèreté.

by Jean-Philippe

Trahisons

De Harold Pinter
Mise en scène : Christophe Gand
Avec Gaelle Billaut-Danno, François Feroleto, Yannick Laurent
et Vincent Arfa

à Avignon Off 2018

du 6 au 29 juillet à 19h55

au Théâtre Buffon
18, rue Buffon
84000 AVIGNON
Tel. 04 90 27 36 89

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Manon Lepomme impose sa décapante énergie au Palais des Glaces

L’actualité et la routine, une certaine morosité semble peu à peu nous envahir. L’idéal serait de rencontrer une personne dynamique et pleine de vie pour nous redonner le sourire.
Ça tombe plutôt bien, Manon Lepomme pose ses valises en France avec Non, je n’irai pas chez le psy ! Grâce à son one-woman-show, elle a trouvé un substitut réconfortant à la thérapie.
Au Palais des Glaces à Paris et en tournée, elle fait fi d’absolument tout avec un humour franc, direct, parfois provoquant, mais toujours efficace !

Manon lepomme

Il y a deux ans, Manon plaque tout. Après trois pénibles années passées à enseigner l’anglais à des ados fatigués et fatigants, elle décide de réaliser son rêve en devenant comédienne et humoriste.

Lorsqu’elle entre sur scène, il ne vous faut pas plus d’une minute pour cerner le personnage. Un incroyable tonus, un caractère bien trempé, un débit verbal impressionnant : pas de doute, elle est entière !

À partir du moment où elle se met à nous raconter les délicieux petits riens de sa vie quotidienne, le temps défile à toute allure. Les anecdotes sur son passé de prof sont hautes en couleurs. Visiblement, ça devait filer droit en cours ! D’ailleurs, son compagnon Benoît pourrait le confirmer. À en juger le récit épique de leur relation, c’est un garçon soit courageux, soit très amoureux !

Manon aime également interagir avec le public. En étant tantôt charmeuse, tantôt despote, elle mène la danse comme bon lui semble et gare à celui qui lui fait une réflexion sur sa prétendue gourmandise !

Par moments, derrière sa spontanéité et sa répartie, nous captons la sensibilité allant au-delà du rire. Alors, l’humoriste devient attachante et attendrissante.

Pour conclure, nous vous invitons à découvrir rapidement Manon Lepomme, un fruit qui se laisse délicieusement croquer !

by Jean-Philippe 

Manon Lepomme


Non, je n’irai pas chez le psy !

De : Manon Lepomme et Marc Andreini
Avec : Manon Lepomme
Metteur en scène : Mathieu Debaty

au Palais des Glaces
37 Rue du Faubourg du Temple
75010 Paris
tel. 01 42 02 27 17

tous les mardis et mercredis à 20h

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Les feuilles de blettes à Avignon Off 2018 : tendres à souhait !

Chaque endroit dans lequel nous avons vécu porte en lui l’intensité de qui nous sommes aujourd’hui. Certains auront eu besoin de le fuir, d’autres de s’y réfugier. Mais il arrive parfois que tout le monde finisse par s’y retrouver. Les feuilles de blettes, c’est lorsqu’une mère et son fils vivent ensemble leurs derniers instants dans l’appartement familial. Passé, présent et futur s’entrechoquent au Théâtre des Italiens à Avignon dans une pièce à l’ombre lumineuse, à la fois vive et douce.

Beyrouth. Un homme et une femme autour d’une table. L’ambiance est assez lourde, du genre de celle qui précède un grand bouleversement. La parole est là. Discrète. Mais seulement à demi-mot, teintée de pudeur et de sous-entendus. Nous comprenons alors que le jeune homme est venu aider sa mère, contrainte de quitter son domicile.

photo de Grégory Tiziano

Pendant l’élaboration du dîner, les souvenirs resurgissent. Les beaux, mais aussi les maux, sortent de chacun. Cependant, le but est de comprendre et d’affronter enfin les démons du passé pour avancer. Les histoires s’enchaînent avec beaucoup d’humour, quelques larmes, des incompréhensions et finalement une complicité retrouvée autour de recettes de cuisine, lien rassurant du présent. Les sentiments s’apaisent et l’esprit s’allège pour un nouvel ailleurs…

Si le texte n’est pas toujours d’un abord évident, il n’en reste pas moins délicieux. En effet, il s’en dégage une incroyable poésie servant de baume à des cœurs usés… Parmi eux, Sonia Morgavi est une mère fragile et touchante. Elle chante et enchante de sa voix suave et rassurante tandis que Vincent Marbeau incarne un fils tiraillé dont la colère intérieure l’empêche de vivre pleinement.

Ainsi, ils portent véritablement la pièce grâce au charisme et à l’émotion dont ils font preuve. À eux deux, ils incarnent toutes les difficultés de nos vies : la solitude, les désillusions de l’enfance, le manque de lien mais également l’incapacité à dialoguer ou le poids des non-dits.

Cette pièce sert à faire le bilan de deux vies entremêlées et ne peut s’empêcher, avec délicatesse, de faire écho à nos histoires, elles aussi entre ombre et lumière…

by Jean-Philippe

Les feuilles de blettes

De : Mazen Haïdar
Avec : Vincent Marbeau, Sonia Morgavi
Mise en scène : Vincent Marbeau, assisté de Florent Nemmouchi

Avignon Off 2018

Du vendredi 6 au dimanche 29 juillet
tous les jours à 16 heures. Relâche le mercredi.

Du même metteur en scène, au même théâtre, les mêmes jours mais à 11h30, prenez le temps de découvrir l’intense et excellent Condamnée !

Au Théâtre des Italiens
82 bis, rue du rempart Saint-Lazare
84000 Avignon

Tél. : 07 81 40 04 66
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Penser qu’on ne pense à rien c’est déjà penser à quelque chose : subtile espièglerie

Quel sens donnons-nous aux conversations que nous avons avec autrui ? À force d’avoir été utilisées, ne sont-elles pas déjà éculées ? Voici la réflexion de deux cousins tenant un drôle de commerce.
En se trompant de destination, une jeune femme entre. Débute alors un voyage inopiné en Absurdie où les certitudes de chacun se retrouvent ébranlées. Penser qu’on ne pense à rien c’est déjà penser à quelque chose au Théâtre des Béliers à Avignon Off 2018 est une petite pépite, élégante et sagace sur notre monde.

Penser qu on ne pense a rien

Paulbert, bougon susceptible, et Gérard, débonnaire, sont en pleine répétition dans leur boutique quasiment désaffectée. Quatre chaises défraîchies se battent autour d’une verrière à l’aspect décrépit.

C’est en plein milieu de cet échange capital qu’arrive Barbara. Elle cherche du vin. Nos deux compères lui expliquent alors qu’ils ne vendent ici que des discussions originales. Ils pensent que tout a déjà été dit et ne comprennent pas la vacuité des conversations dont nous sommes les initiateurs. Barbara s’interroge, perplexe.

Alors, un échange spontané et paradoxal s’engage entre les trois protagonistes aux visions différentes. Une joute verbale des plus stimulantes s’amorce ainsi autour du temps qui passe, des notions de passé, présent et futur. Chacun campe sur ses positions avec une argumentation aussi farfelue que plausible.

Pour Barbara, l’ennui est quelque chose d’essentiel pour vivre plus intensément chaque moment. Gérard essaie alors cette méthode qui sera pour lui une révélation ! Il arrive même à résoudre des énigmes historiques comme le secret de la Joconde ou la vie de Jésus…

L’enchaînement est pudique, aérien et possède quelque chose de feutré. Nous rions souvent des situations malgré le côté grave de certains aspects. Les personnages nous surprennent. Un peu sauvages au début, ils se dévoilent, laissent entrevoir les fissures de leur intimité. Les comédiens sont tout bonnement délectables… Nous sommes touchés par leur candeur, le fait qu’ils soient désabusés, fragiles mais en même temps si beaux et forts, terriblement humains…

by Jean-Philippe

Penser qu on ne pense à rien

Penser qu’on ne pense à rien c’est déjà penser à quelque chose

De et mise en scène par : Pierre Bénézit
Avec : Anne Girouard (6 > 8 puis 14 > 24 juillet) ou Nadia Jandeau (9 > 13 puis 25 > 29 juillet),  Olivier Broche (16 > 29 juillet) ou Luc Tremblais (6 > 15 juillet), Vincent Debost

au Théâtre des Béliers
53, rue du Portail Magnanen
84000 AVIGNON
Réservation : 04 90 82 21 07

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Au fil du siècle au Mobilier National : surprenantes tapisseries !

Bien souvent, l’évocation du mot «tapisserie» véhicule une image désuète. Au fil du siècle, chefs-d’œuvre de la tapisserie 1918-2018 va vous faire changer d’avis ! En effet, tout au long de ces années, les Manufactures Nationales ont su s’adapter à une société en pleine mutation : libération des mœurs, conflits politiques, effervescence artistique ou avancées technologiques considérables. En sélectionnant de remarquables pièces (dont des inédits) retraçant tout ce parcours temporel, le Mobilier National propose à la galerie des Gobelins une exposition inattendue et passionnante !

Tout d’abord, je dois vous avouer que l’exposition était surtout un prétexte afin de découvrir l’intérieur de la prestigieuse Manufacture des Gobelins. Je n’avais donc aucune attente particulière hormis la curiosité. Et en toute sincérité, j’ai été agréablement surpris !

Au fil du siècle : une collection éclectique

La sélection fut difficile pour le Mobilier National. Sur plus de 1 000 tapisseries référencées (dont 20% prêtées à la République pour l’ameublement de ses ministères ou des monuments historiques), il a fallu en choisir 80. Chacune transcrit un bouleversement sociétal. Voici nos coups de cœur !

Au fil du siècle

L’insouciance

Primavera de Leonetto Cappiello capte totalement l’esprit de légèreté qu’il y a pendant l’entre-deux-guerres. Les formes sont souples, aériennes, dans un mouvement perpétuel. En effet, les personnages présentés adoptent des postures rythmées et expressives, rappelant le théâtre populaire italien. Ainsi, ils servent à traduire la volonté de l’artiste qui est de représenter la jeunesse au printemps de la vie.

au fil du siècle

La controverse

Malgré la pénurie de matières premières et de personnel qualifié, le Maréchal Pétain ordonne en 1941 l’exécution d’une tapisserie à son effigie. Cette propagande a pour but de l’inscrire dans la lignée des grandes figures héroïques françaises. Censés rassurer ses concitoyens, les nombreux symboles ne sont pas sans nous rappeler une page sombre de notre histoire. Longtemps conservée (et cachée), c’est la première fois que À la gloire du Maréchal Pétain ou Révolution Nationale est exposée avec deux autres tapisseries demandées par des ministres nazis.

Au fil du siècle Au fil du siècle

L’innovation

Pour La Femme au luth, Henri Matisse a fait le pari de la témérité. Conventionnellement, l’artiste aurait dû partir du tableau initial peint en 1943. Cependant, il a choisi de prendre une reproduction en couleur de l’œuvre. Il a ensuite réalisé un agrandissement photographique qu’il a retravaillé. En effet, il a entre autres ajouté une bordure à entrelacs et modifié le motif rond du tapis en une arabesque continue.

Cette démarche audacieuse et novatrice a ouvert un nouveau champ de possibilités, largement exploité depuis.

L’amusement !

Vous souhaitez visiter l’exposition mais votre nounou n’est pas disponible ? Venez en famille et rendez cette visite ludique !

Sur chaque tapisserie exposée, mettez vos enfants au défi de trouver la signature de l’artiste et surtout le sceau de la manufacture l’ayant conçue. Vous verrez que ce n’est pas si évident que ça. Vous pourriez même bien vous prendre à ce jeu stimulant. Ainsi, vous mêlez judicieusement distraction et culture !

Qu’il est bon parfois de se laisser surprendre par sa curiosité… En effet, c’est un réel plaisir de sillonner cette exposition aux côtés de Picasso, Miró ou Vasarely. Dorénavant, lorsque je découvrirai une tapisserie, j’aurai un petit sourire en pensant à Le Corbusier qui s’amusait à les nommer «formidables muralnomades !».

by Jean-Philippe

Au fil du siècle, chefs-d’œuvre de la tapisserie 1918-2018

Jusqu’au 23 septembre 2018

du mardi au dimanche de 11h à 18h

Au Mobilier National – Galerie des Gobelins
42, avenue des Gobelins
75013 Paris

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Le hameau de la Reine à Versailles : l’idéal retrouvé !

L’aventure débute lorsque Marie-Antoinette fait un rêve en apparence anodin. Celui de permettre à ses enfants de grandir dans un environnement simple, en harmonie avec la nature, proche du Château de Versailles. S’engage alors la construction d’un hameau à l’image de la Reine de France. Fragile, malmené par le temps, transformé par l’Impératrice Marie-Louise, il a bien failli disparaître. Ayant retrouvé aujourd’hui sa superbe d’antan, venez succomber au charme de ce village idyllique pour une promenade hors du temps…

 

À l’origine

En cette fin du dix-huitième siècle, la nature est à l’honneur. De nombreux jardins à «fabriques» (petits pavillons d’ornements) aux styles variés voient le jour comme à Chantilly chez le prince de Condé mais également au Raincy chez le duc d’Orléans. La campagne est à la mode, même à Versailles. En effet, il est possible de voir Louis XVI labourer son potager lors de séances publiques !

Hameau de la Reine

C’est pourquoi, en recevant de son époux le Petit Trianon en cadeau, Marie-Antoinette décide d’en faire son Éden. Lassée du protocole royal, elle y retrouve une certaine intimité. Avec ses enfants, elle crée un univers parfait avec une nature totalement repensée, fantasmée et semblant faussement inexplorée par l’homme.

Sous le commandement du Premier architecte du Roi Richard Mique, les travaux débutent à partir de 1777.

Hameau de la Reine

Le village bucolique

Étant tout de même Reine, Marie-Antoinette exige l’originalité ! Elle désire un village à part entière sur le modèle absolu de rusticité de l’époque : la Normandie.

Autour d’un lac artificiel s’articulent des maisons délicieusement champêtres aux colombages et toits de chaume. Chacune a une utilité clairement définie selon une certaine graduation. Car il ne faut pas s’y méprendre, à l’instar d’un château, le hameau reste une demeure royale.

Hameau de la Reine

Cinq bâtiments sont réservés à l’usage de la Reine et de ses invités : la salle du billard pour les divertissements, le boudoir pour les confidences, le moulin, la laiterie de propreté pour les dégustations et bien entendu la maison de la Reine pour la vie quotidienne. Dans un appartement de repos se trouve la chambre de Marie-Antoinette. Comme le veut la tradition, elle se situe à l’étage supérieur, à l’endroit le plus élevé. Petite anecdote : elle n’y a jamais dormi car elle préférait le confort du Petit Trianon ! 😉

Hameau de la Reine

Le reste des maisons sert au fonctionnement du hameau : la ferme et ses annexes, la grange (servant à l’occasion de salle de bal), le colombier, le réchauffoir comme cuisine et la laiterie de préparation.

Une période de transition

Après la révolution, le hameau se transforme en lieu de débauche et le mobilier dispersé. Cette période desservira grandement à l’image de Marie-Antoinette dans l’imaginaire collectif, l’associant à la luxure.

Il faut attendre l’Empire pour une remise en état importante avec plus d’aisance tout en conservant l’esprit initial avec une élégance simple et délicate.

Depuis, le hameau a subi quelques travaux d’entretien afin d’être occasionnellement utilisé sous Louis-Philippe ou Napoléon III.

Bien qu’entretenu régulièrement, l’état du hameau devenait critique, notamment la maison de la Reine.

 

Hameau de la Reine

Le temps du renouveau

Dès la fin du XXème siècle, des restaurations commencent dans le but de redonner du panache au hameau. Les bâtiments sont rénovés et les jardins réaménagés. Les travaux réalisés permettent d’offrir une combinaison inédite entre l’état d’origine et celui de l’Empire, selon la documentation retrouvée.

Hameau de la Reine

Quel étonnement lorsque vous pénétrez dans la maison de la Reine… Nous comprenons mieux d’où provient l’appellation chaumière à surprise ! Le contraste entre l’aspect extérieur et intérieur est saisissant. Ici, tout n’est que luxe, élégance, volupté et raffinement.

La hiérarchie se retrouve également dans les matériaux utilisés. En effet, pour les pièces d’usage simple, le noyer est de rigueur. L’acajou est réservé aux pièces de transit tandis que les salles d’apparat se recouvrent naturellement de matières nobles dont beaucoup d’or.

Hameau de la Reine

Encore émerveillés de ce que nous venions de découvrir, nous avons eu un privilège très agréable ! La visite officieuse du boudoir en attente de restauration, c’était fascinant…

Cette journée fut un véritable saut dans le temps et nous comprenons mieux pourquoi Marie-Antoinette aimait s’y réfugier. Alors, profitons de la chance qui nous est offerte de découvrir ce petit coin de paradis car cette restauration a été faite pour nous. Ce serait quand même dommage de ne pas en profiter… 😉

Hameau de la Reine

Bonus 1 : À noter le côté pittoresque de la tour de Marlborough. Édifiée tel un phare sur le lac, elle sert au stockage du matériel de pêche. Son nom provient de la berceuse Malbrough s’en va-t-en guerre fredonnée régulièrement au dauphin par sa nourrice.

Bonus 2 : La légende raconte que Marie-Antoinette a pu déguster jusqu’à la veille de son exécution non pas du pain, ni même des brioches, mais des laitages provenant de son hameau !

by Jean-Philippe 

Le hameau de la Reine

Ouvert tous les jours
de 12h à 17h30 ou 18h30 selon la saison

Fermé le lundi et le 1er mai

Plus d’informations sur la page : www.chateauversailles.fr/decouvrir/domaine/domaine-trianon/hameau-reine

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